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Napoléon: Campagnes d'Italie

Comment un esprit aussi avisé, aussi modéré que celui de Bonaparte avait-il pu se laisser aller à commettre une telle maladresse? Comment n'avait-il pas su résister aux exigences de Saliceli ? C'est la question que l'on serait en droit de se poser, si l'on ne savait qu'il fut contraint à cette faute, que dans le fond il désapprouvait sans doute, par une inexorable nécessité. Sans évoquer les besoins réels de Tarmée, toujours dans un état misérable qui réclamait des mesures nécessaires, Bonaparte se débattait entre le Directoire et les fournisseurs qui, chacun de leur côté, le talonnaient àprement pour qu'à l'aide des richesses de la Lombardie, il pût rembourser aux uns les avances de fonds qu'ils avaient consenties lors de l'entrée en campagne, et rassasier la cupidité des autres.

Il ne faut pas surtout épargner le Milanais, écrivait l'intègre et modéré Carnot. « Levez-y des conti'ibulions en numéraire sur-lechamp, et pendant la première terreur qu'inspirera l'approche de nos armes'.» Il fallait, disait Carnot, que le territoire conservât les traces de notre passage. Il n'en conserva que trop, bien que Bona. parte se l'ofiisàt à jouer jusqu'au bout le rôle d'Attila que lui dictait Carnot dans un langage digne plutôt d'un homme de proie que d'un gouvernant français.

De son côté, la compagnie Flachat, La Porte et Castelin réclamait avec hauteur ce qui lui était dû. Les pillages du Piémont n'avaient vraisemblablement profité qu'aux généraux et aux soldats, car ces entrepreneurs des vivres se voyaient à découvert de plus de 5 millions qu'ils avaient avancés pour les fournitures. On leur avait, il est vrai, délivré des ordonnances de paiement pour 2,600,000 francs, mais ils n'avaient encaissé sur cette somme qu'un modeste à compte de 750,000 francs*. Leur prétention de se voir allouer une large part des contributions levées en Lombardie, à titre de remboursement, n'était, en droit, que trop fondée. Le ministre de la guerre, Pétiet, était obligé de convenir de la « juste réclamalion » de la compagnie Flachat et même d'appuyer sa revendication '.

D'autres harpies, plus rapaces encore, étaient à Milan môme

i . Carnot, au nom du Directoire, au général en chef de l'armée d'Italie ; 7 mai. (S»i Jomini, t. VIII, p. 371).

2. Cliristoplio Flacliat et C'» au ministre de la guerre, I!) mai (Arch. G.). Pour accentuer leur lettre, ils annonçaient le départ de l'un d'eux, La Porte, pour l'Italie, aliii (( d'aciiver le service ».

3 Ministre de la guerre à général en chef et à l'ordonnateur en chef Lambert, 18 mai (Arcli. (i.). Arrêté Saliceti et Gairau du 16 aoùt,i)rescrivant la remise à la ''/• Flachat, des contributions excédant les besnins de l'armée (Arch. Nat série AF Hl.), !Se jias oublier pour expli((uei- cet empressement que l'un des associés de Flachat était i'àucien oonventiounel du Kaut-Rhiu, Sébastien La Porte, ami du Directeur Reubell.

aux trousses de Bonaparte. C'était le proscrit piémoiitais Rossignol!, alors l'ami de Ranza et de Trombetta, millionnaire luimême et (jui s'était porté caution de Bonai)arte auprès de quelques millionnai)"es génois pour leur faire prêter à la France les fonds i^écessaires à l'entrée en campagne. L'arrivée à Milan leur parut roccasion favorable pour rentrer dans leurs déboursés, et ils y accoururent presque en même temps que l'armée. Bonaparte ne put qu'ajourner ces créanciers avides. Mais il n'en eut pas bon marcbé et Rossignoli ne lui laissa ni repos, ni trêve qu'il n'eût été payé. Il se mit en faction devant la chambre de Bonaparte, entra chez le général sans se faire annoncer : « Sans moi, vous ne seriez pas ici; lui dit-il; maintenant que vous êtes maître d'un pays riche, que vous disposez de ressources immenses, vous pouvez vous acquitter. » Bonaparte n'échappa à leurs obsessions qu'eu leur faisant verser les premiers fonds encaissés sur la contribution de 20 millions'.

On voit entre quelles gritîes était tombé Bonaparte et combien il était fort en peine de s'évader de leurs étreintes. Il ne s'en tira qu'en réquisitionnant, et à la fin de mai, Saliceti pouvait écrire, avec une certaine fierté, que le tableau général des contributions en pays conquis ne s'élevait pas à moins de 35,571,400 francs*, Lambert de son côté, dressant l'inventaire des valeurs envoyées et! espA(;es et lingots par le duc de Parme, arrivait au total assez coquet de 30t3,794 francs 3.

Il faut noter pourtant que Bonaparte, si docile aux injonctions du Directoire quand il s'agissait d'encaisser, savait à l'occasion faire W sourde oreille quand cela lui convenait moins, môme alors qu'il ne lui en eût rien coûté d'obéir à ses instructions. C'est ainsi qu'il ne se conforma qu'à contre-cœur aux recommandations de Carnot qui le pressait « d'accueillir et de visiter les savants et les artistes fameux du pays. .. d'honorer et de protéger particulièremciU l'aslronome Oi'Jani, si connu par les services qu'il ne cesse de ]'"ndi'e aux sciences* ».

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