‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 553 sur 622 · Paul Louis Courier: lettre à Cblewaski, 8 janvierl · texte numérisé non relu

Paul Louis Courier: lettre à Cblewaski, 8 janvierl

'.i. Aujourd'liui, Corso di Veneiia, n» 22, bordant le canal à l'entrée du Corso, à la rencontre de la Via del Scnato et de la Via San-Damiano Ce palais avait été construit, en 1794, par Içminent arcliitecte Simone Cantoni. 11 est orné d'une assez lourde taçade avec deux colonnes massives, supportant au milieu le péi'istyle. 11 appartient actuellement aux descendants du duc Serbelloni, le comte Fossati et le comte Sole- Busca, dont il porte le nom. On y a conservé avec un soin pieux la chambre à lideaux jaunes où habita Bonaparte.

1. Victor-Emmanuel II vint coucher dans ce i)alaisle 8 juin 18K9, jour de l'entrée tri(jmphale de Napoléon III à Milan, après la victoire de Magenta. Une plaque conimémorative ai)posée sur le mur r ipiielle le double séjour qu'y firent, en 1796 et eu lSo9, le vainqueur de Lodi et le bénéliciaire de Magenta.

Tout n'était pas agréable, tant s'en fant, dans la tâche patriotique que ces précurseurs de l'Italie moderne avaient assumée dans le but de délivrer leur patrie asservie, et, loin de les blâmer, on devrait leur tenir compte des déboires de toute nature qu'ils eurent à subir.

Si Bonaparte, si Saliccti lui-même témoignaient à leur endroit de quelque déférence et ne craignaient pas de manifester leur estime, il n'en était pas toujours de môme chez les subalternes, même les plus élevés en grade. On a vu le sans-gêne avec lequel Masséna avait traité la ville de Milan, et Serbelloni en particulier. Le général Despinoy, commandant de place, devenu, en raison de cette fonction, président de la nouvelle municipalité, affecta encore plus de dédain et d'arrogance vis-à-vis des autorités qu'il avait mission de soutenir et de diriger. Il a laissé de ce chef un assez fâcheux renom. Le sobriquet de « Général Vingt-quatre heiues » demeure attaché à son nom dans la mémoire des Milanais, comme pour attester l'impatience et la brutalité de ses exigences. Quoi qu'il réclamât, quoi qu'il perscrivît, c'est toujours « dans les vingt-quatre heures » qu'il fallait obéir. Despinoy, qu'on a accusé d'avoir une tenue « triviale et grossière ' » ; que l'on a dépeint « tour à tour macabre et grotesque, aristocratique et •voyou- » ; n'était point cependant, comme Augereau, comme Masséna, d'extraction populaire. Fils d'un avocat valenciennois, entré dans l'armée cadet-gentilhomme, officier de l'ancien régime, bel homme, il avait reçu une bonne éducation et affectait même des prétentions aristocratiques, allant jusqu'à se faire donner du « marquis » par les nobles milanais et signant ridiculement d'Espinoy ^ Mais il était raide, violent, colère, même féroce, vindicatif, haineux et sans scrupules. Investi du soin de faire respecter les lois françaises et l'armée, il se montra ferme jusqu'à la sévérité, d'une rudesse hors de saison chez une population amie ; il contribua pour beaucoup par ses avanies à faire naître les rancunes qui se débridèrent à quelque temps de là.

Bonaparte, absorbé par les mille soucis politiques et miiïtaires

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