H. de Sybel, t. IV, p
4. Arrêté du 21 mai (Arcli. G.). Cusani, t. IV, p. 390, y ajoute « du cuir et autres objets pour Tusage des troupes ».
d'autres manuscrits, des incunables, le grand ouvrage d'Haller sur les plantes de la Suisse '.
Mêmes rapts à la bibliothèque de Monza. Le fameux herbier d'Haller en 60 volumes fut « distrait » de la bibliothèque de l'Université de Pavie, ainsi que la splendide colle'ction de laves assemblée par Spallanzani, et une superbe collection de serpents qui paraît avoir tout particulièrement tiré l'œil de Bonaparte *.
Bonaparte, il en faut convenir, était un fort médiocre connaisseur en fait d'art. Il s'enthousiasmait plus que de raison pour « La Madone de Saint-Jérôme » du Gorrège, tableau sur le compte duquel il revient sans cesse dans ses lettres et dont il exagère la valeur et le prix qu'on en offrait; il n'est pas bien sûr qu'il l'ait vu, ni même qu'il en connût exactement le sujet. Il confondait le grand Michel-AngeBuonarotti avec Michel-AngeloAnselmi, peintre parmesan, dont il saisissait les œuvres à Parme *; c'est tout au plus s'il appréciait en connaissance de cause le talent du grand portraitiste milanais Andréa Appiani qu'il choisit à cette époque pour peindre ses traits, plus par affaire de mode sans doute que par un réel sens artistique*. Ses lieutenants l'imitèrent en cela et se firent pourtraicturer à l'envi pendant ces quelques jours de liesse passés à Milan ^.
Bonaparte eut-il le sentiment de son insuffisance en art, ou voulut-il simplement se décharger du soin de prélever avec discernement dans les galeries italiennes les œuvres dignes d'être envoyées à Paris?A quelque hypothèse qu'on se range, ilest certain
1. On trouvera le dcnombrcment complet, établi par Denon et Lavallôe, des objets dérobés en It;ilic, au t. V, annexe à la p. 374, note 108, p. 551 à. 565 do l'ouvraïc de Jubé et Servan : Guerres des Français en Italie. — Un « État » des objc^ts des sciences et arts désignés, à Milan, Parme et Plaisance, par le g"' en chef pour être transportés à Paris, est classé au 18 mai (Arch. G.). Voir également Cusani t. IV, p. 390, note 3 et« Procès-verbal d'inventaire », transmis par Lambert à Bonaparte, 30 mai (Arch. G.).
2. ic Jloniçe, Berthollet et Thouin sont à Pavie où ils s'occupent à enrichir notre Jardin des Plantes et notre Gabinet d'Histoire Naturelle. J'imagine qu'ils n'oublieront pas une collection complète de serpents qui m'a paru bien mériter la peine de l'aire le voyage » (Bonaparte au Directoire, 21 juin ; Arch. G.).
3. Ansclmi vécut de 1491 k 1334, et a laissé ([uelques toiles assez estimées. Bonaparte prit de lui une toile intitulée « Calybite », deux « Vierges » et un Saint-Etienne ».
i. Appiani, « un gros homme, ligure bourgeonnée, la tète grosse, des yeux un peu petits, noirs et de l'expression » (Notes du g«i Desaix; Arch. G.). Appiani représenta Bonaparte en costume de général en chef, l'épée à la main. Bonaparte, en guise de l'emercicment peut-être, nomma plus tard .\ppiaiii commissaire à Venise, avec Berthollet, pour dépouiller les églises de leurs tableaux, marbres et bronzes. Il devint, le 7 :nai 1803, associé étranger de l'Institut (Académie des Beaux-Arts), et mourut eu 1817, à Milan, le 8 novembre. Il était né à Milan, le 23 mai 1754, d'une famille originaire de Bosisio, pays natal de Parini.
Un autre portrait de Bonaparte fut dessiné et gravé à Milan à cette époque; ï\ se vendait chez Frédéric Agnelli, parent probablement de celui qui lit partie de la municipalité. On en voit un exemplaire à la Bib. Nat., don 2734.
3. Les peintres^ même les plus médiocres, ne purent suflire à t"nt de commandes à la fois (Gusani, t. IVj.
qu'il ne s'en rapporta exclusivement ni à son propre jugement, ni à celui de Saliceli, et qu'il voulut faire de la « conquête » des monuments des sciences et des arts une manière d'opération ofilcielle et régulière. Un arrêté du 19 mai désigna, « sur les bons témoignages qui ont été rendus de ses talents et de son patiiotisme », le citoyen peintre Jacques-Pierre Tinet, artiste attaché à la légation de Toscane, comme « agent près l'armée d'Italie, chargé de ramasser, dans les pays conquis, les tableaux, chefs-d'œuvre et autres monuments antiques », qui devaient former par la suite le Musée Napoléon *. Le brevet de nomination de Tinet réglait avec précision les attributions de l'agent, les procédés qu'il aurait à employer» pour extraire et faire passer» en France les objets qu'il aurait choisis, ainsi que les formalités préservatrices, trois registres, procôs-verbal de saisie, frais de déposement, encaissement et transport, relatifs aux divers objets dont ilétait« personnellement responsable ^ ». Tinet devait suivre le quartier général ; être logé convenablement; soumettre au chef d'état-major, avec lequel il devait se concerter, et au commissaire Saliceti, les œuvres susceptibles d'être déposées au Musée, dont ce dernier seul pouvait ordonner l'enlèvement*. Ultérieurement, les savants Monge et Berthollet ; les naturalistes Thouin aîné etLaBillardière ; le sculpteur Moitte ; le peintre Barthélémy *, furent nommés par le Directoire pour remplir une mission analogue à celle de l'obscur Tinet, dont la compétence ne parut sans doute pas assez fortement établie =. Ils étaient tous « gens aimables, honnêtes, vertueux^». On a épilogue à l'infini sur ces exactions, ces vols, ces déprédations commis par les Français au profit des musées parisiens et pour alimenter et vêtir l'armée. On n'a pas trouvé d'expressions assez sévères pour les flétrir. Italiens et étrangers ont fait assaut de clameurs et l'on a évoqué à leur propos le souvenir de l'incendie, du pillage de Coriuthe par les Romains, les spoliations d'un butor^ le consul Lucius Mummius. La clameur fut à peu près
1. Toutes ces œuvres d'art firent, en 1813, retour à leurs pays respectifs; Marie- Louise, devenue duchesse de Parme, ne fut pas une des moins âpres à exiger la rentrée dans ses nouveaux États des objets con([uis par son mari.
2. Arrêté du 30 tloréal, ea neuf articles, signé de Bonaparte et de Saliceti
3. Au citoyen Tinet, 20 mai (Arch. G.). Tinet avait rang de chef de brigade. « Tinet, peintre, belle figure, gros, beau teint » (Notes du g«i Desaix ; Arch. G).
4. « Barthélemi, peintre, grand, vieille physionomie lude, très honnête, excellent ton, connaissant bien son art » (Notes du g"' Desaix ; Arch. G.). Il s'agit sans doute de Berlhelemy (Jean-Simon), peintre, né à Laon, le 5 mars 1743, qui mourut à Paris, le 1" mars l'Sll.
0. Il Carrière Milanese da 13 juin 1796 signale leur arrivée. Gaspard Monge, Berthollet et André Thouin étaient déjà membres de l'Institut (Académie des Sciences), Julien HoutoD de la Billardière le devint en 1800. Guillaume Moitte était également de l'Institut (Académie des Beaux-Arts) ; il mourut le 2 mai 1810.