‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 56 sur 622 · Arthur Chuquet, t. 1", p. VM et suivantes · texte numérisé non relu

Arthur Chuquet, t. 1", p. VM et suivantes

qui ont survécu aux mauvais jours; de Marmont et deBourrienne, ses camarades de Brienne; il donnera un emploi grassement productif au père minime Patrault, son vieux maître de mathématiques; à son oncle l'abbé Fesch, qui n'espère guère alors la pourpre cardinalice, un emploi dans les vivres ; à Regnault de Saint-Jean d'Angély, son homme dans la presse parisienne, un emploi dans les hôpitaux.

Il conserve ceux qui ont combattu avec lui, ceux qui furent ses chefs : Dujard, Sugny etDommarlin entre autres.

Pour qu'il les sacrifie, il faut mille raisons et encore il recule devant lexécution, comme il le fit pour Bourrienne, pour Joséphine ! Il les suit, il les soutient, les pousse, les aime quand même ! Nul ne sait mieux récompenser les services rendus ; onze maréchaux de France sont sortis des combattants du début de 1790, dont sept dans la grande promotion de 1804.

Comment a-t-on pu se méprendre sur sa race au point de faire de lui un Sarrasin, un Arabe, un Maure, un Barbaresque ' ? Comment douter qu'ait coulé dans ses veines une goutte du chaleureux sang italien? Comment oser dire qu'il a manqué d'aspirations vers l'idéal, tant il a été séché par l'éducation des prêtres, et qu'il n'a eu que la soif d'un torrent altéré de la Corso - ? Pour cet Italien de race, quoi de plus naturel que cet amour, cette convoitise de l'Italie !

C'était son échiquier de prédilection, où il s'était complu à imaginer, à esquisser, à varier à l'infini, jusque dans leurs plus petits détails, tous les plans et toutes les marches que lui dictait, en vue du triomphe, cette sorte de seconde vue, de divination, dont il fit maintes fois preuve. Ne s'adaptait-il pas mieux que tout autre et ne se prètait-il pas à lui admirablement ce sol de l'Italie, creusé par tant de rivières, borné par de si hautes montagnes, et où tant de grandes et belles villes, épanouies sous un climat radieux, exerçaient une fascination si magique ?

Il l'étudiait évidemment avec une attention passionnée, avide, que son origine expliquerait à défaut d'autre raison. Il y entretenait même depuis longtemps des relations, et sans ajouter trop de foi aux propos et aux promesses des réfugiés Piémontais, on peut croire qu'il les utilisa habilement. Ce n'est pas un mystère que la franc-maçonnerie à laquelle plusieurs de ses lieutenants étaient affiliés, lui apporta, de son côté, un concours appréciable 3, lui

1. Par exemple Michelet (t. II, p. 36") lui si perspicace d'ordinaire.

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