‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 561 sur 622 · Saliceti au Directoire, 23 mai 1796 (Arch. G.j · texte numérisé non relu

Saliceti au Directoire, 23 mai 1796 (Arch. G.j

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on ne sait plus comment remédier à ses abus et utiliser les ressources du pays conquis. Si Bonaparte continue, « je vous déclare que ma mission me deviendrait bien pénible' ».

La dénonciation aurait, en d'autres temps, chance d'être écoutée ; mais Bonaparte n'est plus d'humeur patiente; il l'a montré naguère. Saliceli est (i'ailleurs à ce moment quelque peu suspect, et il se voit contraint d'écrire une lettre de quatre pages, protestant contre les accusations dirigées contre lui lors du procès de Gracchus Babeuf, sindignant qu'on ait pu croire qu'il était avec les factieux « d'après les papiers trouvés chez les chefs de la conjuration* ».

Sa défense n'est pas très nette et si l'on feint de croire à la sincérité de ses explications, du moins on n'ajoute pas foi à sa délation contre le peu commode Bonaparte. D'ailleurs Saliceti ne restc-t-il pas quand même le maître, dès qu'il s'agit des réquisitions; n'est-ce pas lui et lui seul qui rédige les instructions aux agents militaires, qui surveille l'emploi des fonds, leur destination et en général l'exécution de toutes les mesures d'essence financière ou politique ^ ? Le différend fut sans doute apaisé par le jeune Permon, venu en Italie comme secrétaire de Saliceti, que sa mère, la belle Madame Permon, la future belle-mère de Junot, avait naguère, une première fois, au lendemain de Thermidor, réconcilié avec Bonaparte.

Bonaparte n'intervient du reste qu'avec discrétion dans ce domaine financier réservé à Saliceti, soit que les abus deviennent trop criants, soit que Saliceti lui-môme réclame sa souveraine intervention, soit enfin que le sort de l'armée en dépende, et dans ce dernier cas il passe sans hésiter par-dessus la tète du commissaire du gouvernement.

C'est ainsi qu'une des principales mesures qu'il édicta à Milan pour améliorer l'état de l'armée, l'alignement de la solde arriérée depuis si longtemps, et son paiement par moitié en numéraire»

1. Saliceti au Directoire, 23 mai (Arch. G.), seconde lettre du inùme jour.

2. Saliceti au Directoire, l" juillet-13 messidor, de Livourne (Arch. Nat., série AK III, carton 185).

3. Instructions aux agents militaires cliargés de remplacer en Lombardie la Giunta, le Conseil des Décurions, et le magistrat politlco camei'ale. — Instructions aux agents militaires en Piémont, etc. — classées à prairial an IV (Arch. Nat., série AF III, carton 183). Saliceti à Lambert, 17 mai (Arch. G.). Le Directoire lui répondit d'avoir à apposer dorénavant sa signature sur les armistices, suspensions d'armes, contributions, et le complimentait en même temps, ironiquement sans doute, sur l'harmonie qui régnait entre lui et le général en chef (Directoire à Saliceti, 31 mai; Arch. G.).

fut décidée, sans le concours, contre le gré de Saliceti, dont ce ne lut pas l'un des moindres griefs. Il se plaignit amèrement que l'ordre eût été donné à l'ordonnateur en chef, sans qu'il fût môme consulté'. C'était mal choisir son terrain, car jamais mesure ne fut plus nécessaire, ni mieux accueillie. A dater du 1" prairial (20 mai), les officiers, sous-olûciers et soldats de l'armée active et des garnisons d'au delà des Alpes devaient toucher leur solde, moitié en valeur fixe, moitié en numéraire*. L'arriéré dû sur l'ancienne solde devait être régularisé également, avant le 5 prairial, et même les officiers devaient percevoir «à titre d'avance ;j la solde d'un mois en numéraire 3.

Ces largesses dont on était privé depuis tant de mois turent saluées partout avec une joie enfantine et chacun faisait reluire au soleil les écus tout flambants neufs, à l'éclat presque oublié, qui tombaient si inopinément dans la poche. On en trouve le témoignage chez les contemporains. «La solde fut réglée conformément au tarif annexé à la loi du 2 thermidor an II, mais réduite de moitié; je touchai pour ma part 62 fr. 50 par mois, au lieu des 4 sous promis et jamais payés par le Directoire*.» « Pour la première fois depuis 1793, nous reçûmes du numéraire^.» En arrivant à Milan, le 16 mai, « on y paya la moitié de la solde en numéraire, et je touchai 60 francs ; je n'avais dépensé que 2 francs depuis mon départ'* ».

Tout n'allait point cependant « sur des roulettes » comme l'on dit, et toutes les demi-brigades ne furent pas aussi favorisées que celles de Roguet, de Pelleport et de Laugier. a Le prêt de 2 sous en argent pour le soldat et de 8 livres pour les officiers a manqué

ce qui a mécontenté et découragé l'armée De toutes les

dépenses, c'est la plus sacrée. L'armée d'Italie est la seule où le prêt ait manqué'. »

La trésorerie, on le voit, môme avec l'appoint des contributions et réquisitions, n'était pas suffisamment en fonds pour alimenter les caisses de l'armée de façon à assurer le prêt. C'était créer le prétexte, ou mieux l'excuse, à de nouveaux actes d'indiscipline, à de nouvelles rapines. On conçoit peu que Bonaparte qui signalait cette situation « affligeante >> au ministre des finances et l'invitait

1. Saliceti au Directoire, 23 mai (Arch. G.), seconde lettre de ce jour.

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