‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 59 sur 622 · H.Tainp. t. I", p. G · texte numérisé non relu

H.Tainp. t. I", p. G

2. Doulcet de PoiilOcoulant : Souvenirs. 1. 1"' p. 32;i ;i 330.

3. Sa nominatidii a élé signée le 2 mars, la lettre de service n'est que du 7 mars et la lettre à Calon est du 2 mars (12 Veiitose IV), du 11 Veiitùse d'après l'ouvraiie aiiiilais : The Napoléon Muséum (p. 236), paru en 184'j, citi5 par le g'i Pierron, p. 104. Mais sa nomination était décidée, des le 2o fév. et depuis cette date il correspond avec le ministre au sujet de l'Italie (M"' Victor : Mémoires, t. \". p. 379).

scrrct, ce que j'ai à dire ou à faire dans une circonslancc inattendue : c'est ma réflexion, c'est la méditation '. »

Dès le 1" mars donc il réclame pour le service de l'arniéo d Italie :

l" Mémoires du maréchal de Maillcbois, par le marquis do Pezay, avec l'atlas.

2° Description du Piémont, 2 volumes in-folio.

3° Histoire militaire du prince Eugène, 3 volumes in-folio.

4° Campagnes de Vendôme.

5» La carte du Piémont et de la Lombardie corrigée par Borgognio*.

0» Une grande carte de toute V Italie.

7° Une carte de France en divisions 7niUtaires;

8° Une carte de France avec les étapes ;

9" Une carte du Dauphiné et de la Provence^ par Cassini, grande échelle ;

'50"Plus une lunette achromatique.

Ne saisit-on pas dans cette simple énuméralion la pensée maîtresse de Bonaparte qui s'affirme déjà et embrasse tout, depuis l'histoire des campagnes du maréchal de Maillebois, sur lesquelles il a déjà médité à Nice en 1793 *, qui vont lui fournir l'idée mère de son plan de campagne; jusqu'aux cartes qui lui permettront de calculer le temps nécessaire aux renforts pour lui parvenir; les réservoirs où il ira les puiser; jusque même, en prévision d'un échec et d'une retraite, la carte du terrain en arrière où il viendra s'abriter, subsister et se refaire?

Unissant ainsi en lui, les pétrissant, les fondant en un tout harmonieux, les fruits de ses observations et de ses méditations personnelles, avec les leçons de l'expérience et la science profonde qu'il a du terrain et de l'histoire, Bonaparte va faire éclore sous sa pensée rectiligne, avec une clarté et une précision sans pareilles, le plan où germe la victoire.

1. Conversation avec le s:''nateiir Rœdercr, le G mars 1809, citée par le g»' Picrron : Comment s'est formé le génie militaire de Napoléon b', p. 102.

2. C'est cette carta Corof/rafica de Tingénicur Borgoiiio (et non Borgognio) que nous avons tenu à reproduite à la lia de ce volume, au lieu des e:icellentes cartes modernes, telles par exemide que celle de l'état-niajor Sarde au oO millième, si paifaite à bien des points de vue, et à laquelle nous avions d'abord pensé. 11 nous a

semblé qu'il était préférable pour le lecteur d'avoir sous les yeux la carte même qui servit à Bonaparte, sur laquelle il combina ses plans et suivit les opérations ; la carte que lui et ses généraux portaient sur eux. Cette carta der/li Stati di S. M. il Ile di Sardefjna, data in hice nel 1683. corretta ed accresciula vell' anno //"/i, est d'ailleurs des plus lisibles et ligure exactement les mouvements de terrain et la topographie. C'est la feuille 8 de cette carte avec queUpies fragments des feuilles 5 et 9 (|ui contiennent le tliéàtrede la guerre en 1196 quei'on trouvera, légèrement réduite à la lin de ce volume.

3. Si l'on en croit les Soi'vcnirs du médecin en chef DesgencUes.

Est-ce bien pour cotte seule raison qu'il a ambitionné, recbercbé cette armée d'Italie, si délaissée, si pauvre, si obscure, la seule des quatorze armées de la Convention qui n'eût pas inscrit de nom retentissant sur la colonne des victoires?

S'il l'a désirée plus que ne le firent les autres généraux de la République, et surtout s'il l'a obtenue malgré le peu d'éclat de ses services antérieurs, c'est qu'il a eu conscience qu'il y avait quel(|uc cbose de grand à tenter sur cette terre où les légions de Cbarlemagne,les bandes de Duguesclin et de Bayard.et plus récemment les régiments de Catinat, de Villars, de Vendôme et de Maillebois avaient écrit une si brillante épopée, dont la sienne seule a pu faire pâlir l'éclat. C'est son instinct italien qui le guide, cet élève posthume de Maillebois, plus sûrement que le hasard de garnison qui l'a placé, au début de la guerre, sur la frontière de ce pays.

Si le Directoire se décide en sa faveur, après avoir un moment, sur l'indication de Barras, songé à lui pour le poste de ministre de la guerre ', c'est sans doute qu'il l'a séduit par ses plans, mais on l'a vu, c'est aussi parce qu'il apparaît une sorte de « général au rabais », moins fastidieux que ce Scbérer, qui ne sait que gémir, que réclamer, d'un ton dolent et plaintif, des hommes et do l'argent dont il sait qu'on manque, et qui n'a pas l'instinct d'en aller puiser là où il y en a, de l'autre côté des monts ! Le programme de Bonaparte est bien conçu pour empaumer ces cinq gouvernants béats qui ne songent qu'à jouir paisiblement de l'étrange fortune que leur a valu la Révolution. Des esprits soupçonneux, qu'ont éclairés les tentatives prématurées de La Fayette, de Dumouriez, de Pichegru, pressentent vaguement que la République est destinée, par les circonstances mômes qui accompagnèrent sa naissance, par la nécessité où elle se trouva d'accorder, bon gré mal gré, à l'élément militaire une suprématie excessive, à périr sous les coups d'un soldat heureux qui, délivrant la Franco de l'invasion, incarnant la Révolution, viendrait, la paix faite, oflrir à la nation assoiffée de repos, soûle de gloire, la consécration de ses conquêtes révolutionnaires ; tirerait du chaos jacobin l'ordre ; assurerait la sécurité avec la grandeur de la patrie.

Aucun d'eux cependant, si perspicace soil-il, ne saurait redouter chez ce petit homme émacié, au nom étranger, à la tournure bizarre, à l'accent ridicule, les cheveux aplatis, la peau jaune, « sulfureuse * », collée sur les os, le futur dompteur de la Révolution.

i. Mallet du Pan, t. II, p. 13 ; lettre du 20 février 1793. 2. Ibidem.

L'ÉTAT-MAJOR Cl

Pour ceux, d'ailleurs, mieux avisés, qu'inquièlcrait l'ambiliou du jeune Corse, son esprit entreprenant, aventureux, l'armée d'Italie n'est-elle pas de toutes celles de la République, l'armée qui doit le moins favoriser les desseins envahissants d'un chef victorieux? N'est-elle pas celle qui a récolté le moins de gloire, la plus pauvre, la plus obscure? A ce point qu'on eut l'inlonlion do la confier à l'incapable et vantard Beurnonville '. Le rôle qu'elle doit remplir n'est-il pas autre chose qu'une tâche accessoire en quelque sorte, luiiquement destinée à esquisser une diversion contre l'Autriche au profit des armées de Sambre et Meuse et de Rhin et Moselle que commandent sur le Rhin, Moreau et Jourdan, ces deux généraux, qui se proclament sans qu'on puisse les suspecter, les serviteurs fidèles et dociles de la République?

Il faudra tout l'esprit fertile en stratagèmes de Ronaparte pour en tirer autre chose, pour s'en faire un levier contre le Directoire ; il lui faudra en plus de l'art de gagner des batailles, acquérir celui de les faire valoir, d'atténuer, de taire même ses échecs les plus réels, d'exagérer l'importance et la portée de ses victoires et de tirer ainsi à lui toute la couverture, dont il consentira à céder quelques lambeaux à ses rivaux, moins fortunés ou moins adroits. On a du reste pleine confiance dans son propre républicanisme, qu'il ne perd aucune occasion d'affirmer solennellement -.

Il a d'ailleurs un langage tout à lui, imagé, cadencé, ampoulé, vibrant, sonore, qui n'a pas eu de modèles, ni de rivaux, ni d'imitateurs. « C'est du granit chaulTé au volcan », a-t-on dit 3. H sait bien, ce grand psychologue, que « ce n'est pas pour o sous par jour, pour une chctive distinction qu'on se fait tuer; c'est en parlant à l'âme qu'on électrise l'homme * ». Qui s'est jamais entendu

1. Mallctdu Pan, t. II, p. 32, lettre du 17 mars 9G, où Bonaparte traité de « soé- Icrat » dans la lettre du 20 février, est qualiliO, dans celle-ci, de a Corse Icrrûriste » et de « bras droit de Barras ».

2. Lettres des 11 mars, 24 avril, 6 mai, 9 août 1796 (Arcli. G.). — On croit h sa déférence respectueuse pour le Directoire qu'il témoigne si bien (Letti-es des 27, 28, 29 avril, 1" et 6 mai, 9 et 14 août 1796 (Arch. G.). 11 afl'ecle pariiculiércmcnt de témoigner sa haine et son mépris pour les émigrés, ces Français indignes, ces « lils parricides » assez dégiadés pour tourner leurs armes contre leur patrie. Tantôt c'est l'émigré Moulin, fait prisonnier, qu'il veut soumettre à la juste sévérité des lois; c'est Vérone qu'il veut punir de l'asile ([u'clle a donné au prétendant Louis XVIII; tantôt il éclate en phrases amcres contre les émigrés qui, à ses yeux, ne doivent éprouver que des remords et il les dénonce. C'est pourtant le niTme homme qui, à Sainte-Hélène, dictait, pour le Mémorial^ une pliiase afiirmaiit que le Directoire mettait à mort tous les émigrés, alors que lui n'en fit périr aucun. Qu'on relise ses lettres sur l'émigré Moulin! C'est le Directoire au contraire, qui, à grand' peine, sauva celui-ci malgré Bonaparte, et en raison du caractère de parlementaire dont il était revêtu (Mémorial,]." au 6 sept. 181ii).

3. Domaiion, son professeur de grammaire et de littérature à l'Ecole Militaire. Voir Arthur Cliutiuet: La jeunesse de Napoléon, Drienne, p. 259.

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