H. Taine, p
mieux que lui à faire mouvoir tous les ressorts de la machine humaine?
« Tous ses mots sont des traits de feu dardés coup sur coup... il ne les fabrique pas induslrieusement, ils jaillissent de lui '. »
Pas de phrases, on dirait presque pas de mots, tant « il les subordonne à son but qui est toujours l'effet pratique », et pourtant son style est « plein de phrases à effet et de l'emphase voulue .., bref, c'est un vin fumeux, excellentpour chauffer l'enlliousiasme - ».
Pour la première fois, la proclamation d'un général débute par le mot « Soldats », au lieu de celui de « Citoyens », jusqu'alors toujours usité ! Ce simple changement caractérise l'homme et transforme l'armée.
Ces soldats, incultes pour la plupart, comprennent et saisissent ces allusions à l'ancienne Rome que Bonaparte, tout imbu de ses lectures classiques, nourri, imprégné de Plutarquc, cncliâsse avec tant de force dans ses phrases sonores ^.
Cependant, tout d'abord, ces proclamations fidgurantes qui nous éblouissent, nous électrisent encore, ne produisirent aucun effet sur les soldats *, qui demeurèrent étrangement sceptiques. L'« emballement» ne tarde pas à naître toutefois, les actes venant corroborer les paroles, et dès l'instant, il est complet et incurai)]e.
Conaparle a vingt-sept ans d'ailleurs, l'âge de l'action rapide, l'âge du rêve servi par la volonté, l'âge ou l'on ignore l'obstacle, l'âge des grandes choses. C'est presque l'âge de Condé, vainqueur à Rocroi. et du grand Frédéric lorsqu'il conquit la Siiésie; l'âge de Cyrns quand il battit Crésus à Thymbrée et celui d'Alexandre quand il commença la conque te de l'Afi-ique et de l'Asie; c'est juste lâgc d'Annibal quand il devint généralissime des Carthaginois*.
Aussi, à cet âge heureux, comme il croit à son étoile ! Elle luit
i. H.Taine, p. 38.