‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 6 sur 622 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. Bonaparte, général en chef. — II. Le passé de l'armée d'Italie. — III. Ses effectifs et ses renforts successifs. — IV. Faiblesse de Schérer. — V. Organisation et emplacements de l'armée en mars 1796. — VI. Nouvel amalgame des demibrigades de première formation. — VII. Origines diverses des soldats et des volontaires. — VIII. Leur esprit ; influence de la Révolution sur la valeur des troupes. — IX. Réorganisation de l'armée par Bonaparte. — X. Effectifs dont il dispose au début des opérations. — XI. Dénuement et indiscipline de l'armée. — XII. Gaieté persistante du soldat ; son désintéressement. — XIII. Les Alliés ; divergences entre eux. — XIV. L'armée SarJe ; ses qualités. — XV. Les Barbets. — XVI. Le .corps auxiliaire autrichien. — XVII. Les Impériaux ; effectifs de Tenncmi.

Nonimtî commandant en chef le 2 mars ; marié le 9 mars, parti de Paris le 11 mars, délaissant Joséphine après deux jours de mariage, le général Bonaparte arrivait à Nice le 27 mars 179G, prendre le commandement de l'armée d'Italie '.

Ce « général au rahais » n'allait trouver qu'une « armée de rebut '» où tout manquait matériellement et que ne soutenait même plus dans ses épreuves, la ferveur patriotique, la flamme révolutionnaire qui l'avait animée jadis. Tous l'avaient à l'envi négligée et dédaignée. La Convention n'avait été pour elle qu'une

d. Voir note à V Appendice.

2. .Miclielet : Histoire du XIX' siècle, t. I'^', p. 324 ; Joscpli Turquan : La générale Bonaparte, p. 43. .

marâtre austère et l'avait sevr6e de tous encouragements, de tous renforts. A côté des mémorables exploits des armées de Sambre et Meuse, de la Moselle et du Rbin, elle n'avait à inscrire que quelques noms obscurs de combats sans profits, affaires de tirailleurs plus que batailles en ligne, dont jamais le bruit n'avait retenti sous les voûtes du Pantbéon.

Toutefois, si ce n'était plus l'armée du peuple, ardente et enthousiaste, la nation armée d'autrefois, simple et pure, comme le fut aussi celle de Cromwell, ce n'était cependant pas encore l'armée de prétoriens qu'elle fut plus tard et dont elle contenait à peine les germes.

L'armée d'Italie était d'ailleurs de formation ancienne • et Bonaparte allait y trouver sous sa main ces vaillants soldats, créés tels, depuis quatre années, par l'apprentissage incomparable des champs de bataille.

C'était la même armée, rameau détaché de l'armée des Alpes, qui, avec d'Anselme, avait conquis le comté de Nice le 28 septembre ITOâ ; qui, sous Cartcaux etDugommier, avait repris Toulon aux Anglais en décembre 1793, et livré avec Dumerbion et Masséna, dans les rudes passages des Alpes et des Apennins, une multitude de combats obscurs, tant aux Piémontais qu'à l'armée autrichienne, combats dont les moins inconnus sont ceux de Saorgio, de Breil et de Cairo ; la môme enfin qui, sous les ordres de Schérer, avait, trois mois auparavant, gagné, grâce aux dispositions de Masséna, la belle victoire de Loano ; vaine gloriole cependant, puisqu'on n'en avait pas su tirer les conséquences que tous apercevaient *.

Tantôt victorieuse, tantôt vaincue, elle végétait, à travers mille vicissitudes, toujours pauvre, toujours luttant sans éclat, presque sans gloire, sur les mômes rochers stériles, les mômes collines pelées qu'elle disputait depuis trois ans à un adversaire obstiné, mais trop peu entreprenant pour qu'il n'eût pas été possible de lui arracher cette âpre barrière des Alpes où il ne se cramponnait que faiblement. Elle semblait se complaire dans cette sorte de « jeu de barres perpétuel ' », qui se prolongeait ainsi, sans portée et sans intérêt, comme sans profit et sans but.

i. Sa création en armi'^c distinote remonte au l" nov. 1792.

2. « Ou eût pu, sans combat sérieux, envahir l'Italie. » M"' Marmont: De l'esprit des insliltilions miiilair-es, p. 175.

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