‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 66 sur 622 · Bourrienne, ♦. I"', p. ISt · texte numérisé non relu

Bourrienne, ♦. I"', p. ISt

4U. M"i Marmr.nt, t. !•', p. loi.

avait grand besoin à un pareil moment et ce fut une cliance pour lui de découvrir Bcrlliier.

Berlhier était une sorte de « tradition vivante », bien rare à celte époque dans les états-majors des armées républicaines, presque l'unique échantillon qui rappelât l'ancienne armée.

Tour à tour défenseur de la Reine, alors qu'il commandait la garde nationale de Versailles, aux journées d'octobre 1789 ; ami de La Fayette, protégé de Carra et de Cboudieu; conseiller et ami de Ronsin en Vendée, puis brouillé avec lui; chef d'état-major de Biron, puis de Rossignol à l'armée des Côtes de La Rochelle où il fut blessé ; il passa pendant la crise révolutionnaire par d'étranges avatars, s'insinaant ou s'imposant, avec une surprenante désinvolture, alternativement chez le brillant gentilhomme Biron, l'exmarquis de Lauzun ; près du terroriste et hébertiste Ronsin, puis à l'ouvrier orfèvre Rossignol. Pendant ia Terreur, destitué, il se terre deux ans, à Préc\% dans l'Oise*, et se réveille chef d'étatmajor de Kellermann à l'armée des Alpes, en Italie, où Bonaparte le découvre, apprécie sa souplesse, sa docilité, sa rare aplitude au travail et jette sur lui son dévolu pour en faire son bras droit à la nouvelle armée d'Italie.

Rien en lui d'ailleurs ne saurait porter ombrage ni susciter la jalousie d'un général en chef *, dont il se contente de traduire exactement les instructions en ordres de détail précis et claiis. Son extérieur froid et réservé le laisse sans action sur le soldat, dont il n'a jamais partagé l'existence, la fatigue et les périls. Bien qu'à l'occasion il sache tirer son épée et affronter le feu sans faiblesse, comme il le fit à Lodi, ce n'est point un manieur d'hommes.

» Petit, mal bâti, sans être cependant contrefait; ayant une tète un peu trop forte pour son corps, des cheveux crépus plutôt

Page 1