‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 67 sur 622 · Ch. L. Chassin : La Vendée patriote, t. I", p. S"J · texte numérisé non relu

Ch. L. Chassin : La Vendée patriote, t. I", p. S"J

2. On chercha cependant à la faire naître en prétendant que Bcrthier était l'auteur véiitahle des plans de Bonaparte. Bcrthier lui-même contril)uait à accréditer cette opinion en se plai|,'nant (lu'on ne lui rendit pas sullisamment justice, et il écrivit à C.larlie que Bonaparte cliercliait à garder pour lui toute la irloire ; « cependant, disait-il, je crois (|u'il y a plus ouhli qu'autre chose ». Il ajoutait que d'ailleurs il était satisfait de ses relations avec Bonapaite et Saliceti. « Je suis très content du pénéral Bonaparte : il a des talents. » (Arcli. G., 28 avril et 6 mai 1"06.) — C'est pour l'apaiseï' sans doute que Bonaparte écrivit au Directoire : « Bcrthier... a toujours passé la journée auprès de moi au combat et la nuit à son bureau; il est impossible de joindre [ilus d'activité, de bonne volonté, de courage et de connaissances. Je lui ai, à juste titre, rendu la moitié des choses flatteuses et honorables ipie vous m'exprimez dans vos lettres. » (Bonaparte au Dinîctoire, 6 mai l'dd (Areli. G.). Saliceti aussi s'était plaint au Directoire qu'on n'eût pas félicité Bertliier par lettre, comme les autres généraux, disant : « C'est à son zèle infatigable, à son activité, à son énergie, à ses talents militaires et vraiment précieux, que sont dus en grande partie nos succès. » (Arch. G., G mai 1796).

Plus tard, dans l'exil de Sainte-Hélène, interrogé directement sur le rôle de Bcrthier dans l'élaboration de ses plans. Napoléon répondait carrément avec une rancune peu dissimulée: n Bcrthier, c'est une bute! »

que bouclés, d'une couleur cjui n'était ni noire, ni blonde... des mains naturellement laides et qu'il rendait cITroyables en rongeant conlinucUcaient ses ongles, au point d'avoir les doigts presque toujours saignants; des pieds à l'ayenant, excepté qu'il n'en mangeait pas les ongles »; tel est le portrait peu flatté qu'en trace la malicieuse duchesse d'Abrantès'. « Il bredouillait fort en parlant, ajoute-t-elle, et faisait non pas des grimaces, mais des mouvements tellement singuliers par leur vivacité qu'il en était fort amusant. »

Sa nature même, la tournure de son esprit, son genre de talent le confinaient dans cet emploi de chef d'état-major où il était passé maître; nul n'était plus apte à saisir les conceptions stratégiques d'un généralissime et à en préparer savamment l'exécution matérielle. Dès lors, il était, à ce moment surtout, indispensable pour régulariser l'aventureux génie de Bonaparte à la veille de prendre son gigantesque essor.

Plus proche que Berthier du type de général en chef, sans toutefois le réaliser entièrement, était André Masséna ; « ce terrible Masséna qui devait tant coopérer à la ruine d'un roi dont il était né le sujet- »; « le premier en rapine comme en talent' » ; « contrebandier matois, pirate à l'occasion* ».

C'était un général tout d'inspiration et d'instinct, plutôt que do science; il était totalement dépourvu d'instruction, bien dissemblable en cela de Bonaparte et de Berthier. « Détestant la lecture * », il n'avait pu puiser dans les livres la science de la guerre que la naissance seule lui avait donnée, et que douze ans do services comme sous-oiTicier avaient développée, fortifiée en lui, tout en l'initiant à fond au maniement des troupes et à leurs évolutions en ligne.

Avec beaucoup d'esprit naturel, de la finesse, môme de la ruse, très circonspect et dissimulé, connaissant très bien le cœur humain, il s'était formé, élevé peu à peu. Avec sa bravoure, son activité, son audace, son coup d'œil, sa promptitude de décision®, il était rapidement parvenu à deviner les secrets du métier mili-

1. Mémoires de M"" d'Abrantèx, édition de M™' Carettc, nùc Bouvet, p. 103-104. — Le g"' Lejeune, son anoien oflicicr d'ordoiiMancc, dit au contraire, dans ses Mémoires (t. II de l'édition Germain Bapst, p. 167) que, « malgré sa stature moy(Mine, il avait dos formes athlétiques très bien prises... Seschevcux abondants et crépus, annonçaient l'énergie. » Le g»' Desaix le peint « petit, gros, rit toujours, très allairé », dans ses notes de voyage eu Italie en 1797 (Man. inédit Arcli. G.).

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