Napoléon : Campagnes d'Italie
assez ; il était fatigué et comme découragé parla victoire même ' ». Quand s'engageait l'action, on eût dit qu'il ne serait jamais en mesure de déployer ses incontestables qualités guerrières ; il fallait qu'il fût talonné par la nécessité pour se hisser au niveau de Masséna que l'odeur do la poudre exaltait.
Aussi dépourvu d'instruction pic, nière que son émule, avec « peu d'étendue dans l'esprit », il n'avait, quoique l'etors, ni la souplesse, ni la finesse qui, cliez Mûsséna, supi)léaient à l'absence d'éducation. A la fois plein d'une na'iveté bouffonne et du ne singulière rouerie, c'était un soldat, un très brillant soldat, mais rien que soldat. Bonhomme et brutal ; inculte et insinuant; tour à tour, sous l'ancienne monarchie, fantassin et dragon, sergent instructeur en Prusse et à Naples, maître d'armes et carabinier, Augereau n'avait qu'un passé d'aventurier cosmopolite et des allures qui le décelaient trop.
« Ses manières étaient triviales et communes ; sa mise était souvent celle d'un charlalan -. » De son frotlement avec les hommes de différentes nations, il n'avait gardé que beaucoup de faconde ; une grande assurance de ton et de manières, un air de familiarité parfois déplacée, et aussi un certain vernis superficiel qui faisait peu illusion. Il avait surtout rapporté do ses voyages le goût des parures voyantes, des panaches, du clinquant. « Son costume était éclatant ; il y avait des broderies jusqu'à ses bottes *. »
Depuis la Révolution, on l'avait vu, en peu de mois, officier dans la garde nationale parisienne ; capitaine de hussards dans la Légion Germanique où il avait eu Marceau pour camarade ; aide de camp de Rossignol, dans l'état-major du(]uel il avait pu rencontrer Berthier. Emprisonné connue suspect, bien qu'il passât plulôt pour fougueux Jacobin; de la Vendée il était allé aux Pyrénées, où il s'était distingué dans les multiples combats de cette frontière et il y avait conquis d'emblée le grade de général de division, sans passer par celui de général de brigade. Fort indépendant d'humeur, malgré son républicanisme exalté, iln'avait pas craint, à peine arrivé aux Pyrénées, en septembre 1793, de tenir tête au représentant du peu[)le Gaston, et d'appuyer le brave général Dagobert, accusé d'incivisme *. Ce n'était pas alors un acte do courage banal, et il aurait pu le payer cher.
Sans avoir au feu la froide intrépidité de Masséna, il y étalait
i. Mémorial^ C nov. ISIj.