Mémorial de Sainte-Hélène, 4 sept
qui l'avait de suite mis hors de pair dans les armées novices de la Révolution. Tour à tour cavalier et fantassin, il était peut-être le pi'emier manœuvrier de l'armée et un tacticien consommé, rompu qu'il était à tous les exercices, tant de l'infanterie que de la cavalerie, qu'il connaissait à fond pour les avoir tant pratiqués. Aussi reconnaissait-on que « ses attaques étaient régulières et faites avec soin ; il divisait bien ses colonnes, plaçait bien ses réserves ; se battait avec intrépidité * ».
Fort aimé de ses troupes dont il s'occupait sans cesse et chez lesquelles, il « maintenait l'ordre et la discipline », il n'était pas moins goûté de ses collègues, pour lesquels il était « bon camarade et serviable * », magnifique dans ses manières et généreux ; on comprend peu que ses amitiés ne lui soient pas davantage demeurées fidèles. Il le dut sans doute à son insupportable vanité, plus encore qu'à ses manières frustes. Très infatué de ses mérites, d'ailleurs réels, « il se croyait capable de commander une grande armée', » alors qu'il n'était que le plus habile, le plus ingénieux tacticien que pût souhaiter avoir sous ses ordres un général en chef.
Il jouissait au surplus d'une grande réputation. Sa haute stature, sa mine mai'tiale que ne déparait pas un nez d'une longueur et d'une courbure extraordinaires, ses costumes môme, excentriques et voyants, sa jactance, ses propos bruyants empreints d'astucieuse hâblerie, lui avaient valu dans les camps une popularité incontestable. Augereau avait d'ailleurs «une belle figure, il était grand et bien constitué. Il aimait tous les exercices du corps. Il était bon écuyer et excellent tireur *. » Loin d'être cette sorte de grand croquemitaine bretteur et bavard que ses détracteurs ont tenté de représenter, il avait l'aspect imposant et ceux qui l'ont approché se sont toujours souvenus de cette « sévère figure des campagnes d'Italie., ce coup d'oeil incisif, ce nez de grand oiseau de proie... » qui constituaient à Augereau une physionomie « aux traits si fortement caractérisés ^ ».
On ne lui a ménagé ni les quolibets, ni les injures, et si l'on en discerne facilement les motifs, on doit avouer cependant que les