G'i de Marbot, 1. 1", p
5. Souvenirs du général baron Paulin, p. 41. •< Grand bel homme, belle figure, grand nez... vantard beaucoup. » (INotss du g"' Desaix; Arch. G.j
unes, pas beaucoup plus que les autres, n'étaient s(5neuscment fondés. Augereau a été trop décrié, trop rabaissé, pour qu'on n'aperçoive pas dans ce dénigrement de parti-pris d'injustes autant qu'injustifiables exagérations. Cbacun, il faut le dire, semble s'clre plus à les propager bénévolement *.
Il élait resté le gamin de Paris, celui du ruisseau Mouiïctard. En politique, il élait exagéré, violent, « factieux », « attacbé au l)aili de Babœuf, à celui des anarcbisles les plus prononcés *. » Comme bomme il s'abandonnait volontiers à ses instincts fron-
1. Augcrcnu est coitnincmcnt, de tous les inan'cliaux de l'Empire, celui dont la mi'iiHiire a le plus sontliTl depuis 1815. Nul n'a élt- plus ravali;, uièmc parmi roux (\n\ lie le valaiiiit pas. Ou s'est attaché à le l'ejiréseuter comme un être grossier, d'une JLTuoraucc proloude, cominn une sorte de Policiiincllc, aiiipicl son f;iand nez de laiieou tombant sur sa large lioiielip. le taisait (pieli|ue |ieii ressembler. On en a lait un fantoclie bouiau et mal endiouelié. Sur son compte il si'nible qu'il y ait unanimité et l'on lie rencontre guère de témoignages coiilradietoires, sauf dans certains écrits pins récents, tels que ceux de Marbot et de Paulin. La moqueuse, mais sincère et indulgente duchesse d''Abrnntès le traite d' « être de la plus iirofonde nullité... C'est un liommc qui pouvait avoir une audace entraînante..., mais il avait des manières soldatesques; tout en lui rajqiclait l'homme sans éducation. Sa vanité était immense. » (Mémoire!;, édition de SI'"» Carette, ]>. 40.) Plus loin (p. -222), elle revient encore sur • ses manières vulgaires, son ignorance jirofonilc », et elle ajoute : « Il avait une grossièreté dans la parole (pii éloignait de lui jusqu'aux soldats qui aiment à retrouver dans le chef qui les conduit une autre apjiaj'euee tpie la leur. »
Marmont, dans ses Mémoires, l'ajipelle « mauvais sujet », l'accuse d'avoir trois fois déserté (ce que rien nedémontro;; il le fait servir aussi en Autiielie, en F.siia^-ne, en Portugal (son dossier est muet à cet égard, mais il est dil'licile d'établir comjdetemeiit les états de service d'An^'ercau ; il dit lui-même que tous ses papiers ont disjiaru lors de son arrestation). Par contre Marmont ne note pas son passage en Vendée, et le l'ait assister aux combats des Pyrénées dans les rangs d'un bataillon de volontaiios (Augereau n'a jamais servi dans aucun).
r.rel', il s'est formé sur Augereau toute une légende à rebours que, dans le seul intérêt de la vérité, il conviendrait de réduire à de plus vraisemblables pioj)ortions. An::ereau n'était assurément pas un petit-maître, pas plus (pi'un grand géiiér.il. Sans vouloir esquisser une apologie, ni s'inscrire en faux contre les accusaliuns trop méritées que lui valut sa conduite en 1814; sans vouloir contester l'exactitinle de certaines assertions de Marmont, de Macdonald, de M"'° d'Abranlès et de tant d'autres sur son défaut absolu d'éducation, trn|) réel, il est permis d'aflirmer ceiiendant (pie l'inslruction primaire ne lui faisait nullement défaut ; son écriture est véiilablcnieul très belle, un peu prétentieuse même, celle d'un sous-oflicier qui s'ajiplique à la calligraphie. Sa correspondance est d'assez bon style et pleine de bon sens. On dira que «pulipi'un la rédigeait pour lui; à ce compte, ce quelqu'un l'aurait accompagné dans toutt! sa carrière et aurait bien soigneusement conservé l'anonymat. Quant à sa bravoure, si cruellement mise en doute, notamment par Marmont, elle paraît néanmoins incontestalde. Il suffit de le voir à Arcolc (même en tenant compte de sa vantardise habituelle) et surtout à Castiglione,. où seul dans l'armée il eut du ressort et sauva l'étoile chancelante de nona]iarte; même plus tard, à Eylau, où il fut blessé, pour être définitivement édifié sur l'injustice criante de ses nombreux accusateurs. Augereau est certainement un grand calomnié. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à lire dans les Mémoires de Marbot, si pleins d'errcui'sà d'autres égards, les lignes caractéristiques (t. I", p. 180 à l'Jl) qu'il consaci'e à Augereau dont il fut l'aide de camp. « Augereau surtout a été fort mal jugé. On s'est conqdu à le représenter comme une sorte de sacripant, dur, tapageur et méchant; c'est une erreur. . . Il était bon, poli, affectueux. » Maibot termine en disant : « Jamais homme ne fut plus généreux, plus désintéressé, plus obligeant. •> Comparons tous ces avis divergents; opposons aux jugements ultra-sévères qu'on a portés sur le m»', l'opinion de ceux qui ont vécu dans son intimité, et quoi([u'ayant eu à soufl'rir parfois de ses frasques, ont pu conserver leur libre-arbitre et n'ont aucun intérêt, ni à l'exalter, ni à se joindre à' ses détracteurs; tirons la moyenne et nous aboutirons sans la poursuivre, à une véritable réhabilitation.