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rcli. Guerre

84 EONAPARTE EN ITALIE

pointu, ses yeux caves, son air hautain et froid, donnaient à son visage ovale, éniacié, légèrement marqué de petite vérole, un caractère particulier de sévérité tempérée par la grâce. Ancien hussard de Lauzun, et toujours hussard, il avait, malgré son allure flegmatique, taciturne et glacée, malgré son tempérament maladif et sa paresse, malgré ses quarante-cinq ans, conservé toute l'impétuosité de ces cavaliers d'élite, modelés sur leur chef, le plus chevaleresque, le plus ardent, le plus fou des libertins do la cour. Moins bouillante que celle de Stengcl, sa vaillance était unieau sang-froid, au coup d'œil, à la sagesse. Ce n'était pas «un brûlot sans raison' ». Kilmaine était un éclaireur plus qu'un sabreur.

« Présomptueux et infatué de ses mérites- » ; fin pourtant, môme astucieux ; remuant ; instruit d'ailleurs, parlant cinq langues; très modéré en polilique, Kilmaine offrait le type du militaire doublé d'un diplomate; c'était un penseur, « un prophète » et un négociateur habile. Bonaparte l'emploiera aux besognes de cabinet, aux arrangements poliliques avec les populations, à l'espionnage aussi, en un mot, « à toutes les commissions délicates qui exigentdudiscernementjdel'esprit et une tète saine ^». Peut-être était-il trop prudent, trop rusé, trop avisé ; « singulier et difficile* », augré de Bonaparte; on l'appelait l'Ulyssede l'armée. Peut-être sa renommée de pillard, — les fourgons de Kilmaine sont restés célèbres, — ses incommodes boutades lui n uisirent-elles dans l'esprit du jeune Bonaparte. Peut-être enfin sa vanité, fort grande, — à l'entendre, nul ne l'égalait, —déplut-elle au méfiant général. Quoi qu'il en soit, il semble qu'il l'écarta volontairement des champs de bataille pour le confiner dans des fondions administratives et politiques. Pourtant Kilmaine, un des rares manœuvriers de la cavalerie, qui avait enseigné avec distinction les nouvelles manœuvres aux détachements des six régiments de hussards au camp de Metz, en 1788, était parfaitement préparé au métier de combattant d'avant-garde et d'entraîneur d'escadrons, plus vigoureux qu'on ne l'eût supposé à la vue de son grand corps efflanqué que rongeait la phtisie.

Le chef de la seconde division de cavalerie, le général Beaumont, était beaucoup moins apte que Kilmaine à guider avec vigueur des cavaliers sans élan. Soldat de cour et de salon, sans esprit d'initiative et sans zèle, royaliste au fond et entiché de

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