‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 87 sur 622 · ISapoléou : Canipiujnes d'Italie · texte numérisé non relu

ISapoléou : Canipiujnes d'Italie

k. LaiidricuT, p. 112.

noblesse, le griiôral Boaiimont n'agissait que lorsqu'on l'y forçait; encore s'acquillait-il do sa tâclie avec une telle mollesse qu'il semblait ne vouloir que remplir strictement son devoir, tout juste pour éviter des reprocbes, et sans qu'il en pût résulter rien d'avantageux ])our l'arjnéc.

Tels étaient les iiislruments, tantôt parfaits, tantôt médiocres, parfois nuls, que Bonaparte allait avoir à mettre en œuvre. 11 sut en jouer avec une rare maîtrise, discernant instantanément les mérites ou les défauts de tous, les besognes propres à chacun, et les utilisant au gré de leurs aptitudes.

Pour le seconder dans sa tàcbe, ou à vrai dire plutôt pour le surveiller, le I>irectoii-e avait placé deux commissaires civils dont les pouvoirs, pour èli'e moins prédomiuanis que ceux des représentants du peuple en mission, au temps de la Convention, n'étaient pas moins foi t élendus et considérables, de nature à gêner dans ses leudanccs un généi'al résolu à se dérober le plus possible aux. injonctions du gouvernement. Aussi Bonaparte s'elTorea-t-il d'avoir auprès de lui un bomme qui sût être aveugle ou discret à propos, pièl au besoin à devenir son complice si la fortune le favorisait. Il y réussit, car le Directoire désigna son compati'iote, son ami, Salioeli. auquel fut adjoint Garrau. Tous deux anciens conventionnels régicides, non réélus aux Conseils ries Cinq-Cents et des Anciens, ils avaient été désignés, le 3 février', pour succéder à Riller et à Turreau -, dont la mission était terminée. Salir(.'ti rejoignit ijnniédiatemcnt l'armée, puisque c'est à son instigation que le général Sclicrer prescrivit le mouvement sur VoltrI et qu'on le vit peser sur Gènes afin de l'amener à l'emprunt. Il ne revint au quartier général qu'après l'entrée en fonctions de Bonaparle, le G avriP. Quant à Garrau, il n'assisia

1. Le lo pluviôse an IV; procos-vorbaiix du Directoire (Arcb. Nation ). Louriiniforme fnt ainsi r(!f;l« : iiHabitliIcu,dnul)lui-e, veste et culotte de niènie, ceinture routic et blanche avec une IVanpre aux trois couleuis,cbaiio.iu rond avec idunics ti'icolores » ; décision du 22 juin nOO (Documents France, vol. 'SVJ, ])icce 39. Arcb. Att'. Etrang'"').

2. Rittor, réélu déjiuté du Haut-lUiin an\ Cimi-Ccnts, était allé siéger; Turreau, cousin du général, était un ami de Bonaparte avec leriuel il avait vécu en intimité à Mce. P.onapartc le nomma garde-magasin de l'armée à Coni, où il mourut, le 7 avril 1797. Turreau avait épousé d'abord M"" veuve Davout, mère du futur m»' et de la g'i» Beauniunt, puis, en secondes noces, une fort joUe jeune femme pour laquelle Bonaparte eut des soins.

3. « Saliceti est arrivé hier àa quartier général» Rapport du 7 aTril 1796 (Arcb. G.).

pas aux débuts des opérations et n'apparut qu'un peu plus tard '.

On ne pouvait à la fois, selon le point de vue, choisir mieux ou plus mal que Saliceti. Italien jusqu'aux moelles, plus encore (juc Corse, et des plus rusés, c'était « l'un des hommes les plus fins que la Corse ait jamais produits * »; non seulement fin, mais « souple et peu scrupuleux^ »; « joignant à la force du tempérament un caraclére des plus ardents et un orgueil démesuré, d'uncamliition elTrénée... audacieux jusqu'àla témérité *<). Saliceti, d'une famille originaire de Plaisance, avait lui-môme été étudiant et avocat à Pise, avant de retourner à Corte exercer sa profession d'avocat près du Conseil supérieur de Corse. Mieux et plus que personne, il était donc à même de discerner et de révéler la politique tortueuse et fuyante despetits États de l'Italie. Nul aussi n'étail plus désireux de les opprimer et de les ruiner. Il avait eu,assure-t-on, son grand-père pendu à Gênes ^, et le ressentiment profond qu'il en éprouvait se traduisait par une liaine implacable qu'il n'avait pas encore eu l'occasion d'étanchcr. D'une avidité sans égale et sans scrupules, dévoré d'une indicible soif de richesses*, Saliceti devait se jeter sur IMlalle comme sur une proie, pour y venger la mort iniàmante de son aïeul et s'y gorger de dépouilles. Il jouissait pourtant d(''jà en Ilalie, « où son titre de Corse le faisait regarder à peu près comme un compatriote », d'une grande popularilé, et son nom y avait un « poids immense ' » ; mêlé qu'il était, depuis plusieurs années, à beaucoup d'inirigues.

Saliceti était, au demeurant, un Jiommedu monde, «un homme de beaucoup d'esprit », fort séduisant de manières, « une personne l'emplie de politesse et d'urbanilé », qui savait recevoir « avec les égards les plus i-echcrchés « ». Très habile, très souple, très fin, très insinuant, il élait «de ceux qui réussissent tou-

D'apri'S le c«' Krclis, p. 362, liotc 7, Saliceti aurait quitta Paris le 7 fOv., serait arrivé à Nice le 21 l'év., après aircl à Lyon, Avignon, Maiieillc, peut-être Toulon; le 24 fOv. il jiartait de Nice, mais conlraiii'; jiar une tourmenio Je neige et des dcbordenienls, il n"atiiv;i à Finale i)iie le 28 fév.; il alla à Gènes réclamer un emprunt, et éclioua. Ce n'est fpi"a|irès l'insuccès de sa mission nu'il revint à Savono, le 19 mars; puis rejoignit Bonaparte ;i Albenga, le G avril.

1. « Je viens d'arriver... je pars aujourd'hui rejoindre le f[uartier frénéral qui élait le 10 à Ri'escia, avec une escorte, car les roules sont convoites de iirig.inds assassinant et pillant. » Carrau au Dircct'jirc, de Nice, 7 juin ll'JO (19 prairial IV) (Arch. Nat., série A. F. lU, carton ISjj.

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