‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 88 sur 622 · Mémoires d'une Inconnue (M"'« Cavaignac) p. 2ofi · texte numérisé non relu

Mémoires d'une Inconnue (M"'« Cavaignac) p. 2ofi

8. îliot de Mélito, t. 1'^, p. 87. .Aliot s'attendait, en allant voii- Saliceti à Milan, « à un accueil repoussant et farouche »,

jours ' » et il aurait certainement occupé avec distinction les plus hauts emplois s'il n'avait été «un sacripant -» et «le plus déhonté fripon de l'armée ' ». Au dire de ceux qui le virent à l'œuvre, c'était une « forte tûte », « un des personnages les plus remarquables de la Révolution * », un « homme de grands moyens, de haute capacité », mais « acerbe comme homme public », et plus redouté qu'aimé et estimé *.

Son goût pour le pillage en grand, son ardeur de déprédation étaient tels qu'il en vivait littéralement obsédé. Il ramenait tout, il subordonnait tout à cette vile et absorbante passion. Ses vices lui acquirent tant d'impopularité qu'il fut l'objet d'un complot et que sa mort a pu être, non sans vraisemblance, attribuée à quelque acte de vengeance provoqué par ses exactions.

Les défauts de Saliceti n'étaient pas faits pour déplaire à Bonaparte, car ils devaient lui permettre de cantonner plus facilement ce tuteur, s'il voulait devenir gênant, dans des attributions commerciales et financières où Ion pouvait strictement limiter son action. Saliceti le comprit et sut se restreindre sans aigreur^ mais avec son âpreté coutumière, à l'unique lambeau de son pouvoir primitif, le seul que ne lui arrachât pas son compatriote, son ami, le général Bonaparte.

Saliceti était, en effet, un des familiers d'ancienne date du jeune général dont il avait été tour à tour, presque sans transition, le protecteur, puis le protégé, le persécuteur, puis le surveillant, enfin le complice jusqu'au jour où celui-ci, s'estimant assez fort pour se passer de ses complaisances et pour secouer la tutelle du pouvoir civil, le relégua sans façon à l'arrière-plan. Ami des Bonaparte d'abord et même protecteur de la famille, Saliceti, obéissant à l'on ne sait quelle rancune, à quelle vendetta familiale, peut-être jalousie de mari offensé^ peut-être feignant la hainepour mieux détourner les soupçons, avait soudain poursuivi Bonaparte, jurant sa perte, après le 9 Thermidor. C'est sur sa dénonciation que Bonaparte, considéré faussement comme l'homme des frères Robespierre, fut destitué et emprisonné par l'arrêté des représentants Laporte, Albitte et Saliceti. Peut-être cette persécution d'apparence si farouche ne fut-elle qu'un trompe-l'œil,

1. Napoléon au roi Joseph, 2G fév. 1808 [Correspondance, t. XVI). « Je ne peux rien concevoir de plus désastreux pour vous que de vous aliéner un homme aussi important», ajoute Napoléon à Joseph dont la confiance en Saliceti avait tout à fait diminué.

2. « Une espèce de Bonaparte en petit, un sacripant », M. -A. Baudot : Notes historiques, p. 9.

3. G"' Clarke au Directoire, citée par Trolard, t. 111, p. 23.

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