‹ Bonaparte en Italie 1796Chapitre 89 sur 622 · Mémoires d'une Inconnue (M'"» Cavaiguac), p. 238 et · texte numérisé non relu

Mémoires d'une Inconnue (M'"» Cavaiguac), p. 238 et

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une malicieuse duplicité, el fut-ce pour mieux dérober Bonaparte aux coups de la réaction tlienuidorienne qu'il renl'enua sous des verrous que seul il pouvait tirer. Quoi qu'il en soit, plus tard, après les journées de Prairial où Saliceti fut compromis avec « les derniers Montagnards » et n'échappa à la mort que par la fuite, Bonaparte, rancunier de naissance cependant, connut son refuge et le lut, bien loin de le livrer ' .

Réconciliés ensuite par l'entremise delà belle Madame Pcrmon, leur amie commune, la future belle-mère de Junot, ils se prêtèrent désormais un mutuel appui, et c'est avec l'assentiment de Bonaparte, sur son désir à peine déguisé*, que Saliceti lui fut donné comme adjoint civil à l'ai'mée d'Italie. Un tel témoin ne pouvait guère devenir importun, et Bonaparte n'eut pas auprès du Directoire, de soutien, de prôneur, de thuriféraire plus empressé et plus élogieux que ce conseiller, ce surveillant, ce Mentor d'un genre nouveau près d'un Télémaque tôt émancipé.

Le fds aîné de Madame Pcrmon accompagnait Saliceti en Italie en qualité de secrétaire ^.

Quant à son collègue Garrau , s'il prit plus au sérieux ses fonctions de censeur et de guide, s'il eut même, de ce chef, maille à partir avec Bonaparte *, il était loin d'avoir l'envergure d'esprit et les talents de Saliceti. Plus honnête homme assurément, intègre même, il était « sans capacité ='> . C'était un petit avocat girondin, à la parole chaude et exaltée, que ses opinions ardentes avaient porté à l'Assemblée Législative, puis à la Convention. Il y fit preuve dun républicanisme intraitable, « d'un patriotisme acerbe » et même violent, tout au moins en paroles. L'emphase rctenlissanle de son éloquence déclamaloire n'allait pas sans quelque grandeur. Elle parut ainsi, en 1794, lors de sa mission à l'armée. des Pyrénées où, dans ses répliques aux généj-aux cspa-

d. Bourrienne : Mémoires, t. I•^ p. G6 et Bonnpartc à M"« Permon, ilc Paris, iS juin nOo, c\U'\ par M""» la duchesse tl'Aljrauti's dans ,scs Mci/ioircs : « Jo n'ai jamais voulu être jiris pour dupo.jc le serais à vos yeux si je ne vous disais pas (|ue je sais, depuis jdus de vingt jours, ([ue Saliceti est caché chez vous. . . . Saliceti, tu le vois, j'auraispu rendre le mal que tu m'as lait, et, en nj-'issant ainsi, je me •serais venjré, tandis que toi tu m'as fait du mal sans que jo t'eusse ollensé..., etc.» — L'authenticité de cette lettre, dont personne n'a vu l'uriuinal. et étant duiuiée la source peu sûre d'où elle provient, M"» d'Ahrantés étant (-outuniiei-e de ce genre de supercheiie, peut être mise en doute assez légitimement; néanmoins, les pnhlicatcurs delà Correapondance de Napoléon ont cru pouvoir l'accueillir.

2. jionaparte rendait d'ailleurs coup pour coup à Saliceti les comi)Iiments que celui-ci faisait du géiiéial au Directoire. 11 assuiait qu'il avait " à se louer de lid », et (|ue Saliceti « joint beaucoup de ressources à beaucoup de zèle » (Bouaparte à Le Tourneur, piésiiP du Directoire, de Turtone, 6 mai 1796 ;Arch. G.). • 3. Melzi, p. 331.

4. Bonapaitc au citoyen Garreau [sic], de Castiglionc,20 juil. 179G (Arch. G.). — Le général invite sèchement Garrau à « se restreindre désormais dans les bornes des fonctions ipii vous sont i)rescrites par le rpL'Iemeut du Directoire cxécutit ».

5. G"' Clarke au Directoiie ; citée par Trolard, t. III, p. 23.

gnols, comme dans ses proclamations, sa phrase énergique et vibrante, autant que pompeuse et sonore, exerça sur le moral des troupes une réelle influence. Il déploya, du reste, un courage peu banal, accompagnant les colonnes à l'assaut, traversant la Bidassoa, à gué, avec de l'eau jusqu'à mi-jambes, escaladant le San-Marcial, salué par les volées de mitraille de la ville de Fontarabie qui couchaient à terre les grenadiers tués à ses côtés'.

Venu tardivement à l'armée d'Italie; tenu de suite à l'écart par Bonaparte enhardi déjà par ses victoires, il trouva la meilleure place occupée par Saliceti qui se carrait confortablement dans ses rémunératrices fonctions. Annihilé en un mot, Garrau temporisa quelque temps, cherchant à se rendre utile, bataillant sans le moindre succès, avec les fournisseurs, les administrateurs, avec Bonaparte en personne, aux empiétements duquel il ne put s'opposer, puis finalement il fut rappelé, le 22 décembre 179G.

Tout autour du quartier général gravitaient l'état-major, les aides de camp, les employés des divers services. Bonaparte avait amené avec lui en Ilalie ses aides de camp de l'armée de l'Intérieur : le fidèle Junot, alors chef d'escadron au 3" dragons, l'ami des bons et des mauvais jours, celui qui avait tenté après Thermidor d'arracher son général à la prison, et qui, une fois Bonaparte libéré, mais jeté sans ressources sur le pavé de Paris, l'avait aidé à vivre avec les subsides paternels; Marmont, chef de ])ataillon d'artillerie, « mon fils, mon enfant, mon ouvrage^ », qui avait succédé à Songis ; le capitaine au 21» chasseui's, Léonor Le Marois, un enfant de vingt ans ^ le plus jeune de deux frères, qu'on appelait communément « Jean Léonard «, comme on appelait Murât «Joachim». Il leur avait adjoint, en décembre 1795, son frère Louis, improvisé à dix-sept ans lieutenant d'artillerie, et au moment même du départ pour l'Italie, le beau etbouillanlJoachim Murât, chef de brigade à la suite du 21" chasseuis, sur l'instante recommandation de Junot et de Marmont*. Enfin le paci-

1. E. Ducéré : L'armée des Pyrénées-Occidentales, ç. 37, 64, 67,~C,77,82 et 99.

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