Barres, t. II, p. lo
étalant un faste scandaleux au milieu de la misère dos camps dont leurs exactions étaient la cause; plusieurs, sans néfiliger bien enlendu leurs bénéfices, s'acquittaient de leurs obligations avec probité, et ce ne fut pas toujours par leur faute, non plus que par celle des commissaires des guerres, si l'armée se trouva dans le dénuement. Avec un cbef tel que Bonaparte, leur besogne était loin d'être facile. Il n'admettait ni retards, ni tempéraments, fuléle à la maxime romaine que « la guei-re doit nourrir la guerre ». Non content de les tourmenter, il était fort enclin, eu outre, à rejeter, aux yeux des soldats, toutes les fautes sur les administrations, s'assurant ainsi une facile popularité.
Au début, toutefois, il fut contraint vis-à-vis d'eux à certains ménagements, se trouvant leurobligé. Il secoua bien vite d'ailleurs le joug de la reconnaissance, « organisa un terrorisme habile sur des gens détestés du soldat, les employés des vivres, les riz-painsel, comme on les appelait ' ». Il inaugura plus tard contre les compagnies concessionnaires une véritable campagne qui aboutit à remprisonncment pour concussion de plusieurs entrepreneurs, tels que l'ancien conventionnel Laporte (ou De Laporte), l'un des associés de la compagnie Cbrisioplie Flachat et Castelin «. Il est vrai qu'à l'égard de celui-ci, Bonaparte poursuivait peut-être la satisfaction d'une rancune personnelle, Laporte ayantété, en 1794, l'un des signataires de son ordre d'arrestation ^.
Quel que fût son sentiment personnel à l'égard des fournisseurs et munitionnaires de l'armée, Bonaparte n'en écrivait pas moins au Directoire, lors de son arrivée : « La maison Flachat qui a l'entreprise des grains et la maison Collot qui a la viande, se conduisent bien ; ils [sic) nous donnent de très bons grains et le soldat commence à avoir de la viande fraîche *». Le fournisseur Collot, « grasse, aimable figure^», avait ramassé à grands frais d'immenses troupeaux de bœufs. « Fort bel homme », sa mine, « semblait figurer l'abondance^ « ; à côté de lui, marchait Flachat « qui venait escorté d'une armée de chariots de farines ' ». Plus tard, Bonaparte fut injuste pour Flachat, homme qui lui avait été vraiment utile; il se montra plus généreux vis-à-vis de Collot;
i. Michelct, t. h', p. ?,2G.
2. Barras, t. II, p. 310. Arcli. Nation., sér. AF. III, cart. 148.— Registre du chef d'Otat-major C-'H (Arch. G.).
;i. L'arrêté du 6 août 1794 suspendant Bonaparte est en effet sijrnO do Laporte, mais aussi de Saliceti. L'arrêté de réintégration, en date du 20 août, est d'ailleurs sivné des mêmes noms.
4. Bonaparte au Directoire, d'Albenga, 6 avril 1796 (Arch. G.),
;; Michelet, t. I", p. 334.