ÉTOURDERIE ET POLITIQUE
Rarement à conrir le inonde.
On devient plus faomine de bien.
Saint-Évremont.
Paolo n'était pas masqué, il avait tort : il est vrai que ses traits étaient méconnaissables; cependant Eblo, son neveu, Tavait reconnu; d'autres pouvaient en faire autant. Ceci le tourmentait, et il s'apprêtait h rentrer chez lui pour profiter du déguisement auquel l*auto-
lisait cette époque de l'année, quand on l'appela derrière lui par le nom de guerre qu'il avait pris.
■ — « Hé ! Guerini de Naplés, lui cria-t-on, n'avez-vous pas soif, et n'accepteriez-vous pas une limonade glacée? »
Paolo se retourna brusquement , et se trouva en présence d'un émigré français qu'il avait connu à Paris, où il était rentré momentanément à la fm de 1797 > ^^ ^^h l'ayant reconnu, lui faisait un honnête accueil. La rencontre charma Paolo; il lui était bon qu'un témoin non suspect prouvât qu'il passaità Paris, il y a plusieurs mois, pour Napolitain; aussi, loin de feindre une erreur, il courut au jeune Edouard Lambert , et lui rendit vivement l'accolade française.
— « Par la mordieu ! s'écria le Parisien, que faites-vous dans cette ville insupportable, où l'on ne voit que des masques , et où l'on a l'ennui de s'amuser toujours, c'est à y périr: j'aime parfois des émotions vives. Ah ! qu'ils
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sont heureux, ceux qui, depuis 1789, ne sont pas sortis de Paris.
— «Pourquoi lavez-vous abandonné?
— vSuis-je mon maître, mes parens ont eu
peur la peur, c'est délicieux Oh! Paris,
quelle ville! Une insurrection le matin, le soir un opéra nouveau ; le lendemain séance orageuse à la tribune : le surlendemain, on s'égorge dans les rues : tous les jours, quarante ,
soixante victimes puis les plus beaux
noms de France. Cela attriste, on pleure ; jugez de pareilles dispositions. Le piquant d'un bal, d'une fête, et puis craindre toujours pour soi, ne coucher jamais dans le même lit, se vêtir tour à tour de cent façons différentes; puis la prison où l'on joue la comédie avec des femmes divines, puis le jugement Fouquier-Tinville, la Conciergerie, et Marat, et le 9 thermidor, et le i3 vendémaire. Que de sang versé ! quelles scènes piquantes ! Ah! M. le Napolitain, on ne peut s'amuser qu'à Paris. »
Paolo admirait ce flux de paroles , cette in-
souciance dégoûtante, peut-être jouée par une inconvenante fatuité; il ne savait que dire. M. Lambert ne lui laissa pas le loisir de répondre.
— «Entrons dans ce café, tout y est délicieux, et la dame du comptoir est divine ; c'est une Vénitienne charmante. Elle a eu des aventures; son premier amant est aux piombi, là sur le haut du palais. Nous ne pouvons pas
les voir d'ici Je vous présenterai; je suis
au mieux avec la donna. H y avait naguère un
patricien, un Gabrielli Vous pâlissez ua
vertige des vapeurs vous êtes heureux, c'est divin..... J'ai la plus sotte santé
des jours de chanoine : cela ne touche personne! Oh! mon Dieu, si je pouvais maigrir; on dit l'air de Rome détestable , je veux y aller pour y prendre la fièvre. »
Le Parisien , enfin, eut un accès de toux ; Paolo en "profita pour décliner l'invitation qui lui était faite : il avait besoin de rentrer chez lui.
— «Vous me donnerez votre adresse, voici
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la mienne : Quai des Esclavons , auprès de la
Piazza San-Zacharia Oh ! remerciez-moi .
Voyez-vous le gros homme à grand air, tjui donne le bras à cette dame à mine majestueuse
— «N'est-ce pas une danseuse? demanda Paolo , frappé de la démarche théâtrale de celle que M. Lambert traitait en souveraine.
— «C'est le fameux comte D'Entragues, l'agent avoué de Louis XVIII, son ministre des affaires étrangères. Sa compagne, son amie, qui sera bientôt sa femme, c'est la célèbre Sainte-Huberli (i).
— « J'avais donc deviné.
' Le comte d'Entragues, diplomate français, ministre de liOuis XVIII dans l'émigration , se brouilla avec le roi et passa au service d'Angleterre, sans cesser de nager entre deux eaux. Il fut assassiné à Londres en 1812. Il avait épousé une chanteuse du grand Opéra , mademoiselle Sainte-Huberti , dont il a eu des enfans : elle fut assassinée avec lui par leur valet de chambre (Italien.) On accusa la Russie d'avoir payé ce crime. Le meurtrier se suicida.
— «Ah! grande actrice, sublime, dwine
Derrière eux, ce petit monsieur de si mauvaise mine, si furet, c'est le comte de M ',
espion du roi de Prusse, de Louis XVIII, et qui, selon un de mes amis, pourrait bien l'être aussi du Directoire. L'Angleterre le solde, et il la trompe ; un honnête homme est avec lui: c'est l'abbé Moulet, Toulousain rempli d'esprit et d'intelligence. M. de M
lui fait du bien , et l'autre, par bonté d'ame, lui sacrifie un peu sa réputation. J'espère lui dessiller les yeux =" Mais j'aperçois l'envoyé de Russie; j'ai un mot à lui dire. Adieu, monsieur.... Ah! M. Guérini... nous nous reverrons; oh oui Je suis votre ami pour la
vie
' Le comte de M..., espion du directoire et de Napoléon auprès des princes de la maison de Bourbon. Il vit encore.
* L'abbé Moutet , Toulousain , était encore , il y a peu d'années , curé de Fronton (Haute-Garonne) ; il avait de l'esprit, de la finesse et du trait. Napoléon causa plusieurs fois avec lui. Ces conversations, qu'il m'a répétées lorsque j'étais sous-préfet de Toulouse , sont curieuses.
M. Lambert dit , s'échappe , court au nouveau venu sans se ressouvenir qu'il n'emporte pas l'adresse de cet ami si cher.
Charmé à son tour d'être délivré de ce loquace personnage, Paolo hésita s'il entrerait ou non dans le café de Cjthère^ c'était l'enseigne delà belle Catharina; mais la raison lui commandant la fuite, il s'éloigna, et cette fois quitta la foule et la partie bruyante de Venise, pour aller reprendre les ruelles (/e caîle) étroites et les ponts dangereux qui le ramenèrent i gesuiti , non loin de le fondomontano^o.
En arrivant, il trouva la gente Anella qui jouait avec Eblo Pulpi. Dès qu'elle vit le bel étranger, elle se dépouilla de sa mine riante pour en prendre une plus solennelle, pareille à celle que se donne une jeune file, lorsqu'elle se voit en présence d'un homme qui lui plaît; ses yeux s'abaissèrent, cachés qu'ils furent avec un art infini sous de riches et noires paupières.
Paolo fut surpris de l'expression volup-
tueuse de ce visage charmant, et il s'occupa moins de la politique dès lors, que de son hôtesse. Mais ce sentiment ne s'empara pas si bien de toutes ses facullés, qu'il ne pût encore consacrer des instans au but majeur qui l'amenait a Venise. Il causa avec Anella, puis, la saluant, il monta dans l'appartement qu'il avait loué. en commun avec Dandolo, et où celui-ci n'était pas.
Eblo le suivit respectueusement; il prit le manteau de son oncle, l'épousseta légèrement et le suspendit à la muraille à deux pommes de pin dorées, faites exprès; il en fit autant au chapeau , et le tout lestement, sans parler et sans bruit.
— Tij es agile, cameriere, dit Paolo , mais
très-agile; tu as le temps de faire tout le tracas
de la casa (maison), et il t'en reste encore assez
pour aller conter au dehors ce qui se passe
. entre ces quatre murailles.
Eblo, à cette attaque imprévue, baissa le front et rit à part lui.
i'J^ BONAPARTE
— Ainsi; Eblo, c'est à tes rapports que ton aïeule doit sa science en sorcellerie ?
— Entre bons parens, il faut toujours s'entr'aider.
— Oui, Hiême aux dépens du prochain et du forestière (étranger).
— Et toi , Paolo , as-tu bien fait en cherchant à tromper ceux de ton propre sang? J'étais bien jeune quand tu disparus, mais il ne te souvient pas que le peintre Tbadeo Juccari, charmé de ta figure angélique , te pria de poser dans son atelier où il composait une Annonciation pour la chapelle privée de je ne sais quelle excellence ; tu y consentis , mais à condition qu'il ferait ton portrait : il ne te restait ni père ni mère, lorsque le malheur fondit sur toi. Le peintre, honorablement, apporta à notre aïeule ta représentation, et si parfaite, que moi, qui la vois chaque jour, puisqu'elle décore ma chambre, je n'ai pas eu grand'peine à te reconnaître. Mais , si tu m'as assez peu aimé pour te taire envers moi, je suis trop
ET LE DOGE. l'jB
bon ragazzo pour te signaler à d'autres qu'à notre vénérable mère-grand'.
Cette explication franche rassura celui qui l'entendit; cependant il se promit de ne pas accorder sa confiance à un adolescent trop soumis aux impressions de leur aïeule commune, femme si dévouée aux institutions actuelles, et que le fanatisme d'un amour malentendu de la patrie exaltait.
Paolo se contenta d'adresser à son neveu des paroles amicales; il lui demanda des renseignemens sur la situation de Venise , les gondoliers, les ouvriers du port, les troupes esclavonnes , que la seigneurie faisait venir pour se défendre en cas d'attaque.
— Oncle, s'écria l'adolescent, Venise est imprenable, si tu en connaissais la force et les moyens de défense. 3'ai parcouru l'arsenal: il y a des armes suffisantes pour équiper en un jour cent raille soldats sans avoir besoin de toucher à la réserve et aux salles d'armes particulières du palais de Saint-Marc '.
' Sal/a deW armumento del Consiglio di Dieci ( Salle
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— Plùt à Dieu, dit Paolo en feignant de penser comme Eblo, que les soldats ne fissent pas plus faute que les armes! mais où, en un clin d'œil, en ramasser cent mille ?
de l'arsenal du Conseil des Dix). On tenait là des armes en bon état et en assez grand nombre pour armer quinze cents nobles, en cas de quelque révolte de la parfdu peuple et de quelque autre cas imprévu. Il y avait aussi plusieurs pièces de campagne. Un citadin , payé par la république , était gardien de cet arsenal, sous les ordres d'un patricien qui avait le titre cli provediture delV salle. Au dessus de la porte d'entrée est un tableau de Palma { Vechio ) : c'est la Vierge , la Madelaine , d'autres saints, et, à genoux, un sénateur.
C'était dans cette salle qu'on conservait les médailles données à la république par le sénateur Pierre Morosini. On y voit aussi deux bustes antiques , Antinous et Antonin-le-Pieux ; une statue antique, crue celle deLucius Vérus, avec les cheveux crêpés et la barbe de philosophe, pareille au buste admirable de cet empereur qui orne maintenant le Musée de Paris; la statue de François de Carrare, que la république lit étrangler avec toute sa famille, en i4o5, pour s'emparer sûrement de Padoue ( les Variclery de Languedoc descendaient de ce malheureux prince); la statue d'Albert de Corregio, général des armées vénitiennes ; enfin l'armure d'Henri IV, dont ce roi de France fit cadeau à son amie la république.
— «Chaque jour, il arrive des Daloaates, des Esclavons, desHeidaques, des Montesrigu. La terre - ferme fournira son contingent dès qu'on le réclamera; et Venise, mon oncle, Venise , si le noble lion rugissait ; si on déployait le grand étendard bleu et jaune que l'on ne sort de son étui que dans les grands périls de l'État , crois-tu qu'elle reculerait à l'appel. Qui, parmi les excellences et la citadinance et nous autres ouvriers des ports et gondolieri, se refuserait à suivre le doge, nous guidant à la victoire ou à la mort. D'ailleurs, la Manima l'a dit, Venise sera invincible jusqu'au moment
Où Saint-Marc de sa grotte partira • * Et qu'à sou char sa maiu attèlera Les quatre chevaux qu'il amènera,
Le Bucentaure périra , Et du Lion le pouvoir finira.
Or, comme ces quatre choses sont à peu près impossibles, nous devons en conclure que le règne de Venise sera sans fin.
Le commérage de l'adolescent conduisit Paolo Monazone vers une rêverie profonde dont Eblo, par son babil, ne put le tirer; il se promenait à pas lents dans la vaste salle, regardant tantôt le ciel, tantôt la mer; puis se remettant à marcher, il tenait conseil avec luimême.
Il était encore dans cette préoccupation, lorsque Dandolo rentra. Celui-ci était masqué jusqu'aux dents; il était trop bien connu dans la ville pour oser s'y faire voir à visage découvert, et déjà on commençait à suspecter ses courses en terre ferme. V^incente Dandolo se débarrassa précipitamment de son attirail de polichinelle, le remit à Eblo, lui commandant d'aller le secouer et le brosser au belvéder; et, dès que le camerière fut sorn, il alla fermer soigneusement la porte de la première salle, laissa ouverte celle de l'intérieur, et, alors , se crovant en sûreté :
— «Nous n'avons pas de temps à perdre; Venise ^us échappe, elle se lie à la coalition. Encore trois semaines , et une flotte anglaise
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viendra la défendre, et l'insolente aristocratie continuera son despotisme oppresseur.
— « Cela ne sera pas, répondit Paolo avec calme, non , tant que je vivrai je ne supporterai point qu'Angelo Gabrielli poursuive sa route fortunée. L'aspic que le nègre foule aux pieds peut néanmoins, s'il le surprend, Jyi donner la mort. Ainsi je ferai dans mon obscure position.
— « Que pouvons -nous sans les Français?
— «Que peuvent-ils sansnous... sans moi, surtout... sans moi, qui inainîenant dispose du destin de Venise?
Dandolo, surpris d'un propos qu'il regarda comme une bravade, examina Paolo, et, voyant qu'il ne riait point, le connaissant d'ailleurs pour un homme rempli d'énergie et d'intelligence, il se décida à lui demander l'explication de ce qu'il lui avait dit.
— «Je ne reviens pas sur ce que j'avance, reprit Paolo Monazone encore plus flegmatiquement. Toi qui es de la ciladinance véni-
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tienne, as-lii souvenir de la vieille prophétie
Quan' délia grolta sua san Marco partira...
— «Hc! ditDandolo, quel est le fils de bonne mère qui n'a pas mille fois répété cette sotte prophétie :
Quandô di sua nian ail' cuiro attachera...
et le reste. Hé bien , Paolo! quel rapport trouves-tu entre le point qui nous occupe et la rêverie dont nous bercèrent nos mamraa? — «Plus que tu ne l'imagines, Vicente , l'opinion populaire attache à la conservation des reliques de saint Marc l'existence de Venise, comme puissance souveraine. Profitons de cette idée superstitieuse; portons la consternation dans cette ville imbécile, en lui ravissant son palladium; transportons-le dans le camp des Français. Que saint Marc soit contraint de marcher contre les murailles où l'on comptait sur lui pour leur défense. Je
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connais mes compatriotes, leur fanatisme, leur crédulité; privés de leur saint protecteur, n'osant pas revenir à saint Théodore, qu'ils abandonnèrent pour lui; ils tomberont dans une consternation dont le découragement sera la suite, et, pour recouvrer leur patron , ils accepteront tout ce que leur imposera le général Bonaparte.
— «Ils en sont capables, répliqua Vicente Dandoloen riant; oui, certes, cette folie peut être bonne, mais comment accomplir une tâche si difficile? qui s'en chargera? Vous savez par combien de précautions mystérieuses on a environné ce sacré dépôt. Quelques dignitaires les plus éminens connaissent le lieu qui le recèle; des périls sans nombre menacent qui tenterait cette entreprise? d'ailleurs, pour la commencer, il faudrait savoir où on peut trouver ces osseraens à qui l'on accorde tant de puissance; et j'avoue qu'il me serait plus facile d'entrer pendant la nuit dans la chambre du doge, que de parvenir seulement à savoir où couche M. saint Marc.
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— ^«Dans ce cas, je suis plus habile que toi j car l'un me sera aussi facile que l'autre, si pourtant...
— «Hé bien , quoi?
— « Si je peux obtenir d'une vieille femme une clé à laquelle, tout me l'assure, elle tient plus qu'à sa vie.
— « Paolo , ce sont pour moi des contes de fée ; cependant je conçois que ton idée est bonne; tu pourras, en effet, rendre un service immense à la cause de la liberté : le général t'en récompensera. Mais, crois-moi, il lui importe beaucoup plus de connaître les noms des inquisiteurs d'État; c'est là le but de notre association, ce sera la cause de notre récompense. Nous pouvons monter haut, je connais mon ambition; je ne sais où la tienne aspire.
— « Â un prix énorme, reprit le jeune homme, à un prix qui dépasse toute avidité... la vengeance!...
— «Oh! le gentil garçon. Tu hais avec tant de vivacité!... Le sang vénitien n'a donc pas
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disparu totalement?... Et moi aussi, Monazone, moi qui suis ton égal, j'exècre mes ennemis avec une vivacité égale à la tienne, et, partout où tu mettras un pied pour avancer, rappelle-toi que les deux miens ne tarderont pas à les remplacer, et qu'ils te presseront ainsi jusqu'à ce que nous arrivions au but déterminé par nous.
— « Du moins, la parfaite idenlité de notre passionnons assure de sa sincérité, et presque de la réussite... Comment ferons-nous pour parvenir au double but? tu ne peux me proposer aucun plan; je vais travailler à l'accomplissement du mien.
— « Prends garde que l'amour ne te fasse oublier tout le reste; les beaux yeux de notre hôtesse sont capables de détourner plus d'un conjuré de son droit chemin.
— «Nous verrons, repartit Paolo, si l'amour, au lieu de nuire à la réussite, ne sera pas un des moyens que je mettrai en jeu pour arriver au succès plus certainement et plus vite. »
Dandolo , à la suite de ce propos, chan-
géant la conversation, dit à son amiqueJunot venait de partir à Ja suite de la députation vénitienne, peu satisfait de son message, et surtout d'avoir négligé ce qui, aux yeux de son chef, était le point principal, la retraite de Louis XVIII, hors de Vérone. Il ajouta qu'il avait promis de suppléer à son imprudence et qu'il se faisait fort de réussir.
— «Pour cela, continua-t-il, la chose est facile, je vais aller déposer dans la gueule des lions un avis conçu en ces termes :
« Un ami de Saint-Marc, prévient le sérénissime doge que le général Bonaparte est déterminé à déclarer la guerre à la république vénitienne, par le seul motij qu'elle prête asile à celui que les Français appellent le prétendant. Que la liaute sagesse du sérénissime doge prévienne un tel malheur.
Je gage que, sur ce simple éveil , la terreur gagnera nos énergiques patriciens, qu'ils expulseront le prince fugitif, et que le grief^ les séparant de la coalition, cimènera une
alliance forcée avec les républîtains français.
— «Allons, repartit Paolo, cliaciin notre tâche ; menons - la à bien , le succès sera au bout.