FIN CONTRE FIN
Parens contre parens
Combattaient follement pour le choix des tyrans. CoRKEiLLE , la Mort de Pompée.
Anella, mollement assise dans le belvéder, où elle passait la meilleure partie de la journée et de la nuit, à cause de la vue superbe qui se déroulait, tant sur la ville que sur la mer, depuis le lever de l'aurore, jusqu'au coucher du soleil , et de la fraîcheur agréable
et salutaire que ne manquait pas d'y apporter la brise du soir, Anella, une après-midi, lorsque l'heure de la sieste finissait , à demi couchée sur des coussins de vieux damas, brodait un riche ornement d'autel, le voile destiné à cacher le très-Saint-Sacrement, lors de certaines cérémonies ecclésiastiques. Debout devant elle, Eblo, tenant une mandoline, en tirait ces accords harmonieux familiers à tous les Italiens. Lassé de jouer au hasard, l'adolescent se mit à dire :
— « Chère cousine, chante quelques unes de ces romances qui plaisent tant aux gondoliers.
— «Je ne chante plus, repartit la bellefille; et un soupir accompagna ses paroles.
— « Tu aimes donc?
— «Fi! ragazzo, répondit-elle avec vivacité , il sied bien à mezzo himho (demi-enfant), de parler et de se connaître d'amour.
— «Tu aimes, tout me le prouve, et pourtant tu m'avais bien promis d'attendre que je fusse plus grand.
l88 BONAPARTE
— « Tu tardes à croître, Eblo, répliqiia-t-elle en riant.
— «Et toi tu as hâte de donner ton cœur. Je gage connaître celui qui te l'a ravi.
— «Taisez-vous, signor impudente^ respectez mon âge et mon secret.
— «Oui , l'un des deux étrangers qui logent
— « Mauvaise langue !
— «Le beau, le fier, l'élégant Guerini.
— « Malicieux ragazzo !
- — « Oui, tous les jours il te donne des leçons de musique, et tu chantes avec lui d'un ton qui certes prouve combien ton cœur est facile à recevoir de douces impressions. Hier au soir encore, je vous entendis. Que ta voix était douce et la sienne vivement accentuée! c'était de l'amour qui embrasait vos deux cœurs.
— «Eblo Pulpi, vrai damné, démon, tu perdras d'honneur la pauvre Anella!
— « Moi, qui pour elle donnerais ma vie. O chère cousine , je t'en supplie, répète ce chant
d'hier au soir; il me parut si tendre, si mélancolique! Oui, Soleil (V automne doux et riant.
— Hé bien ! je vais l'essayer, pour me délivrer de toi; ma condition sera que, la romance achevée, tu me laisseras tranquille, sans plus me tourmenter.
L'adolescent, charmé d'avoir remporté la victoire, remit aux mainsd'Anella sa mandoline, et, après un prélude suave et plein de goût , la sœur du bravo chanta la romance suivante :