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hordes de Turcs immuables, création de Mahomet.
Ce que Ton a vanté dans le Coran en est le vice le plus déplorable : c"*est cette réunion, cette confusion de la morale et de la politique, cette ambition blasphématoire qui fait descendre du ciel des lois de police et d''organisation sociale , qui rend sacrée une coutume comme une vertu, qui enterre en quelque sorte les hommes pour les rendre immobiles, et qui ne les rend que corrompus.
N"*est-il pas donné à toute créature humaine de grandir et de s''élever? Depuis quand le faite de Tédilice social est-il fixé? Les bases sont immuables , et les vertus , les idées d'ordre et de justice , sont ces bases. Mais depuis quand la hauteur d'un homme a-t-elle été la mesure de celle de tous les autres hommes ? « Cette organisation, cette uniformité, c'est la corruption et la mort. » Comment, les institutions , les inventions de fesprit d'un homme triompheraient, et les générations, les unes par le vice , les autres par le fer , lui seraient immolées! Infâme esprit d'esclave qui souille le monde depuis des siècles, et qui fait sacrifier des milliers d'existences au nom et à l'orgueil d'un seul ;
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tandis que la nature, main de Dieu, toujours agissante, soigne avec autant de tendresse, de sainte volupté, la parure et le bonheur d''un insecte que du plus lourd potentat.
La religion, qui ne devrait être qu'un lien , quVine voix d'amour entre le ciel et la terre , rabaissée jusqu'à soutenir un trône, une dynastie, et les crime.s de tel ou tel souverain! Un sultan, un être de sang et de vices, Piniase de Dieu sur la terre !
On a poussé l'injustice et la déraison jusqu'à tirer un éloge des Turcs de ce que leur religion leur ordonne le meurtre. Que ne louet-on le fils du bourreau de ce que sa main est accoutumée à tuer; on le lui a appris dès l'enfance. Nous, dont les croyances religieuses commandent le pardon et Tamour , nous avons eu des auto-da-fé , des guerres de religion : certes, l'erreur et la cruauté font aussi partie de notre nature , et triomphent quelquefois des divins préceptes faits pour élever au-dessus de l'humanité; mais, gTâce à ce Coran si vanté , les Turcs sont des bêtes féroces , stylés dès la mamelle au crime, à la soif du sanoet du carnaiïe : c'est leur chemin du ciel.
Que penser d'hommes qui ne sortent pas de la ligne de leurs devoirs religieux les plus
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stricts, lorsqu'ils empalent et rôtissent leurs ennemis, font étrangler leurs frères, etc., etc. Louis XI disait au moins : « Pardon, bonne Vierge, encore celui-ci! »
Les législateurs qui ont devancé leur siècle ont eu presque tous le tort de prendre le point où ils étaient parvenus pour les bornes de Fesprit humain, et ils ont fait de leurs lois des limites comme pour dire à Fintelligence de rhomme : « Tu n"'iras pas plus loin. » Ces remparts, construits avec plus ou moins de force, ont eu plus ou moins de durée; témoins les institutions de Mahomet chez les Turcs, celles de Lycurgue chez les Spartiates, celles de Moïse chez les Juifs. Toutes ces formes, bonnes pour les époques oii elles furent conçues, ont quelque chose d"'absurde et de monstrueux dans leur décrépitude. Le législateur vraiment sage doit commencer et laisser les voies ouvertes aux améliorations; ce sont des routes qu''il indique, non des murailles qu''il élève. Si, malgré les lois progressives de funivers, un homme d^un génie ferme et audacieux parvient à arrêter un moment la marche des temps , il sem^ ble que son ouvrage ne survit au siècle pour lequel il fut créé, qu''afin d^être exposé au monde dans toute sa laideur, et pour confon-
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dre Torgueil et Fimpuissance de celui qui prétendit lutter avec Dieu même, en sVfforçant de soustraire ses créatures au perfectionnement que sa sagesse avait ordonné.
Ainsi le peuple hébreu se sépara des autres peuples, et devint le rebut des nations, en persistant dans l'observance de la loi de Moïse , qui ne lui avait été donnée que comme une attente et une préparation à Ja loi évangélique. Tant qu'elle fut progressive, tant qu'elle seconda la marche des Hébreux vers un ordre de choses plus élevé , elle fut bonne et vivante; du moment qu'elle les arrêta, elle dépassa sa mission et devint dangereuse. Un rapide coup-d'œil sur l'histoire de ce peuple achèvera d'expliquer ma pensée.
Les premiers commandemens faits aux Hébreux sont positifs et , pour ainsi dire , matériels : ils s'adressent à un peuple brut. Les chàtimens, partout multipliés, sont sévères; rien ne parle à l'ame et à l'intelligence de l'homme. Intermédiaire entre Dieu et les Israélites, Moïse rèone au nom de la relioion; c'est elle qui ordonne; son pouvoir est absolu; elle ne permet aucune réflexion : elle impose ses lois, elle force à s'y soumettre; elle punit de mort les révoltes. Cependant les Hébreux
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murmurent contre la main qui les frappe, et Moïse dit au Seigneur : « Je ne puis moi seul porter tout ce peuple , car il est trop pesant pour moi. »
Après Moïse, la puissance du sacerdoce continue. 11 établit pour juges dlsraël des chefs belliqueux nécessaires à Fagrandissement de la nation. Mais la paix fait naître un nouvel ordre de choses. Fatigués peut-être du gouvernement théocratique, les Israélites demandent un roi : le prophète Samuel s'y oppose fortement; il leur fait un énergique tableau des abus de la royauté ' ; mais le peu-
' Il leur dit donc : « Ce sera ici la manière en laquelle vous traitera le roi qui régnera sur tous ; il prendra vos fils et les mettra sur ses chariots , et parmi ses gens de cheval, et ils courront devant son chariot.
» Il les prendra aussi pour les établir gouverneurs sur milliers , et gouverneurs sur cinquantaines; pour faire son labourage , pour faire ?a moisson , et pour faire ses instrumens de guerre , et tout l'attirail de ses chariots.
» Il prendra aussi vos filles pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et des boulangères ; il prendra aussi vos champs , vos vignes , et les terres où sont vos bons oliviers, et il les donnera à ses serviteurs. Il dîmera ce que vous aurez semé et ce que vous aurez vendangé , et il le donnera à ses eunuques et à ses serviteurs.
pie persiste, et sa voix devient la voix de Dieu. Le prophète cède , et cherche Télu du Seigneur: c^est Saiil, le plus grand, le plus robuste des enfans des Hébreux qui éprouvent encore le besoin d'être régis par la force. Il enfreint les commandemens de TÉternel, et Samuel lui annonce que Fesprit de Dieu s'est retiré de lui. Il se fixe sur David encore enfant : ce dernier est blond, faible et de petite stature; il accomplit, par la seule intelligence, ce qui ne s'est fait jusque-là que par la force physique. Il célèbre , par d'admirables hymnes , les triomphes du peuple de Dieu ; il chante son repentir et ses douleurs dans un langage rempli de poésie. Après lui vint Saîomon à qui Dieu avait donné, disent les saintes Ecritures, une étendue d'esprit aussi grande que celle du sable qui est sur le bord de la mer. Ainsi s'accomplit le règne de la force , de la poésie,
• Il prendra vos serviteurs et vos servantes , et l'élite de vos jeunes gens, et vos dues, et les emploiera à ses ouvrages.
» Il dîmera vos troupeaux , et vous serez ses esclaves.
» En ce jour- là vous crierez à cause du roi que vous vous serez clioisi ; mais l'Eternel ne vous exaucera point en ce jour-là. »
Premier lii^re de Sami'.cl , chap. VIII, verset ii.
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de la raison. A mesure que le peuple s^éclaire, ses chefs grandissent avec lui : puis, comme pour le punir de ses infidélités, Dieu Tabandonne pour un temps aux dissensions intestines.
Le pouvoir disputé passe de main en main; mais tout n''en marche pas moins au but désigné parla Providence. Job prêche aux hommes la résignation; il raconte les gloires du Très-Haut; il prédit au méchant la lin rapide de ses prospérités ; il promet aux justes Fappui du Dieu fort. Les prophètes se succèdent: tous annoncent un libérateur, Fattente d'Israël. Saint Jean Baptiste sort du désert et prêche en disant : « Convertissez-vous , car le royaume des cieux est proche. » Enfin , Jésus paraît, et sa céleste doctrine est empreinte d"'immortalité et de perfectionnement. « Je ne suis pas le Dieu des morts , mais le Dieu des vivans I s'écrie-t-il. Je suis le chemin, la vérité et la vie. )) Et, parlant des docteurs de la loi , il dit: « Ils m'honorent en vain, enseignant des doctrines qui ne sont que des commandemens d'hommes. Vos pères ont mangé la manne du désert et ils sont morts; c'est ici le pain qui est descendu du ciel, afin que, si quelqu'un en mange, il ne meure point... Je suis venu ac-
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coinplir la loi. Vous connaitrez. la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Ce n^est pas assez pour Jésus d\ipporter sur la terre ses sublimes préceptes, il présage encore une autre régénération. Il est venu ouvrir les portes du royaume des cieux , et il y appelle les fidèles. « Le fils de Thomme viendra dans sa gloire , » dit-il à ses disciples : « Un jour vous verrez mon père. » Remplaçant toujours ainsi une espérance accomplie par une autre espérance encore plus sublime , et consacrant , par son exemple , la loi de progression.
Le législateur prend pour base une ou plusieurs des vertus qui entrent dans le caractère de riîomme ; c/est d^elles qu'il se sert pour élever son édifice social. Si la base vient à manquer, Tédifice s'écroule; mais au moins il était noble et beau, et le peuple réuni sous son abri devait le bénir, quoique imparfait, comme toute œuvre liumaine , parce qu^il lui devait la conservation et l'accroissement de quelques vertus. Ainsi , Tamour de la patrie fut la base des lois de Soion ; et , quand la vanité et la légèreté des Athéniens eurent sapé cette base, Athènes tomba. La rigidité des mœurs, le mépris des biens du corps pour Tamour des biens immatériels, fut
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le fondement des lois de Lycurgue : le luxe s^introduisit à Lacédémone; il n'y eut plus de Spartiates.
Une recherche exacte ferait, je crois, découvrir que chacun de ces peuples périt, parce que quelque irrégularité dans la contexture de son gouvernement j laissait entrée à quelque vice destructif des vertus qui en faisaient le ciment. Chaque législateur ne pouvait faire la part de toutes les vertus dans son organisation sociale; il suffisait que celles qu"'il avait choisies pour en faire le lien de son peuple subsistassent, pour que ses défauts et ses qualités fissent corps et le conservassent entier. Mais on pourrait croire que c'est sur les vices et les mauvais penchans de notre nature que Mahomet appuya sa doctrine : le mépris et la haine pour tout ce qui n'est pas Turc, rattachement aux plaisirs sensuels et terrestres , même au-delà de la vie, unissent entre eux s es sectateurs. Il lit de ce qu'il y a de plus élevé, de plus dégagé de la matière, de la religion , une chose toute matérielle. Le Turc ne laisse point sa dépouille au tombeau; il poursuit , jusque dans l'éternité, des plaisirs dont la plus courte vie rassasie et déooiite. L'absence d e
toutnœuddefamiile, ]a pluralité desfemnies,la
facilité du divorce, détruisent entièrement pour lui le charme des aft'ections intérieures, et ce doux échange dVunour et de soins qui doivent , pour la femme et pour riiomme, adoucir un pèlerinage qui se termine aux cieux, dans un bonheur pour lequel une langue formée de chair n''a pas de nom , et notre imagination, enveloppée de ténèbres , point de description. Cependant , comme rien ne peut exister, même un jour, sans quelque noble appui , il y eut sans doute dans les doctrines de Mahomet, quelques droits, quelques institutions protectrices et sages; mais la garde en fut confiée au despotisme qui les dévora peu à peu ou les anéantit.
La nature de Phomme est heureusement imparfaite dans le mal comme dans le bien ; sa volonté échoue tôt ou tard contre le temps. Cest pourquoi Fempire de Turquie se dissout: car les vices dont Mahomet avait fait Pappui de sa croyance; la haine, la soif du sang, les plaisirs des sens, la cruauté, peuvent aussi s^affaiblir , et se sont relâchés. Si les Turcs avaient continué à recruter leur armée des enfans enlevés aux chrétiens grecs et autres raïas tributaires , si les sultans avaient continué à faire éoor"er leurs frères et ceux de leurs parens qui pouvaient prétendre au trône.
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il y aurait eu moins de révoltes et de secousses, qui ont désuni petit à petit leur odieux corps social, et ils seraient peut-être moins près de leur chute '.
On a beaucoup parlé de la force de TEmpire ottoman. Sa force!... son établissement ne prouve que la faiblesse de Fempire d"'0rient et de tous les Etats d''Europe , à Pépoque où les Turcs se sont élancés de leurs déserts. Sa durée tient à ce que sa religion était différente de celles des contrées voisines, et à ce que son horrible despotisme effrayait et avilissait les hommes au point que , semblables à des bêtes de somme, ils n''osaient bouger sous le joug. L*'organisation des colons était donc bien belle, car les noirs Font
' « On s'explique difficilement la durée de l'Empire ottoman, surtout l'existence des Turcs en Europe, quand on voit de près l'ignorance et l'indiscipline de leurs troupes soldées , le désordre des finances , le dénuement des forteresses, les révoltes des agas les plus voisins de Constantinople ; enfin , l'indépendance des pat/tas de Morée , d'Egypte et de Damas. Le titre seul de Calife soutient encore le sultan sur le trône le plus chancelant de i'univeis. Les.Anglais protègent cette faiblesse, favorable H leur envahissement commercial. »
Voyage à Jérusalem, par M. de Forbin. 1817.
subie long-temps? l'organisation des Espagnols bien forte, car les Péruviens n^ont pu sY soustraire qu''en mourant ? Bon Dieu . quand le succès cessera-t-il d^ètre une raison? Anathème sur les lâches qui l'invoquent sans cessel Je crois qu'il sutfira désormais pour moi qu'une cause soit perdue pour que je la suppose juste. Lorsqu'une foule d'êtres pusillanimes se jettent dans un des bassins de la balance, qui ne serait tenté, quoique ce fût encore une injustice, d'aller aveuglément se précipiter dans l'autre ?
Le mépris que les Turcs témoignent, nonseulement pour tous les peuples civilisés, mais pour tous les arts et sciences que ces peuples cultivent, est déjà une preuve du détestable système qui les gouverne* Mépriser les autres peuples peut tenir, chez une nation riche et hautaine, comme les Anglais, à un sentiment patriotique mal dirigé ; mais mépriser l'accroissement du génie, U opinion des autres hommes , est d'un philosophe au-dessus de l'humanité, ou d'un misérable au - dessous d'elle. Les Turcs n'ont qu'un mobile , l'argent. Que leur sont les affections, eux qui n'en ont jamais cultivé aucune; l'honneur , la gloire ? ils ne savent ce que c'est. Le sage est au-des-
SUS de tout; ils sont au-dessous; et, trompés apparemment par cette ressemblance d"'eftet, on les a nommés sages.
Les petits législateurs de notre temps, les Castlereagh, etc., placés plutôt en arrière qu"'en avant de leur époque, n^ont pas eu la prétention d^encliain^r les siècles à venir à leur système. Ils n'ont voulu quY rapetisser toute la civilisation actuelle , mais elle plane audessus de leurs tètes, tandis qu*'ils étendent les bras pour Tétouffer. Grâces à Dieu, leur puissance et leur volonté ne sont pas sur la même ligne; et, dans leurs petites idées, ils ont tué rhomme qui pouvait le plus pour eux. Le règne de Napoléon sera, il faut Fespérer, le dernier triompbe éclatant de la force. L*'aigle a tenu le monde dans ses serres, mais il nV pu Vy retenir ; et ceux qui ont aidé à lui faire lâcher prise n*'avaient pas prévu le résultat de leurs efforts. Le monde a respiré ' : les sentimens généreux, que le conquérant
• Napoléon semblait lui-même sentir la compression qu'il faisait éprouver. Questionnant , je ne sais dans quelle circonslance, un courtisan sur ce qu'on dirait de lui après sa mort, et ne recevant pour réponse que de fades complimens , il s'écria : « Non , non , ce n'est pas tout cela : On dira onyï »
avait comprimés ou jetés hors de leur route, se sont développés tout-à-coup. De tous côtés , on a demandé des lois ; le retentissement de la chute du colosse a réveillé jusqu^iux échos de la Grèce. Cest alors, c/est durant le congrès de Vienne que la société des hétairistes ' se forme , et que le mot de liberté, qui, une fois compris, ne sWblie plus, est prononcé, comme spontanément, dans toutes les parties de la Hellade.
' Voyez les notes à la fin du volume.
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