L'OLYMPE ET LE KISSAVOS
L'Olympe au Kissavos a crié : « Je suis roi ! Qui t'a donné l'orgueil de t' égaler à moi? Moi , qu'un pied turc jamais ne souilla de sa trace ! Moi , dont le nom franchit et le temps et l'espace ! Moi , vieil Olympe 1 Au loin mes quarante sommets De soixante torrens lancent l'onde ccumante ; Chacun de mes buissons a sa vois: foudroyante ^ Son klcphte armé , dont l'œil perce l'ombrage épais. Sur mon plus haut rocher , ployant son aile immense , L'aigle descend , se pose , et sa serre balance La tête d'un héros. — « 0 toi , sanglant débris , Pourquoi du roi des airs es-tu la vile proie ? » — « Je suis tombé. Le Turc en paix rit dans sa joie. La. Mort, qui me servait, à son tour m'a surpris. Mange , oiseau ; repais-toi ! Ma jeunesse hardie Doublera la ji^igueur de ton aile agrandie î Armatole à Xéroméros , Klephte douze ans dans ces belles montagnes , J'ai de monceaux de Turcs engraissé nos campagnes : Là , de soixante Agas j'ai dispersé les os ;
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Et pour les morts obscurs dont j'ai couvert la plaine, Oiseau , leur nombre effraie , et ne se compte pas I Mais , j'ai passé ; qu'un autre hérite de ma haine Et de la force de mon bras ' î
Que de grandeur dans cette belle conception ! Comme le discours du vieil Olympe est majestueux et riche d"'images! elle magnifique éloge du brave, prononcé par cette tête sanglante: que de beautés sauvages et hardies rassemblées en si peu de vers! Cette poésie, âpre et énergique, semble surtout consacrée aux chants de guerre ou de triomphe : elle a cependant des mots naïfs, des modulations pleines de douceur et de charme pour célé-
' Il semblerait qu'il y ait de l'audace à reproduire ici , sous une nouvelle forme, des chants que M. Faurielnous a fait connaître dans une prose remplie de force , de concision et de simplicité. Je ne sais si je me suis trompée en croyant que les vers les rendraient plus populaires, en les mettant à la portée d'un plus grajid nombre de lecteurs. Il me semble du moins que la mesure et le rythme les rapprocheront , sous quelques rapports , de \e\xfs formes primitives. Dans le courant de cet ouvrage on trouvera encore quelques chansons grecques inédites, que je dois à l'obligeante bonté , ou plutôt aux sentimens patriotiques de quelques Grecs distingués.
brerles joies de la patrie. Elle sait trouver des accens d\me sensibilité profonde pour peindre les douleurs et les regrets de Texil. Le guerrier, expirant au loin, se tourne avec amour vers sa rive natale : il presse son compagnon d^irmes de fuir vers les beaux lieux que lui ne doit plus revoir; il le supplie de ne point annoncer sa mort à ses amis absens par quelques mots brefs et positifs. Il veut arrêter long-temps leur pensée sur cette triste nouvelle ; il veut qu'elle s''empare de leur imagination, et il dicte lui-même ce qu^il croit propre à éveiller les regrets, et à lui assurer un long souvenir dans le cœur de ceux qu"*!! a aimés.