‹ Bonaparte et les GrecsChapitre 22 sur 32 · Ç)6 BONAPARTE · texte numérisé non relu

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dessus (le leur lête, en criant : Aman! aman ! «grâce! grâce!)) Mais personne n"*est épargné; ils tombent pêle-mêle. Le carnage fut tel que ce lieu resta long-temps comblé de cadavres , et encore aujourd'hui, on ne le traverse qu'en passant sur des monceaux d'ossemens humains. La prise de Napoli-de-Romanie fut la suite de cette mémorable victoire, et la belle défense deMissolonghi parMavrocordato mit le sceau ù la brillante campagne de 1822. La Grèce avait enfin pris rang parmi les nations; mais ses divisions intérieures subsistaient encore. Colocotronis, toujours à la tête d'un parti, même quand tout le pouvoir était entre ses mains, ne voulait pas renoncer aux avantages que ses succès lui avaient donnés; dès qu'il ne gourmandait plus comme général, il tyrannisait comme despote. Le siège du gouvernement, transporté d'Astros à Salamine ,puis à Napolide-Romanie, n'était véritablement nulle part ; la flotte, toujours victorieuse lorsqu'elle pouvait tenir la mer , était retenue dans les ports par le manque d'argent ; cette pénurie arrêtait aussi le mouvement et l'ardeur des troupes , tandis que l'avarice, le souci des trésors amassés et enfouis, ralentissaient par un autre motif le courage des capitanis. Les lies étaient inté-

ressées, ambitieuses et lentes dans leur secours. Mavrocordato, d^tbord président , secrétaire , puis retiré dans Hydra, avait été rappelé .au gouvernement de la Grèce occidentale. La, Zongos, Mackris, Stournaris, les Ilyscos et une foule de klephtes, dWmatoles du Pinde et des monts Agraplia , coopéraient, chacun dans son génie particulier, à cette défense générale, qui , sans plan et au milieu du désordre, ne s'organise que parce que Famour de la religion et de la patrie surgissent de toutes parts. Ils avaient secondé les Botzaris contre Moustaï, pacha de Scodra, contre Orner Brionis et les hordes innombrables de Turcs et d'Albanais ijuidées et éclairées parrinfàme trailre Vernakiotis. Le héros des temps modernes, Miirc Botzaris, couronnant la plus belle vie par une mort sublime, après avoir tenté de s'ouvrir une route vers les rochers de Souli, était mort <( ivre de gloire » entre les bras de ses pallicares en pleurs. Anatolico avait dû son salut à un miracle: une bombe, tombant sur le pavé d'une église , avait défoncé la voûte d'une citerne, au moment où les habitans, en proie aux horreurs de la soif, songeaient à capituler. ]Missolonghi avec ses remparts de boue s'était défendue une seconde fois, et ses lagunes avaient dévoré l'armée turque.

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Odyssée, Gouras, Panorias et une immense quantité d'autres , devenus partout, de conducteurs de troupeaux ou de capitaines de bandits , chefs dliommes libres , réclamant leurs prérogatives et marchandant leur liberté les armes à la main, défendaient, avec des fortunes diverses, TAttique et la Béotie. De tous côtés des divisions, de tous côtés des succès arrêtés par ces divisions mômes.

La presqu''ile de Cassandra qui, en 1822, avait pris une part glorieuse à la résurrection générale, gouvernée par Aboulouboud pacha, et son successeur, était retombée, à force de martyres, dans le silence de la mort. Le petit pays de Trikéri se soutenait contre les infidèles, et avait vu la flotte de Miaulis brûler des vaisseaux turcs et s'emparer d'un convoi. Le pacha d'Egypte avait déjà mis un pied dans la Crète , où se préparait la noire trahison des Sphacciotes : ses flottes menaçaient la Morée familiarisée avec les vaisseaux du capitan-paclia, si souvent battus et dispersés à la vue de ses ports; enfin Corinthe était reprise par les Grecs : mais Modon, Coron , Lépante, Fatras leur résistaient encore, et ils continuaient à donner le spectacle d'une suite de guerres civiles, d'animosités particulières, d'actions d'éclat

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et de crimes, enfin d'une anarchie héroïqu<i, La mort de lord Castlereagh, celle de sir Maitland, haut commissaire des îles Ioniennes, qui avait fait peser sur la Grèce Todieux système du ministère anglais; Farrivée de lord Byron ài\Iissolonohi,dansles premiers jours de janvier 1824, Temprunt qu'il parvintà négocier àLondrespourla nation; tout semblaitprésager au\ Grecs un meilleur avenir. Leurs nouvelles richesses devenaient cependant des sujets de discordes; chacun cherchait à les accaparer. Les chefs du gouvernement, Mavromichali , Metaxas, Caralampos soutenaient un parti; Colocotronis, enfermé dans Tripolitza, ne voulait ni céder ses conquêtes, ni obéir à aucun ordre; son (ils Pano tenait pour son père dans la citadelle de Napoli. Les Sessini, les Déliani, après avoirlong-tempsguerroyécontre ce redoutable chef,faisaient cause commune avec lui. Odyssée gouvernait la Grèce orientale, Mavrocordato commandait à Missolonghi; le pouvoir affaibli se trouvait ainsi divisé sur trois points qui n'offraient aucune garantie. Les îles prirent encore l'initiative: Condouriotis élu président, Botazis vice-président, et Coletti, traitent avec l'Angleterre pour l'emprunt; ils transportent le siège du gouvernement à NapoH-de-Romanie,

et déciarenl Pano Coîocofronis rebelle pour avoir refusé de leur remettre la forteresse. Le 6 juin , Tripolitza , TAcro Corinthe et Napoli se rendent. Colocotronis se retire à Carytène, sa patrie. Le i4 juillet, un décret d^amnistie est prononcé : la seule punition des rebelles est Texclusion du sénat et du conseil des ministres pendant deux sessions. Tous ces démêlés avaient suspendu la marche de la guerre, et empêché de mettre le siège devant Lépante. Dervis pacha s^était présenté en Thessalie avec neuf mille hommes, et avait été battu auxThermopyles par Gouras, lieutenant d^Odyssée.

Le 1*^^ juillet, la flotte turque, sortie de Mitylène, et forte de deux cents voiles, entoure File d^Ipsara. Préparés à une opiniâtre résistance, les Grecs avaient brûlé les gouvernails de leurs vaisseaux, ahn de rendre la fuite impossible; mais un bâtiment français guida les Turcs vers l'endroit où ils pouvaient débarquer sans être vus par les Grecs. Les débris des populations de Chios , de Mitylène, réfugiées dans File, s'effraient les premières. Les Psariotes se retirent dans le fort de Saint-Nicolas, quelques-uns fuient dans des barques sans agrès; des femmes se précipitent dans la mer; d'autres se réfugient dans

des grottes; un vaisseau français recueille quelques fugitifs. I^es Turcs montent à Tassaut: on les repousse; on tente cVallumer une mine sous leurs pieds. Un Grec s*'élance au milieu d'yeux une mèche à la main ; il est mis en poudre : un second lui succède, un troisième, enfin jusquVi dix, succombent Tun après Tautre. Avertis par cette persévérance, les Turcs s^el oignent de la mine. Tout-à-coup les Psariotes se décident à laisser pénétrer Pennemi dans la citadelle : à peine les barbares y ont-ils mis les pieds qu^une explosion terrible disperse leurs membres palpitans confondus avec ceux des vaincus.

Le désastre d^Ipsara retentit dans toute la Grèce; les insulaires poussent des cris de vengeance et de rage. Douze jours après la prise de cette ile , une flottille grecque se met à la poursuite de Tescadre ottomane, incendie une frégate de cinquante-quatre, une corvette et un brick de vingt canons. Le lendemain, Constantin Canaris , exaspéré par la ruine de son pays natal ' , se dirige sur un vaisseau de soixante-quatorze; d\ine main il tient le gou-

' Ce brave est Psariote : c'est lui qui , après les massacres de Chios , tii sauter le vaisseau du capitan pacha.

vernail , de Pautre il agite en Pair son bonnet de matelot; il crie aux Turcs: *( Arrêtez, mourtah (impurs ) î arrêtez, lâches ! voici Canaris ! » Et le bridot s^attache aux flancs du navire; en un instant, il est en feu. Un bâtiment barbaresque et une corvette deTunissubissentle même sort; une galiote est aussi submergée par un brick des Hellènes. Ibrahim, fils de Méhémet Ali, pacha d''Egypte , à la tête d"'une flotte de cinquante-six vaisseaux de guerre, venait de rejoindre le capitan pacha ; divers engagemens ont lieu dans lesquels les Grecs ont toujours l'avantage : Tamiral Miaulis fait des prodiges de valeur ; Samos est sauvée par ses victoires : le ciel vient à son aide, et disperse plusieurs fois par de violens orages les flottes turque et égyptienne.

Sur le continent, Macris , Panorias , Tzavellas combattent en Livadie contre Dervis pacha, descendu de Larisse pour se diriger sur Lépante, et opérer sa jonction avec Joussouf pacha , enfermé dans Patras. Roucliid se maintient dans la Grèce occidentale , menaçant toujours Missolonghi et Anatolico. Odyssée, guidé par les conseils de quelques intrigans , pense à se déclarer chef indépendant de la Béotie et de PAttique. Profitant de la maladie

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de Condouriottis et de Bota/.is, les deux principaux iueml)res du oouvernement, le parti de Colocotronis reprend son ascendant en Morée. Le siège de Patras ne s'achève pas , quoiqu'il soit toujours question de grands préparatifs pour réduire cette place. Le gouvernement rend les décrets les plus sages; mais il manque de force pour les faire exécuter : les impôts ne se paient pas; les révoltes partielles entravent tout; cependant, l'arrivée de l'emprunt anglais et le rétablissement de Condouriottis, permettent de prendre des mesures efficaces contre les rebelles. Colocotronis et ses partisans sont arrêtés, conduits à Hydra , et enfermés dans le monastère d'Elie.

L'ile de Candie venait de retomber au pouvoir des Musulmans par la honteuse défection des Sphacciotes ' : la flotte égyptienne avait pris possession du port de Souda dans cette lie, mais à peine osait-elle se hasarder à en sortir. Affaiblie par des pertes considérables, elle semble se disposer à regagner l'Egypte; le bruit se répand que le pacha n'a point d'intentions hostiles contre les Grecs , qu'il n'a envoyé son fils au secours de la Porte que pour sauver les

* Voyez les notes à la fin du volume.

apparences ; (jiie celui-ci ne se bat quVi regret; mais les circonstances changent tout-à-coup de face. Ibrahim reçoit <îes renforts, et Tordre de se rendre enMorée.Des régimens d^ Arabes, de nègres , sont organisés et disciplinés à Alexandrie et au Caire par de vils transfuges européens. La guerre prend de ce côté un aspect sérieux.

Le 1 5 de février, Ibrahim débarque à Modon avec une armée de quatorze mille hommes. Harcelé par quelques bandes de Mainotes, il parvient à les dissiper, et met le siège devant Navarin. La garnison, forte seulement de onze cents hommes , fait plusieurs sorties ; un corps de Roméliotes se dispose à venir à son secours; le président Condouriottiss"'en constitue le général ; mais la faiblesse de sa santé , et son inexpérience le forcent à résigner le commandement, qu^il confie à Scurti, capitaine hydriote. Ce chef ne connaissait ni ses troupes ni le pays; il est battu : les Egyptiens surprennent les Grecs dans la matinée du 19; quoique attaqués à Timproviste, ceux-ci se défendent en héros : le général Xidi est tué ; Constantin Botzaris, tombé de cheval, sur le point d^étre fait prisonnier par un Egyptien, ne doit son salut qu'à Tintrépidité de ses ,conqjagnons

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d^armes : ils Pentourenl, Tenlèvent, se relaient pendant un quart de lieue pour combattre, et achètent sa vie de celle de dix-sept d'entre eux. On compte dans cette fatale journée jusqu\\ cent quarante morts, et ce nombre prodigieux pour les Grecs, accoutumés à perdre peu de monde dans cette guerre d^escarmouches, les effraie sur Tissue de la campagne. Les Souliotes attribuent leur défaite au chef nommé par le président ; ils se séparent de Farmée pour retourner dans la Grèce occidentale.

Dans la Livadie, Odyssée, menacé par le gouvernement auquel il a refusé d''obéir, passe aux Turcs, déserte , est repris par Gouras, son ancien lieutenant, et enfermé dans une tour de la citadelle, vis-à-vis des propylées, et du bastion qu'il lit construire. Il peut y lire Finscription consacrée à sa gloire comme gouverneur de FAt tique '.

Le siège de- Navarin se poursuit avec une constance qui ne peut s'expliquer que par la présence et les instructions des Européens vendus à For du pacha. Lile de Sphacterie , cernée par la flotte égyptienne , résiste une première fois ; mais, mal fortifiée, malgré Pim-

' Voyez les notes à la fin du volume.

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portance de sa position ( elle est située entre le vienx et le nouveau Navarin ) , mal approvisionnée, et n'ayant qu'une garnison de cinq cents hommes, elle tombe au pouvoir de l'ennemi ; une quantité de Grecs y sont massacrés '; quelques-uns s'enfuient sur les vaisseaux \ Les troupes enfermées dans le vieux Navarin , épouvantées de ce désastre et du voisinage des Egyptiens , manquant d'eau , de munitions, de vivres, essaient de s'ouvrir un passage pendant la nuit pour sortir de la place ; elles sont reconnues , attaquées , mises en pièces ou faites prisonnières : cent cinquante Roméliotes parviennent seuls à se dégager. Le comte Santa-Rosa, entré comme volontaire au service de la Grèce , reste parmi les morts ^.

Ces succès redoublent l'ardeur des Musulmans : Navarin est attaqué de nouveau, un feu terrible est dirigé sur la ville; cinquante voiles turques se montrent dans la rade; vingt petit ^ navires grecs , commandés par Miaulis , osent

* Le brave capitaine Psamado y périt. Voyez les détails du siège de Navarin dans le tableau de la Grèce en i825 , par le comte Pecchio. U appendice à la fin du volume.

* Mavrocordato quitta l'île à bord du brick le Mars , qui , resté seul dans le port , traversa la flotte ennemie et rejoignit les vaisseaux grecs.

^ Voyez les notes à la fin du volume.

les attaquer; divers engageinens ont lieu. La garnison de Navarin rejette pendant six jours toute offre de capitulation. Elle entre enfin en pourparlers , qu'elle prolonge à dessein une semaine entière, dans Tespoir de recevoir des renforts; elle se rend le 23 mai. Presqu'au même moment, l'amiral Miaulis bloque dans le port de Modon une partie de la flotte égyptienne, et lui incendie plusieurs vaisseaux; le feu se communique à un magasin de poudre qui, en sautant, détruit les restes de la ville : ces flammes venoeresses éclairent la côte à une distance de plusieurs lieues.

Au mépris de la capitulation garantie par les commandans des escadres française et autrichienne , Ibrahim garde comme otages le général Satracco et le fils de Mavromichali : ce digne frère d'Elias écrit à son père luNe pensez plus à moi, regardez-moi comme mort; ne songez qu'à battre les Turcs, et soyez sûr que je mourrai avec joie pour mon pays. )> Sa mère, la femme du bey du Magne, réunit quatre raille hommes pour aller au secours de son fils. Ce corps, qui porte son nom, arrive trop tard, et voit défiler dans les plaines l'armée ennemie se dirigeant sur Arcadia, après la prise de Navarin.

Les ordres d'Ibrahim , qui cherche d'abord par une modération calculée , à se rendre sa conquête plus facile, ne peuvent être exécutés qu'un moment par des hordes de Barbares pour qui le carnage est une joie. Les Egyptiens dévastent tout; les cadavres suspendus aux branches des oliviers marquent le passage des Africains; les populations disparaissent : et les Moréates redemandent à grands cris le capitaine sous lequel ils ont vaincu, Colocotronis.

Le gouvernement cède; Colocotronis, les Sessinis, les Délianis, INikitas, Londos , tous les rebelles, sont rappelés sous les drapeaux de la patrie : en sortant de prison ils se rassemblent à Napoli-de-Komanie, et vont , pieds nus, un cierge à la main, dans l'église métropolitaine, jurer devant Dieu et devant les hommes , de respecter les lois établies par les deux assemblées législatives de i822eti823; de ne plus connaître d'ennemi parmi les Grecs , de se dévouer à l'indépendance de la nation, enfin de mourir libres. Ce serment est reçu avec des transports d'enthousiasme; il échauile tous les cœurs ; il ftiit couler des larmes de tous les yeux; une foule pleine d'ardeur et de courage se presse autour d'eux, et répond par un appel aux armes, à la proclamation du

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gouvernement grec qui déclare la patrie en danger. Colocotronis se dirige en hâte vers Tripolitzaisa troupe, se grossissant dans sa marche, monte bientôt à seiz^e mille hommes. Toutes les forces de défense, toutes les anxiétés de crainte et d'espoir se portent vers cette armée; car la Grèce occidentale est défendue par Gouras qui lient les Turcs cernés dans Salone.

Ibrahim, d'après sa direction vers Arcadia , semblait vouloir gagner Patras, en longeant les côtes; tout-à-coup, il s'enfonce dans l'intérieur des terres : Calamata ne résiste point ; Léondari est déserte; il arrive à Tripolitza. Colocotronis, après avoir brûlé les masures qui commençaient à se relever, et détruit les villaoes voisins, s'était retiré. Le i5 juin, l'avantgarde d'Ibrahim s'avance jusqu'à Aro-os, et favorise le système de défense des Grecs en incendiant quelques huUes qui restaient en^ core debout. <<

L'amiral grec, Sacktury, disperse à la hauteur du cap d'Oro la flotte du capitan pacha, forte de cent voiles ; plusieurs vaisseaux ont sauté ; Miaulis bloque le port de la Souda ; deux vaisseaux marchands , achetés par les néoocians de Syra, sont de suite transformés en brûlots: mais, que servent les efforts de la flotte

pour empêcher des renforts que les vaisseaux autrichiens se chargent de verser dans le port de Modon! Les troupes d"'Ibrahim s''augmentent sans cesse, il tient la campagne, et les bandes indisciplinées de Colocotronis plient devant les barbares enrégimentés par des Français. Napoli-de-Romanie se prépare à la défense; Ypsilantis , Mavrocordato , le général Roche, Fabvier, qu^invoque notre armée quand on lui reproche d'avoir fourni des bejs à TEgypte, activent et dirigent Ténergie d'une nation découragée par trois années de victoires inutiles. Enfin, le 25 juin, au matin, la première colonne égyptienne se montre au poste des moulins, défendu par le prince Ypsilantis, et cette fois , formés en corps à peu près réguliers, et soutenus par de généreux Européens, les Grecs, au nombre de deux cent cinquante, repoussent Fattaque très-vive de six à sept mille hommes d'infanterie , et de six cents cavaliers : Fennemi est forcé de se retirer vers Argos. Reparaissant devant Napoli peu de jours après, il est de nouveau repoussé par Démétrius Ypsilantis, qui, profitant de l'absence momentanée du pacha, poursuit les Egyptiens, jusque dans Tripolitz.a.

Mais bientôt l'on apprend que six mille Al-

banais, débarqués à Patras, viennent joindre IWinée d'Ibrahim: Colocotronisle rencontre à Tricorpha : ses ordres aux capitaines indépendans , pour coordonner leurs mouvemens sur le champ de bataille , sont mal transmis , partiellement exécutés; il est déAiit : onze officiers supérieurs sont tués dans Faction. Au mois de juillet, la flotte du capitan pacha est dans les eaux de Fatras; Rouchid presse Missolonghi réduite aux abois ; la Morée n'est plus qu'un amas de cendres et d'ossemens. La peste , ap portée par les Arabes, frappe ceux que le fer épargne; la terre n'a plus de moissons: les secours qu'on attendait d'Angleterre n'arrivent pas , tandis que l'Egyptien trouve dans la marine autrichienne un plus fidèle appui, et que le pavillon chrétien protège les vaisseaux qui portent au sultan la tête des soldats de la croix, morts pour la foi et la liberté.

Le découragement s'empare des Grecs renfermés dans Napoli ; les esprits s'irritent , les cœurs s'aigrissent; des dissensions éclatent; les partis en présence se prononcent de nouveau , et s'accusent mutuellement. Mavromichali demande l'échange du dernier de ses fils retenu par Ibrahim, et, sur le refus du gouvernement, se retire avec ses Mainote?.

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Miaulis ravitaille sa flotte dans Hydra: il semble un moment que le patriotisme se soit épuisé. Dans cette affreuse crise, les chefs, constamment assemblés, délibèrent à quelle nation ils en appelleront : les uns penchent pour la France; dVutres espèrent dans la médiation de la Grande-Bretagne. Une neutralité bien récente, à la vérité, mais religieusement observée depuis le ministère de M. Canning, le vif intérêt du Commodore Hamilton , peut-être aussi les précoces et maladroites insinuations de quelques agens , font pencher la balance en sa faveur, du moins dans le conseil. Un acte est rédigé , motivé , non sur la situation désespérée des Grecs, mais sur le manque de foi des souverains de PEurope qui fournissent des hommes, de Targent, des munitions aux ennemis çles chrétiens , et fomentent les troubles qui divisent les Hellènes. L'Angleterre seule semble avoir abandonné cet odieux système; deux emprunts ont été traités avec les sujets britannicpies, et, libre par ses institutions, elle doit être ralliée naturelle et puissante d\m peuple qui se régénère. Cest en vertu de ces considérations que les principaux membres du gouvernement se décident à placer, au nom de la patrie, « le dépôt sacré de sa liberté, de son in-

dépendance nationale et de son existence politique, sous la défense absolue de la Grande- Bretagne.» Cette mesure, prise dans les derniers jours de juillet, donne lieu a de nouveau:^ troubles; la plupart des capitaines repoussent toute intervention étrangère, et refusent de signer ; quelques-uns se prononcent pour la France dont ils attendent un roi ; le plus grand nombre ne veut en appeler qu'à soi , qu*'à l'amour de la patrie, qu'à la haine pour le Musulman. Quelques négocians des îles, influens par leurs richesses , et dans ce moment à la tète des affaires, l'emportent; et cet acte, preuve d'une confiance que l'Angleterre a repoussée depuis , est envo jé à Londres. INIais ce n'est là que l'œuvre de quelques hommes ; presque toute la population de la Morée, celle de l'Epire, de la Phocide, de la Livadie,de l'Etolie, y sont restées étrangères;, car le gouvernement actuel de la Grèce « n'est, et ne peut être autre chose qu'un comité de patriotes, plus ou moins habiles, qui cherchent par adresse à faire faire à ceux qui ont fait la révolution, tantôt ce qui convient au peuple, tantôt ce qui leur convient à eux-mêmes '. »

' M. de Sismondi , article sur les Grecs. Revue Encyclopédique , t. 2-, p. 67, f^. aussi le t. 26,p.38i et7o3.

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Dépassant leurs pouvoirs , le général Roche et M. Washington , député d''Amérique , protestent contre cet appel à Tune des grandes puissances de TEurope pour le maintien d'une neutralité si mal observée jusqu'ici.

Pendant que les habitans de Napoli s'épuisent en querelles et compromettent la dignité et la force de la Grèce, Missolonghi montre par son héroïque défense que toute énergie , que tout amour de la patrie ne sont pas éteints. Depuis trois mois assiégée par Rouchid pacha , à la tête de dix-huit mille hommes, dont la moitié d'Albanais, chaque jour est pour elle une lutte de vie et de mort. Las d'une résistance si longue et si inattendue, le Seraskier charge des agens de la même puissance neutre qui avait négocié pourChios, d'aller sous pavillon parlementaire proposer à la garnison de capituler : ils se présentent au conseil de guerre avec de sinistres nouvelles; la Morée est soumise à Ibrahim, disent-ils; la flotte turque amène de nouveaux renforts à Rouchid qui consent néanmoins à leur offrir la vie, et des conditions : « Je ne veux pas!» s'écrie Notzi Botzaris, et ce mot sublime trouve un écho dans chaque capitaine. « Je ne veux pas I » est la réponse à chaque proposition des parlementaires autrichiens.

« Oest en marchant sur nos têtes que les Turcs entreront à Missolongliil » s'écrient-ils.

Le lendemain, au point du jour, les infidèles s'élancent contre les remparts avec d'horribles hurleinens; quarante lanzoni ou petits vaisseaux secondent leur attaque du côté de la mer; un nuage de fumée enveloppe la ville; les Turcs j pénètrent par une large brèche : mais bientôt, rejetés en dehors, leurs cadavres comblent les fossés. Deux jours après, un second assaut est repoussé avec la même énergie : treize navires et deux brûlots grecs sont signalés; soixante vaisseaux turcs, qui, de la rade, canonaient Missolonghi, s'enfuient jusqu'en Morée, et deux de leurs bàtimens sont lancés vers les cieux comme trophées de cette héroïque défense. Tzavellas , Gara Hjscos , et d'autres chefs, accourus de Salone , viennent, le 12 août, secourir la garnison, et prenant l'ennemi par derrière, le repoussent jusqu'à Vrachori.

Revenu le 20 devant la ville , Rouchid élève des redoutes, presse les travaux du siège, accumule les assauts. Derrière les retranchemens abattus, il trouve de nouveaux retranchemens; ses mines sont contreminées; les assiégés font sauter ses fortifications. La batterie

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de Franklin est reprise ; deux cents hommes qui disposaient des batteries contre la ville sont engloutis. Les soldats grecs ramassent les grenades de verre lancées par les Turcs , et les brisent contre les pierres pour les empêcher d"'éclater. A la vue d'aune bombe tombée devant sa tente, Rouchid s^écrie avec fureur : « Cette bombe ne peut venir que de la fonderie de Constantinople ; c''est Finlîdèle Topai pacha qui en a sans doute vendu beaucoup aux Grecs! » C'était en effet des munitions turques prises à bord de la flotte du capitan pacha, lors de sa défaite dans le golfe de Missolonghi.

Un renfort de quinze cents Toxides arrive au camp des assiégeans; les Albanais demandent une augmentation de solde, ou du repos. Rouchid, décidé à terminer la campagne, prépare un assaut définitif, et ce pacha, connu pour un des plus habiles et des plus braves généraux de la Porte , veut le commander en personne. L'*explosion d'une mine dirigée contre la batterie de Marc Botzaris doit être le signal. Instruits à temps par un prisonnier albanais , les Grecs font une contre-mine ; leur énergie redouble; ils ne se défendent plus, ils attaquent, pressent, culbutent Pennemi ,

en font un horrible carnaoe, et le repoussent jusqu^iu pied du mont Calydon.

L'exemple de Missolonghi a encore une fois ranimé la Grèce : les Moréates sortent de leur apathie. Aux environs de Calavryta, de Caritène, d'Argos, ils se montrent en force; des corps grecs s'organisent. A Candie, les Sphacciotes lavent dans le sang turc les taches dont leur trahison les avait couverts ; leur intérêt répond de leur fidélité : c'est pour la dernière fois qu'ils ont essayé la foi musulmane. Sept cents Candiotes, réfugiés en Morée, ont regagné leur pays; douze cents hommes commandés par Kalergi et Cormulli les ont suivis , et ont pris possession des forts de Grambouses et de Rissamos. La révolte s'étend, et promet que bientôt les ports de la Crète n'abriteront plus les flottes du vice-roi d'Egypte. Ce despote semble lui-même hésiter à confier à la mer de nouveaux vaisseaux; ii a appris à craindre l'audace grecque. Si Canaris, parti d'Hydra avec trois brûlots pour incendier les flottes de Topai et de Méhémet Ali , réunies dans le port d'Alexandrie, a échoué; si le hasard, ou peutêtre la prudence de l'amiral Tombazi qui empêcha cet intrépide marin de retourner braver de nouveau deux flottes avec son léger canot ,

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ont renversé ce hardi projet , Fénergie, la témérité qui Pavaient préparé, vivent encore, et s^augmenteront chaque jour.

Quelque effrayant que soit Faspect de la Morée en ce moment, sa situation est loin d''être désespérée. Ihrahim manque de vivres ; des divisions dont le récit, peut-être exagéré, n''est cependant pas sans fondement, se sont manifestées parmi ses troupes; leur férocité naturelle a bientôt démenti les fallacieuses proclamations du pacha, et le peu de Grecs qui s"'étaîent soumis, retournent, femmes, enfans, vieillards, à leurs montagnes et à leurs armes. Le Grec sait vivre de poisson séché, d''une poignée dWives, môme de Therbe et des racines qu''il arrache dans le creux des rochers. Quel dévouement pousserait les vils esclaves de l'Afrique à endurer toutes ces privations? Mélîémet seul, son fils, ses courtisans, chrétiens ou mahométans, ont intérêt à cette conquête; mais chaque Grec se bat pour sa femme, ses enfans , sa vie et sa liberté. La Providence , favorable à la cause des Hellènes , ne les abandonnera pas. Au commencement de la révolte n'ont-ils pas vu Métaxas , guidé par une main invisible, accourir à leur aide; plus tard Tonde jaillir dans les églises pour apai-

ser leur soif dévorante ' ; le ciel d'airain se fermer sur les Turcs altérés % et la Grèce, tant de fois abattue, se relever sanglante, mais toujours terrible ! Ces cruelles épreuves lui sont peut-être nécessaires : il faut qu'elle apprenne à puiser dans les obstacles un redoublement de vigueur. Le moindre ruisseau devient lac ou torrent quand un rocher lui barre le passage-, aussi Dieu barre le chemin à ceux qu'il veut forts. Il n'est de génies vigoureux que ceux qui ont combattu avec les hommes et la fortune. Où est le bras fort qui n'ait jamais lutté?

Quelques revers désuniront le camp musulman: déjà les troupes de la Porte ont à peine secondé dans cette dernière campagne les mouvemens d'Ibrahim : l'alliance des Albanais est chère, j'ignore si celle des Autrichiens est gratuite-, mais quoique les Grecs aient plus fréquemment trouvé des prêts à usure que des secours désintéressés, quoique les Américains mêmes aient cherché à échanger un appui douteux contre le plus beau port de l'Archipel ( Mylo ) , et se soient montrés marchands

• A Anatolico.

' Dans-la citadelle d'Athènes.

plutôt que nobles frères (oubliant qu"'autrefois on ne leur vendit pas une aide généreuse ) , il y a encore des aines nobles , des mains qui savent manier le fer et non Tor. Les Grecs trouveront des auxiliaires dévoués , mais qu^ils comptent d\\bord sur eux-mêmes : quMls se rallient , qu"'ils opposent aux fléaux qui les assiègent, cette noble constance, cet héroïque dévouement dont ils ont déjà donné tant de gages à la patrie : alors la Grèce pourra dire comme Médée, quand on lui demande ce qui lui reste contre la terre entière. « Moi 1 moi seule, et c^est assez! »

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