‹ Bonaparte et les GrecsChapitre 25 sur 32 · CHANT DES SOULIOTES · texte numérisé non relu

CHANT DES SOULIOTES

L'oiseau qui fend les airs de ses ailes rapides ,

Se pose au faîte de nos monts ; Là, résonnent ses chants, et des sommets arides

L'écho les rejette aux vallons.

Dès l'aube , chaque belle y vient puiser l'eau pure ,

Sondant le puits d'un œil craintif; Son jeune amant y vient déranger sa parure Par un baiser furtif.

Ton pied léger suit la cadence, Jeune guerrier, presse la danse :

Répétons nos vives chansons î Demain c'est la guerre qui tonne , L'infidèle qu'elle moissonne Fertilisera nos sillons !

« A ce duvet si doux , frais velours de ta joue , » Pourquoi vois-je trembler des pleurs? »

— « Ami , comment veux-tu que notre bouche avoue

» Et notre honte et nos malheurs?

» Ma patrie est aux fers , Souli dans l'esclavage , » Et tu me dis , pourquoi gémir? »

— « Demain nous combattrons, belle: alors le carnage,

» Aujourd'hui le plaisir ! »

ET LES GRECS. '^5l

Toa pied léger suit la cadence , Jeune guerrier , presse la danse :

Répétons nos vives chansons !

Demain c'est la guerre qui tonne , L'infidèle qu'elle moissonne Fertilisera nos sillons 1

Elle vit , ô Souliote , elle vit la déesse

Qui sur nous lance ses ravons , Qui , d'un de ses regards , a fécondé la Grèce ,

Qui viendra si nous combattons !

Que ses yeux sur le Turc fassent jaillir la flamme ,

Aux Grecs qu'elle souffle l'ardeur ; Que la voix des trois cents crie au fond de notre ame : « Demain , triomphe ou meurs ! »

Ton pied léger suit la cadence , Jeune guerrier , presse la danse :

Répétons nos vives chansons !

Demain c'est la guerre qui tonne , L'infidèle qu'elle moissonne Fertilisera nos sillons ' 1

La pièce qui suit a un rapport plus direct avec les événemens actuels, et semble composée pour être chantée après une victoire, alors, (|ue déposant leurs armes, les Grecs, chefs et

' Yovez les noies à la fin du volume.

soldats se réunissent, cueillent des branches vertes, et, formant une chaîne dansante, parcourent les vallons et les collines.

LAMBROS.

De sa liberté radieux , Le Grec pose sa lance Et danse :

L'écho du rocher caverneux De ses chants lui renvoie La joie !

De la main il montre gaîment L'arbre , rempart de sa vaillance, Et le roc détaché , qui , de sa masse immense, Ecrasa l'Ottoman!

Arrêtez ! ... Du platane épargnez le feuillage ,

Il couvre l'un de vous ; Lambros , si vieux de gloire et si jeune encor d'âge ,

Qui tomba près de nous.

Il était avec moi , dans ces momens horribles

Dont la foudre était la clarté :

Les vents se déchaînaient : serrés , unis , terribles ,

Nous nous jurions la liberté.

Nos sabres se heurtaient, l'air s'imprégnait de guerre, Et, forts de volonté , nous bravions le tonnerre!

ET LES GRECS. fe53

De sa liberté radieux , Le Grec pose sa lance Et danse :

L'écho du rocher caverneux De ses chants lui renvoie La joie !

De la main il montre gaîment L'arbre, rempart de sa vaillance , Et le roc détaché , qui , de sa masse immense . Ecrasa l'Ottoman 1

Mais l'orage se tut, mais l'aurore fut belle ,

Au jour de nos succès.

Nous cherchons, nous trouvons, nous battons l'infidèle

Fort de ses vains apprêts :

Les flots de Marmara vont porter à Bjsance

Le bruit de nos mousquets vainqueurs :

« Qu'est-ce? » disait l'impur, « quoi! le Grec sans défense,

» Né sous le joug, fait pour les pleurs, • Labourant avec faim, échappé du supplice , » Combattrait!... Que sa croix avec lui s'engloutisse! »

De sa liberté radieux , Le Grec pose sa lance Et danse :

L'écho du rocher caverneux De ses chants lui renvoie La joie !

De la main il montre gaîment L'arbre , rempart de sa vaillance ,

Et le roc détaché , qui , de sa masse immense , Ecrasa l'Ottoman !

Une seconde fois , avec des cris de rage ,

Les Turcs bravaient nos coups ; Puis vaincus , criant : « Giace ! » à travers le carnage

Ils tombaient à genoux :

Alors, tu fus frappé , Lambros! Vengé d'avance,

Ami , tu mourus sur mon sein ; Et, premier monument de notre indépendance.

Ta tombe est au bord du chemin :

Si quelque Hellène fuit, ta poussière lui crie : « Pourquoi donc suis-je mort?... Retourne à la patrie! »

De sa liberté radieux , Le Grec pose sa lance Et danse :

L'écho du rocher caverneux De ses chants lui renvoie La joie !

De la main il montre gaîment L'arbre , rempart de sa vaillance, El le roc détaché , qui , de sa masse immense , Ecrasa l'Ottoman !

ET Li:s GRi:CS. 9.5v

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