CHANT DES SOULIOTES
L'oiseau qui fend les airs de ses ailes rapides ,
Se pose au faîte de nos monts ; Là, résonnent ses chants, et des sommets arides
L'écho les rejette aux vallons.
Dès l'aube , chaque belle y vient puiser l'eau pure ,
Sondant le puits d'un œil craintif; Son jeune amant y vient déranger sa parure Par un baiser furtif.
Ton pied léger suit la cadence, Jeune guerrier, presse la danse :
Répétons nos vives chansons î Demain c'est la guerre qui tonne , L'infidèle qu'elle moissonne Fertilisera nos sillons !
« A ce duvet si doux , frais velours de ta joue , » Pourquoi vois-je trembler des pleurs? »
— « Ami , comment veux-tu que notre bouche avoue
» Et notre honte et nos malheurs?
» Ma patrie est aux fers , Souli dans l'esclavage , » Et tu me dis , pourquoi gémir? »
— « Demain nous combattrons, belle: alors le carnage,
» Aujourd'hui le plaisir ! »
ET LES GRECS. '^5l
Toa pied léger suit la cadence , Jeune guerrier , presse la danse :
Répétons nos vives chansons !
Demain c'est la guerre qui tonne , L'infidèle qu'elle moissonne Fertilisera nos sillons 1
Elle vit , ô Souliote , elle vit la déesse
Qui sur nous lance ses ravons , Qui , d'un de ses regards , a fécondé la Grèce ,
Qui viendra si nous combattons !
Que ses yeux sur le Turc fassent jaillir la flamme ,
Aux Grecs qu'elle souffle l'ardeur ; Que la voix des trois cents crie au fond de notre ame : « Demain , triomphe ou meurs ! »
Ton pied léger suit la cadence , Jeune guerrier , presse la danse :
Répétons nos vives chansons !
Demain c'est la guerre qui tonne , L'infidèle qu'elle moissonne Fertilisera nos sillons ' 1
La pièce qui suit a un rapport plus direct avec les événemens actuels, et semble composée pour être chantée après une victoire, alors, (|ue déposant leurs armes, les Grecs, chefs et
' Yovez les noies à la fin du volume.
soldats se réunissent, cueillent des branches vertes, et, formant une chaîne dansante, parcourent les vallons et les collines.
LAMBROS.
De sa liberté radieux , Le Grec pose sa lance Et danse :
L'écho du rocher caverneux De ses chants lui renvoie La joie !
De la main il montre gaîment L'arbre , rempart de sa vaillance, Et le roc détaché , qui , de sa masse immense, Ecrasa l'Ottoman!
Arrêtez ! ... Du platane épargnez le feuillage ,
Il couvre l'un de vous ; Lambros , si vieux de gloire et si jeune encor d'âge ,
Qui tomba près de nous.
Il était avec moi , dans ces momens horribles
Dont la foudre était la clarté :
Les vents se déchaînaient : serrés , unis , terribles ,
Nous nous jurions la liberté.
Nos sabres se heurtaient, l'air s'imprégnait de guerre, Et, forts de volonté , nous bravions le tonnerre!
ET LES GRECS. fe53
De sa liberté radieux , Le Grec pose sa lance Et danse :
L'écho du rocher caverneux De ses chants lui renvoie La joie !
De la main il montre gaîment L'arbre, rempart de sa vaillance , Et le roc détaché , qui , de sa masse immense . Ecrasa l'Ottoman 1
Mais l'orage se tut, mais l'aurore fut belle ,
Au jour de nos succès.
Nous cherchons, nous trouvons, nous battons l'infidèle
Fort de ses vains apprêts :
Les flots de Marmara vont porter à Bjsance
Le bruit de nos mousquets vainqueurs :
« Qu'est-ce? » disait l'impur, « quoi! le Grec sans défense,
» Né sous le joug, fait pour les pleurs, • Labourant avec faim, échappé du supplice , » Combattrait!... Que sa croix avec lui s'engloutisse! »
De sa liberté radieux , Le Grec pose sa lance Et danse :
L'écho du rocher caverneux De ses chants lui renvoie La joie !
De la main il montre gaîment L'arbre , rempart de sa vaillance ,
Et le roc détaché , qui , de sa masse immense , Ecrasa l'Ottoman !
Une seconde fois , avec des cris de rage ,
Les Turcs bravaient nos coups ; Puis vaincus , criant : « Giace ! » à travers le carnage
Ils tombaient à genoux :
Alors, tu fus frappé , Lambros! Vengé d'avance,
Ami , tu mourus sur mon sein ; Et, premier monument de notre indépendance.
Ta tombe est au bord du chemin :
Si quelque Hellène fuit, ta poussière lui crie : « Pourquoi donc suis-je mort?... Retourne à la patrie! »
De sa liberté radieux , Le Grec pose sa lance Et danse :
L'écho du rocher caverneux De ses chants lui renvoie La joie !
De la main il montre gaîment L'arbre , rempart de sa vaillance, El le roc détaché , qui , de sa masse immense , Ecrasa l'Ottoman !
ET Li:s GRi:CS. 9.5v