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ccssité de diviser les travaux , el de réparer les diverses fonctions.
Le Corps lëgislalil' est t:és-mal logé; mais bientôt il tiendra ses séances dans une mosquée qui a été convertie en salle du sénat. Le nombre des législateurs s'élève à plus de quatre-vingts i cinquante seulement sont présens, le reste étant emploj'é à des fonctions extraordinaires. Plusieurs sont vêtus à l'européenne. Le président Notara , est généralement respecté , non pas tant pour l'ancienneté de sa famille , qui est peut-être la plus illustre de la Morée, que pour la franchise de son caractère ; Tricoupi , de Missolonghi , est le plus éloquent de leurs orateurs. Quoiqu'il j ait plusieurs partis très-animés dans l'assemblée, les discussions ont été conduites jusqu'à présent avec beaucoup de décorum. Trois jours après mon ariivée à JN'apoli , le 24 avril, on reçut la nouvelle que le camp grec de Crémidi avait été défait par les Egyptiens, avec une perte de cent quarante hommes; les généraux ZaSropoulo , Xidi , et les colonels Eleutéri et Cormoriti , étaient au nombre des morts.
Il est indispensable, afin de rendre plus clair le récit des événemens dont j'ai été le lémtiin , de remonter ici à quelques-unes d<;s transactions qui eurent lieu (juelques mois avant mon arrivée, et qui changèrenc presinie totalement la situation de la Grèce.
Pendant l'automne dernier ( 1 824) , les chefs de la Morée, Zaïmis, Londos , Déliani et Sessini, jaloux de participer au gouvernement, déclarèrent, les arrnes à la main , (jue , d'après la conslilulion, le corps exécutif et le corps législatif, devaient être renouvelés, l'année de leur durée légale étant révolue. Colocotronis, avec d'autres généraux, se joiirnit à eux. et consen(i^ à devenir
leur insUumenL, dans l'intention seerètc de s'emparer ensuite de tout le pouvoir. Le gouvernement , alors menacé sur plusieurs points par l'ennemi, ne jugea pas qu'un pareil changement fût prudent et praticable. 11 s'arma donc avec beaucoup de vigueur, pour repousser une demande qui avait plutôt les caractères d'une révolte que d'une simple rcchmiation. 11 n'épargna ni argent, ni flatteries, pour rallier autour de lui les principaux chefs roméliotes, et pour les engager à entrer en Morée. Celte expédition fut contiée à Colelti , qui, par une célérité imprévue, et des expédiens adroits et artificieux, battit, dispersa , désarma les Insurgés, et força leurs chefs à se rendre k discrétion au gouvernement, excepté Zaïmis et Londos qui cherchèrent un refuge hors de la Morée. Après ce succès, le gouvernement, désirant profiter des troupes rassemblées dans le Péloponèse qui se montaient à sept ou huit mille hommes , se décida sérieusement à faire mettre le siège devant Patras, et à forcer cette citadelle à capiliilcr. La victoire de Colelti contre les rebelles, et l'ascendant qu'il exerçait sur les chefs roméliotes, semblaient Icdésigner comme l'homme le plus propre à diriger cette entreprise; mais ses rivaux, aui redoutaient l'accroissement de sa puissance et de sa renommée, lui portèrent envie, et cherchèrent àluiravir cette occasion de s'illustrer.
Pendant ce temps, Ibrahim pach a , instrui t des discordes civiles qui agitaient les Grecs, n'hésita pas à en profiter pour débarquer en Morée, et surprendre Navarin (Filo Castro ou IVéocastron). En effet, verslemilieudcfévrlcr, il prit terre à Modon , avec i4ooohommes de troupes ré- «rulières, et quebjues jours après, il investit celte place. Coletli,qui, seul, eût été capable par son aclivilé défaire
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tète aux Egyptiens, avait été rappelé au centre du gouvernement, et le président , qui n'avait jamais fait la guerre , prit le commandement comme général en chef. A son inexpérience se joignait une grande délicatesse de santé ; il perdit plusieurs jours à Tripolitza où il fut retenu par la fièvre. 11 établit ensuite son quarlier-général àScala, éloigné de quatr'j! heures de marche du camp grec, distance trop grande pour lui permettre de diriger lacilement les opérations. 11 fut donc obligé de déléguer son pouvoir à un autre général. Soit pour éviter des rivalités entre les capitaines roméliotes qui, tous, aspiraient au commandement suprême, soit par prédilection pour ses compatriotes, le président choisit pour remplaçant un capitaine hydriote, nommé Scurti, quin'avait aucune expérience du service de terre. Ce malheureux choix fut suivi des plus funestes résultats. Le 19 avril , au matin , les Grecs furent attaqués à l'improviste par les Egyptiens. Plusieurs des chefs roméliotes se battirent dans cette journée avec la plus grande valeur. Quelques-uns, emportés par trop d'ardeur (Piavellas était de ce nombre ), descendirent imprudemment dans la plaine. L'ennemi, supérieur en cavalerie , en armes et en discipline , repoussa les Grecs sur différens points, et leur tua cent quarante hommes, dont quatre officiers supérieurs.
Quand ces tristes nouvelles parvinrent à Napoli , elles répandirent la consternation dans toutes les classes. Depuis la bataille de Péta , en 1822, où les Grecs perdirent environ deux cents hommes , ils n'avaient pas éprouvé un pareil désastre. Dans tous les autres combats, ils neperdaientd'ordinaireque dix, quinze ou vingtsoldats. Quand Marc Botzaris tomba , onze des siens seulement périrent. Un soldat deWagram ou de Waterloo sourira peut-être
à la description de ces batailles, comme nous sourions en lisant la guerre des grenouilles et des souris dans Homère; mais la destinée des nations ne dépend pas toujours du plus ou moins de carnage. A Marathon , les Athéniens sauvèrent leur pays, et n'eurent à pleurer que cent quatre-vingt-douze héros. Plus d'une fois, la mort de quelques hommes a entraîné avec elle la ruine des Républiques Italiennes du moyen âge. Les batailles de Bolivar ne sont que des escarmouches comparées à celles de Napoléon , et cependant leur résultat sera bien autrement durable et glorieux.
Ce revers était d'autant plus humiliant et douloureux pour les Grecs, qu'il avait atteint les meilleures troupes de la Grèce, les Souliotes et les Roraéliotes. Parmi une nation peu nombreuse , les combattans excitent un intérêt beaucoup plus vif que chez un grand pctiple. Tout le monde connaît la topographie du pajs; chacun sait le nom de presque tous les guerriers; chacun s'informe des actions de son voisin , de son ami , de son parent. Je trouvais le plus vif plaisir à écouter le récit des merveilles et des prouesses de chaque individu, en me mêlant aux différens groupes que je rencontrais dans les rues. Les Grecs n'ont rien perdu de leur antique goût pour discourir, et j'étais ravi de voir revivre sous mes yeux les scènes décrites par Démosthènes, et d'observer cette foule désœuvrée, curieuse , babillarde , courant chercher et demander partout des nouvelles de Philippe.
J'étais pressé de remplir les engagemens quej'avais pris de remettre quelques lettres au président en main propre, et en même temps je souhaitais visiter par moi-même le théâtre de la guerre. Je profitai donc de la compagnie du général Roclie, envoyé en Grèce par le Comité de Paris,
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auquel ce choix fait honneur. Le général Roche est un vieux militaire , d'une figure martiale, homme de sens, aimable et franc, qualités qui distinguent assez ordinairement les Français à vieilles moustaches. Je remerciai le hasard de m'avoir procuré un compagnon de voyage si utile et si agréable.
Entourés de dix palHcares qui nous escortaient, montés sur des chevaux maigres , suivis de six ânes et de six mulets qui portaient notre bagage et nos domestiques, notre petite caravane entra dans Argos à l'approche de la nuit. Cette capitale de l'ancienne monarchie du puissant Agamtmnou , est à présent une petite ville contenant environ dix mille babitans; ses rues sont larges et régulières; ses maisons, presque toutes debois,décorécsde portiques aussi en bois, s ont d'une forme légère et élégante. Depuis cette dernière Révolution , les Turcs, et ensuite les Grecs, travaillèrent également à sa destruction. Elle commence maintenant à se relever du milieu des ruines. L'éparque ou préfet , avec ses conseillers , et autres chefs de la ville , nous menèrent, pendant qu'on préparait le souper, voir l'emplacement choisi pour la nouvelle université. Le signor Varvakis , riche négociant grec, a laissé à sa mort un fonds, dont les intérêts, de plus de cent mille francs , doivent être consacrés aux frais de cette fondation. La ville a acheté, pour faire construire l'édifice , l'emplacement carré d'un vaste bazar turc, dont il ne reste que les murs d'enceinte, avec une fontaine au milieu. Mais quel plaisir n'eus-je pas à visiter une école d'enseignement mutuel , bâtie tout exprès par le «-ouvernement , et ouverte au mois de décembre dernier. L'e'cole est construite sur le plan des écoles ano-laisesmais l'espace est trop petit pour les deuxcenfs enfansqui
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s'y rassemblent. Attenant à l'école est la demeure d(i maître , qui a appris la méthode à Bucbarest, du signor Cleobulos. Ce dernier l'avait, je crois, étudiée dans les écoles d'enseignement mutuel établies à Paris. L'école d'Argos est destinée aux garçons et aux filles, qui étudient à part. Une dame de Chios, pour remédier à cet inconvénient, et pour donner aux jeunes personnes une éducation plus appropriée à leur genre de vie , se propose de faire bâtir pour elles une école adjacente, et l'on s'occupe déjà des moyens d'effectuer ce projet. Je fais une mention particulière de cette circonstance, afin d'éveiller l'attention des bienfaisantes dames d'Edimbourg, qui veulent seconder et propager l'instruction parmi les jeunes Grecques. Nous vîmes aussi les murs naissans d'une église que l'on bâtit avec l'es ruines d'une mosquée , construite jadis avec les débris d'une ancienne église grecque, qui , peut-être, devait son origine aux restes de quelque temple antique. Ainsi tourne la roue de la fortune; et le monde n'est que destruction el reproduction des mêmes matériaux.
De retour au logis , une jeune demoiselle nous versa de l'eau sur les mains.
« Une jeune fille em|)ressée apporte l'aiguïère d'or « remplie à la source fraîche et limpide; l'eau transpa- » rente s'échappe à grands flots du vase brillant, et tombe » dans un vaste bassin d'argent :, ils se lavent. »
Odyssée.
Après cette ablution, nous nous assîmes, les jambes croisées, sur des tapis, autour d'une table couverte d'un chevreau , d'un agneau, de pilau que l'on mange avec du lait caille, de fromage de chèvre, et d'oranges. De temps en temps,
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« Attentifs à l'entour , de jeunes et agiles adolescens,
remplissaient jusqu'aux bords, nos coupes couronnées
d'une brilUinte écume. »
Odyssée.
Un jeune pallicare portait à la ronde une coupe d'argent pleine de vin ; après avoir bu à l'indépendance de la Grèce , et avoir lavé nos mains de nouveau, nous nous levâmes , et la même jeune fille étendit sur les tapis les peaux et les couvertures qui devaient nous servir de lits.
« Cependant les esclaves d'Achille préparent une couche avec des toisons, des tapis et des toiles fines et douces. Là, le respectable Phénix dormit diin sommeil paisible jusqu'à ce que l'aurore sacrée ramena le jour. »
Odyssée.
Je cite Homère, non pour faire parade de savoir, mais pour montrer aux lecteurs comment les anciennes coutumes de la Grèce se sont conservées après tant de siècles d'invi'sions , de conquêtes, de calamités et de vicissitudes.
Nous partîmes le lendemain de bonne heure pour Tripolitza. Je saluai le château d'Argos , plac.5 sur le sommet d'une montagne isolée, qui commande la ville : je le saluai avec reconnaissance, en pensant qu'en 189.2 , il arrêta la marche de l'armée de Roudchid pacha. Le gouvernement grec, oubliant ses services , le néglige et le laisse tomber en ruines.
Après une marche de neuf heures fort pénible^ nous arrivâmes à Tripolitza , située au fond de la belle plaine qui porte son nom. Nous fûmes surpris d'apercevoir, en dehors des portes delà ville, une multitude de peuple , et une longue file de pallicares, et nous le fûmes encore
plus en voyant un cavalier, coiffé d'un lurban, et lichenient velu, s'avancer à notre rencontre au grand galop , monté sur un cheval turc. On l'eût pris pour un de ces Abencerrages décrits dans l'Histoire des guerres de Grenade. Tout ce cérémonial était un hommage de courtoisie et d'iiospitalité que les hiibitansde Trlpolitza voulaient rendre au général Roche. Le cavalier qui venait au-devant de nous était le colonel Xidi, commandant de la place , et frère du général de ce nom , tué dans le combat du 19 avril. Comme il approchait, il déchargea ses deux pistolets, et nous salua à la grecque, en posant sa main droite sur son cœur. Le général lui témoigna beaucoup de douleur de la perte de son frère. « Tout ce que nous .sommes de Grecs, nous serions trop heureux de mourir comme lui, » répliqua le brave colonel. Nous entrâmes dans la ville au milieu d'une foule de peuple, et nous allâmes loger dans la maison du ministre de l'intérieur : elle est du petit nombre de maisons turques qui ont échappé à la rage ou à la vengeance des Grecs. En regardant autour de moi, je ne voyais que des monceaux de ruines. Le sérail, ou palais du pacha qui résidait avant la Révolution dans celte ancienne capitale de la Morée , est rasé de fond en comble , ainsi que le harem , les bains et la mosquée , renfermés dans sa vaste enceinte. Les Grecs n'ont épargné que les cimetières turcs. Tripolitza commence à se repeupler, et à sortir de la misère et de la désolation où l'avait plongée le sac des Grecs, en 1822. Cette ville, lorsqu'elle était encore la capitale delà Morée et la résidence du pacha, contenait de trentecinq à quarante mille habitans. De ce nombre étaient trois mille Grecs; le reste de la population se composait de Turcs, et des descendans de renégats grecs. Au-
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joiud'hui elle renferme quinze mille âmes, grâces au concours de peuple qui vient de tous côtés y chercher un refuge. Pour mille dollars, on peut acheter à Tripolitza une maison cl un jardin , sous le plus beau climat , l'air le plus sain , et dans une position délicieuse. La ville s'élève au bout d'une vaste plaine, entourée de montagnes , entre l'antique Tégée , Mantinée et Pallantée. Peut-être est-elle sortie des ruines de ces trois villes, comme son nom semble l'indiquer. Elle n'est ni forte , ni en état de soutenir un siège: elle est enceinte d'un mur fortifié de barbacanes , et flanqué de tours, que les Turcs construisirent pour se mettre à l'abri des incursions des Klephtes qui habitent les montagnes voisines. Avant la Révolution, Colocolronisy entra plusieurs fois par surprise, en dépit de ses murs. Elle a cependant soutenu un siège, en 1822 ; neuf mille Turcs et trois cents Albanais y étaient enfermés; les Grecs n'avaient pour l'attaquer qu'un amas de paysans , armés à la hâte d'instrumens d'agriculture, de bâtons , de quelques milliers de mousquets, et un très-petit nombre de mauvais canon.s.
Les Grecs ont appris des Turcs l'art de j)erdre leur temps. En Grèce, les visites commencent à sept heures du matin. Tout ce qui se croit homme comme il faut, regarde comme un devoir et un privilège d'aller visiter un étranger de distinction. Aussi , le lendemain , dès sept heures, notre chambre turque (ornée de vitraux coloriés et couverts de versets du Coran , les murs peints en arabesques , et le plafond vernissé d'un vert d'émeraude), était remplie de personnages graves et silencieux. Après avoir porté la main droite sur leur cœur, ils s'accroupissaient en cercle sur les tapis, buvaient lentement et en la savourant pendant quelques minutes une tasse de
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café , et funiaienl la pipe que l'hôte ne manque jamais de leur otTrir. Le lei^'er d'une cour européenne est peutêtre moins absurde et moins solennel que celte étiquette du Levant.
Quelques heures après, nous allâmes, selon la coutume du pays, rendre leur visite à ceux qui nous avaient honoré de leur sérieuse et muette présence. Le colonel Xidi était à dîner avec (|uelques-uns de ses compagnons d'armes, dans une chambre tapissée des armes turques les plus élégantes , de brides , de selles brodées , et autres équipages de guerre. A la muraille était suspendu un cimeterre turc, dont le fourreau était de vermeil , et qui avait appartenu au général Xidi. Ce cimeterre valait cent livres sterling. Parmi les Turcs et les Grecs, le goût des armes riches est poussé jusqu'à la jjassion , comme parmi nous, la manie des vases étrusques, des tableaux et des médailles. A côté du sabre était un grand reliquaire en argent doré, entouré de corail et de franges d'or; les capllaines grecs en suspendent de semblables à leurs cous au moment d'aller combattre. Saint Démélrius , saint Constantin , sainte Hélène , sont devenus maintenant les protecteurs des Grecs dans les batailles, et ont remplacé Mars, Apollon et Vénus, qu'invoquaient leurs ancêtres. La bannière du général mort était roulée , en signe de tristesse et de deuil ; on lisait ces mots gravés sur la pointe : c Dieu , patrie ^ espérance , charité. » C'était une pique surmontée d'un cœur sortant d'une boule, sous laquelle sont les armes de la croix :
« Toute diaprée d'un or éclatant, et ,au sommet est une sainte croix qui brille comme le jour. »
Ancienne ballaue.
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On nous montra, dans un groupe de soldais roméliotes qui nous considéraient avec curiosité , le brave homme qui, dans la bataille, avait sauvé la bannière en combattant et courant pendant plusieurs heures, poursuivi parla cavalerie ennemie. Nous vîmes aussi un jeune homme de quatorze ans , qui n'avait pas voulu abandonner le général lorscju'il tomba blessé à mort. Le général Xidi lui ordonna de se sauver , mais il se cacha dans un ravin , tua un Egyptien qui passait , et lui prit son mousquet qu'il porte toujours comme trophée. A quelques pas des appartemens était étendu à terre un soldat blessé qui avait fait vainement les plus grands efforts de courage pour enlever et mettre en sûreté le corps du général. Le colonel nourrissait sa douleur par ces tristes souvenirs; en prenant congé de nous, il uous dit « qu'il ne vivait plus que pour venger son frère. »
Parmi ceux qui nous firent bon accueil à Tripolitza , je ne dois pas oublier le prince Démétrius Ypsilantis, qui fut rempli d'égards et de politesse pour nous, comme il l'est, du reste, pour tous les voyageurs qui le visitent. Il est chauve, de petite taille , et d'un extérieur grêle; mais si la nature ne lui a pas donné des formes militaires, j'ai ouï assurer qu'elle lui avait départi un courage à toute épreuve. Il a adopté les manières et les habitudes d'Europe, et parle bien français. 11 a servi autrefois en Pvussie avec le grade de major, et paraît avoir conservé de la sympathie pour cette nation. Après avoir combattu pendant les premières années de la Révolution, pour la liberté de sa patrie, il vit depuis deux ans à Tripolitza, retiré des affaires publiques. Quelles que puissent être ses raisons de mécontentement, Solon ne lui aurait pas pardonné une pa-
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reille neutralilé. En quittant la table qui tlail couverte de mets à la turque , quelqu'un me dit à l'oreille : « Le prince a le palais turc , la tête russe et le cœur grec. »
Le lendemain on annonça que les Roméliotes et les Souliotes qui faisaient partie du camp de Crémidi avaient abandonné l'armée, et étaient venus camper près de Tripolilza. En effet, les chefs de ces troupes, oiFensés de la préférence qu'avait montrée le président , en donnant le commandement à l'Hydriotc Scurti auquel ils attribuaient la honte de leur défaite, et poussés par la faction ennemie du président et de Mavrocordato , ne voulaient plus se battre sous les ordres de Condouriolis , et avaient résolu de retourner dans la Grèce occidentale défendre leurs foyers.
Ayant lu dans l'excellent Recueil des Chants grecs , publié par M. Fauriel , les exploits presque fabuleux de cette race guerrière, jo brûlais d'envie de connaître ces intrépides montagnards, ([ui , plutôt que d'habiter avec les Turcs, « aiment mieux vivre avec les bêtes sauvages dans leurs solitudes et dans le cœur des montagnes *. »
La première personne que je visitai avec le général Roche, fut le général Georgio Caraïscachi , natif de l'Arta. Il habitait une petite maison de chétive apparence près de la porte d'Argos : il était assis sur un taj)is , vêtu de riches habits brodés d'or et d'argent. Au mur était suspendu son mousquet couvert d'arabesques en argent. La chambre était remplie de soldats; une partie
' « Plutôt du loui) partager le repaire Qu'être parqués dans leurs palais impurs. »
SrEKGiiios. f'oyez, page i^'i.