II. G
i( Lecourbe et Moreau ont dit que ce n'était pas une victoire; qu il fallait attendre. Lecourbe, surtout, disait : « Mêlas peut réunir son armée ; le procès n'est « pas encore ju<[é, attendons » ; enfin, dans tous ses discours, on voyait percer sa jalousie (1) . »
Sans s'en douter, Leclerc laissait percer aussi un des mobiles de ces délations : « Je suis persuadé, ajoutait-il, que Moreau ne vous aime pas; sa haine va jusqu'à ne me jamais fournir l'occasion de me distinguer (2) . "
En réalité, Moreau faisait " peu de cas " de Leclerc; Bonaparte lui-même déclarait qu'il n'était « propre à rien (3) » . Mais le Premier Consul sut-il discerner, dans les lettres de Leclerc, l'acrimonie que lui causaient ses déceptions d'ambition et d'amour-propre, ainsi que le désir de faire sa cour à son puissant beau-frére? Observa-t-il que Leclerc ne relatait les opinions de Moreau que par oui-dire, et que, même s'il les avait entendues, son état d'esprit ne lui permettait f^uère de les reproduire fidèlement ? Sans doute, Bonaparte estimait peu Leclerc. Néanmoins, on peut admettre que même s'il fit, dans cette correspondance, la part de l'exagération et de la passion, il n'en resta pas moins défavorablement influencé à l'éffard de Moreau.
(1) Leclerc à Bonaparte, Buch, 20 prairial 'A. II. G.).
(2) Ibid.
(3) Decaen, Mémoires inédits, t. X.