Mss. A. E. Dépêches de Sandoz-Rollin, etc
paraissait imminente. Inquiet, le Directoire prescrivit l'organisation d'un service régulier de courriers avec l'Egypte.
Les ministres des relations extérieures et de la marine furent naturellement chargés de ce soin. Partout où la République avait des agents consulaires dans des ports, où les commerçants se trouvaient en rapport avec les États barbaresques, la Syrie et l'Egypte, des instructions furent données dans ce sens. A Gènes, le consul Belleville reçut Tordre de tenir un aviso oudeux toujours prêts à quitter la rade,
« Le citoyen Mourveau part demain pour l'Egypte, « écrit-il, le 2 pluviôse (21 janvier 1799). »
« Un aviso est parti, ajoute-t-il le H février;... deux « sont prêts... j'ai donné l'ordre d'en acheter six... »
Les dépêches qui suivent roulent sur le même objet.
Dans la dernière, qui est du 13 juillet, et dans laquelle il rend compte de la capture de Vlsis, il prévient le ministre qu'un aviso attend ses ordres pour mettre à la voile.
Or, ce qui a lieu à Gênes, se passe également à Ancône, à Livourne, à Otrante, partout enfin où Ton a des chances de réussite.
A Cadix, à Garthagène, les procédés sont les mêmes. C'est cette voie qu'emploiera Bonaparte pour communiquer avec Menou.
« Faites passer sur le champ des bâtiments en Egypte, « écrit-il à son frère Lucien Bonaparte, alors ambassa- « deur à Madrid, le 1" nivôse, an IX (21 décembre 1800).
« Faites en sorte, ajoute-t-il, que le premier puisse pàr- « Lir huit ou dix jours après la réception du courrier.
<c Le citoyen Clément, officier supérieur de la garde,
« part après demain avec des dépêches, vous ie ferez era « barquer sur ce bâtimcDi.
(c ... II se trouve toujours dans les ports d'Espagne des « bâtiments rugusains, tunisiens, algériens, marocains « qui se chargent de ces expéditions.
« Dans ces envois de bâtiments d'Espagne pour « l'Egypte, le gouvernement a deux objets en vue; l«y « faire passer deux fois par mois des nouvelles d'Europe, i< des fusils, des boulets et des médicaments ; 2° y faire « passer plusieurs gros bâtiments porteurs de vins, « liqueurs, etc
« Quoique l'on agisse du côté de l'Italie en même « temps que du côté de l'Espagne, vous ne devez pas fl moins vous considérer, comme si vous étiez le seul qui « expédiassiez des bâtiments en Egypte.
« ... Servez-vous des corsaires...,, etc. »
Sur les côtes d'Afrique, Beaussier, consul à Tripoli, Devoize à Tunis, Moltedo à Alger, sont employés dans le même but, jusqu'au moment où les Etats barbaresques entrent en lutte avec la République française. A Turin, comme à Tripoli, ces agents utilisent, soit les caravanes, soit les petits bâtiments de commerce.
Beaussîer donnait deux cent cinquante piastres à chacun de ses courriers, pour entreprendre un voyage par terre jusqu'au Caire.
« Vos trois lettres me sont arrivées par la voie de Car- « tbage, écrit Talleyrand à Beaussier, le 12 avril 1799... « Je vous remercie de votre exactitude à me transmettre « les nouvelles que vous recevez d'Egypte, ainsi que « celle avec laquelle vous mandez au général Bonaparte, « tout ce qui lui importe de savoir sur les affaires d'Eu- <c rope. Je vous invite à continuer cette correspondance « autant que votre situation vous le permettra et en com-
272 BONATARTE EN EGYPTE.
« muniquant au citoyen Devoize à Tunis, dans leur entier « les nouvelles que vous pouvez recevoir d'Egypte, aliu « que si vos paquets étaient interceptés, cette perte pût « être réparée par ceux de Tunis *... »
Du reste, cette voie par les États barbaresques est la plus sûre. G*est celle que proposera Talleyrand, le 3 septembre 1799, pour faire parvenir à Bonaparte la fameuse dépêche du Directoire. C'est par celle-là que le général de l'armée d'Egypte avouera avoir reçu des nouvelles de sa famille et des affaires de l'Europe.
Quant au procédé, il était long, impraticable le plus souvent pour des Européens, mais simple. Si le transfert des dépêches se faisait par terre, le courrier descendait à Benghazi ou Dernah , et de là gagnait le Caire par caravane. Si l'opération se tentait par mer, le petit bâtiment nolisé à cet effet, voyageait sous pavillon neutre à destination d'un port quelconque de l'Asie Mineure, louvoyait le long des côtes et profitait de l'absence des croiseurs ançlais pour se jeter dans le port le plus voisin.
Était-il visité, le capitaine en était quitte pour jeter à la mer les dépêches enfermées et scellées dans une enveloppe de plomb.
Or, ce que le gouvernement, ce que Talleyrand, ce que le ministre de la marine exécutaient officiellement ou officieusement, la famille Bonaparte le faisait de son côté dans un intérêt privé. Joseph avait des
amis, des parents à Gênes, àLivourne, en Corse
C'q^t par ces points que lui, Lucien et Louis ont fait parvenir des nouvelles au jeune conquérant.