M. A. E. Consulat de Tripoli, 23 germinal, an VIL
ANNKE 1799. 273
Si l'on ajoute à ces moyens de renseignements ceux fournis indirectement par les prises, les journaux étrangers, les communications des puissances neutres, telles que TEspagne, la Suède, la Prusse, FAmérique, etc. dont les bâtiments sillonnaient les eaux de la Méditerranée et dont les agents consulaires résidaient dans les principaux ports de cette partie de l'Europe , l'on sera en droit de conclure que les rapports, pour n'être ni réguliers, ni officiels, ni complets, ont du moins été suffisants, au point de vue des informations réciproques.
Toutefois, l'énumération de ces difficultés suffit à démontrer qu'il a été moins aisé de faire parvenir des dépêches à Bonaparte que d'en recevoir de lui. Les courriers français ont eu un objectif restreint à atteindre. Ils ne pouvaient choisir le moment d'arrivée. Bonaparte au contraire était à même de profiter de toutes les négligences des croiseurs anglais et des autres circonstances favorables. Ce fait explique comment il a toujours pu faire partir des bâtiments, et comment lui et son frère Louis ont quitté si aisément les côtes d'Egypte.
Du reste, il suffit d'énumérer les courriers, dont les noms nous sont connus, pendant les six derniers mois du séjour de Bonaparte en Egypte, pour se rendre compte de cette diflerence.
Le courrier Thibaut, parti d'Alexandrie le 5 novembre 1798, est parvenu à Ancône le 13 décembre.
Louis Bonaparte, sorti le 7 décembre, n'a pu aborder en Corse qu'en janvier. Il arrivait à Paris, le 11 mars 1799, la veille du jour de la déclaration de guerre à l'Autriche.
La dépèche de Bonaparte du 10 février et publiée
en partie le 15 avril, avait été apportée par le Saint- Jean-Baptiste^. Dans cette missive, le général annonçait son départ pour la Syrie, et ajoutait en chiffres : « Si dans le courant de mars, le rapport du citoyen « Hamelin se confirme et que la France soit en armes a contre les rois, je passerai en France. »
Les derniers courriers officiels abordèrent successivement à Marseille les 25 et 29 septembre. Ils apportaient des nouvelles de la victoire d'Aboukir et les secrètes résolutions du général en chef. L'un monté sur VOsirts avait quitté les côtes d'Afrique, le 29 juillet; le second était parti d'Alexandrie, sur rZfironrfe/fe, le 14 août.
D'autres officiers de marine étaient arrivés dans l'intervalle, l'amiral Perrée, MM. Godfernau et Stendelet, etc., sans compter les nombreux convoyeurs dont nous avons parlé, tous porteurs de nouvelles, de lettres ou de journaux^
Du côté de l'armée d'Égypto, les difficultés ont été plus grandes; elles n'en ont pas moins été surmontées plusieurs fois avec succès.
Le courrier Le Simple, qui avait pris passage sur V Anémone, débarqua sur les côtes d'Egypte, le 17 juillet 1798. Le 9 septembre, il remettait ses dépèches à Bonaparte.
Le citoyen Mourveau arriva avec VOsiris à Rosette, le 22 février.
Les dépêches expédiées de Paris à Brueix, le 26 mai, parvenues en rade de Vado, le 6 juin et envoyées le
1. Mss. A. E. Le courrier parti d'Alexandrie, le 6 mars 1799, avait débarqué à Toulon, le 5 avril.
2. Mss. A. E. — A. M. —A. G. La liste de ces arrivages individuels est trop longue pour être reproduite.
12 juin, rencontrèrent probablement Bonaparte du 15 au 17 juillet. Enfin, le dernier courrier, celui du 20 septembre , dont Vittallis était chargé , retrouvait Bonaparte à Aix, le 10 octobre.
Dans ce nombre, nous ne comptons pas les dépêches officieuses ou isolées, expédiées par les soins des consuls français et espagnols établis le long des côtes italiennes, africaines et espagnoles, et dont M. de Talleyrand fait mention^.
A ce propos, on a beaucoup parlé d'une mission du iBéme genre qu'aurait accomplie à cette date un certain Bourbaki. Ce qui a donné créance à cette hypothèse, ce sont deux lettres de recommandation de Joseph Bonaparte pour cet agent. « Je recommande « à votre bienveillance, écrit Joseph à Talleyrand, «le 1" mai 1802, le citoyen Bourbaki, auquel je « prends le plus vif intérêt. Le premier Consul a pro- « mis de le nommer agent consulaire à Géphalonie. « Le citoyen Bourbaki a été envoyé en Egypte, il y a <t trois ans. Il est plein de zèle et de bonne volonté. » Vingt-sept ans plus tard, le même Joseph, devenu foi, puis comte de Survilliers, écrivait à M. dé* Preste* : « M. Bourbaki, grec de Géphalonie, père du « colonel Bourbaki et de M. Bourbaki qui a été consul cr en Grèce, fut envoyé par moi avec des dépêches « pour le général de Tarmée d'Egypte. Les fils de (( M. Bourbaki m'ont assuré qu'il avait rempli sa mis-
1. Au nombre des tentatives qui sont à notre connaissance et 'qu'on peut citer, il est juste de signaler celles des citoyens Rag-
mey, Gerfbeer, Piveron, de Geouffre, de Ferrie res-Sambœuf, Cordellier, Guys, Dubois-Thain ville, Aimé Lescotte, Lefranc, Coytier, Brack, Hamelin et Livron (arrivés), etc
2. Mss. A. E. 30 août 1829. Le Directoire et l'armée d'Egypte, par M. Boulay de la Meurthe.
270 BONAPARTE EN ÉOYPTE.
« sion. Mon frère ne m^ a jamais donné la même assu- « rance.., » Le doute est en effet permis. M. Bourbakt (Constantin), natif de Géphalonie, est resté à Gorfou jusqu'au moment de la capitulation. Il n'arriva à Ancône qu'en juin. Le 9 juillet, il était à Paris avec ses enfants, puijqu'à cette date il sollicitait un secours^ et le 7 octobre, il renouvelait sa demande. Or, Bonaparte débarque à Fréjus le 9; on ne voit donc pas trop le moment qu'il aurait pu choisir pour accomplir une telle entreprise, cette année-là.
Le fait importe peu d'ailleurs ; ce qu'il fallait seulement bien constater, c'est que du mois de septembre 1798 au mois de juillet 1799, Bonaparte a eu des nouvelles de France, dépêches officielles, lettres privées et journaux.
Un point reste à établir. Bonaparte a-t-il été prévenu de l'intention du gouvernement de le voir revenir en France? Le Directoire a-t-il manifesté ce désir? A quelles époques l'a-t-il mis à exécution ?
Cette fdis encore, la réponse est affirmative. A deux reprises différentes le gouvernement a songé au rappel de Bonaparte et a donné des ordres en conséquence.
Trois jours après la déclaration de guerre à l'An* triche, le 14 mars 1799, l'amiral Brueix avait été
1. La demande de secours était signée par le citoyen Bourbaki.
Le secours fut minime ; il fut de 25 francs. Si le citoyen Bourbaki avait rendu un tel service, il est probable qu'il aurait été payé plus largement. Du reste, le nombre des individus qui se sont présentés pour aller en Egypte et tâcher d'avoir quelques sous par ce moyen, est considérable. Il est donc présumable qu'en passant à Ancône et en arrivant à Pavis, le citoyen Bourbaki s'est présenté pour avoir une mission de ce genre et qu'il aura été employé du temps de Menou.
nommé général en chef de l'armée navale de Brest. 11 n'était nullement question d'aller en Egypte chercher Bonaparte. La dépèche du 24 avril, adressée par le Directoire à Bonaparte, est explicite : « L'ar « mement, à Brest, de vingt-quatre vaisseaux, lui « dit-on , est maintenant presque entièrement ter- « miné.... Le citoyen Brueix, ministre, est parti pour « Brest, afin de s'assurer de nos dernières ressour- « ces et d'en tirer sur le champ parti. Les mouve- « ments du port et de la rade de Brest, inquiétant u l'ennemi et l'Irlande, paraissent être un des points « principaux de sa sollicitude. »
Ce fut seulement six jours plus tard, le 10 avril, au reçu des dépêches officielles de Bonaparte, arrivées le 5, datées de Rosette et annonçant en chiffres son intention de rentrer en France, si les nouvelles militaires transmises par Hamelin et Livron se confirmaient, que Barras proposa à ses collègues de rappeler son ancien complice et de lui confier le commandement de l'armée d'Italie. « Son nom devait « en imposer à l'ennemi et donner plus de confiance « à l'armée française.... Mais, il n'y a eu qu'un « cri, parmi ses collègues, ajoute l'ambassadeur de « Prusse, pour s'y opposer : n'avons-nous pas assez « de généraux qui voudraient usurper l'autorité, sans « avoir besoin de joindre encore celui-là. Le général « Bonaparte est bien où il est et notre plus grand « intérêt politique est de l'y laisser. ^ » Cette belle assurance ne dura pas. Les désastres survenaient coup sur coup. Tout le terrain si glorieusement gagné en Italie avait été perdu. Les élections étaient