‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 129 sur 185 · Mss. A. E. 25 avril · texte numérisé non relu

Mss. A. E. 25 avril

« leur équipement, en déduction des impositions. » Sandoz avait raison; les habiles dispositions du nouveau ministre-, Je général Bernadotte, avaient fait le reste. Hommes, argent, munitions, tout était arrivé à temps. Enfin, rentrée de Dubois-Crancé * au ministère permettait d*espérer des succès plus décisifs encore. Jamais, en effet, officier général n'avait apporté plus de sagacité dans cette grande chose, la dii'ection des armées. C'était bien l'homme de génie, à qui la France avait dû un moment le service obliga^ toire et ce merveilleux mécanisme de la demi-brigade, de la brigade et de la division, mécanisme si simple et si complet, grâce auquel les jeunes généraux de la République avaient su vaincre l'Europe étonnée. Dès le lendemain de son entrée en fonctions, il avait compris les dangers d'une administration compliquée, où chaque chef cherchait à faire de son bureau ou de

1. Mss. A. G. Dubois de Crancé (Edmond-Louis-Alexis), fils de Germain et de Remiette Faguié de Mardeuil, né le 17 octobre 1747 à Charleville.

Admis dans les mousquetaires, 14 avril 1762; réformé avec la compagnie, le 15 décembre 1775 ; député, 5 mai 1789; volontaire dans la garde nationale parisienne (section des Enfants rouges), le 15 novembre 1789; chef de bataillon de la garde nationale, 6 mai 1791 ; capitaine aide de camp du général de Wimpffen, 80" juin 1791; lieutenant-colonel du 4« régiment d'infanterie, le 13 mai 1792; adjudant général lieutenant-colonel à l'armée du Midi, 31 mai 1792; député à la Convention, 21 septembre 1792; président delà Convention, 21 février 1793; général de brigade, 8 mars 1793; membre du Comité de Salut public, 26 mars 1793; à l'armée des Alpes, 19 juillet 1793 ; décrété d'arrestation, le 15 octobre 1793; relâché le 19; général de division, le 21; membre du Comité de Salut public, le 5 décembre 1794; membre de la Commission des Cinq, le 22 octobre 1795 ; aiix Cinq-Cents, 27 octobre 1795; sorti du Corps législatif, le 20 mai 1797; inspecteur général, 15 septembre 1798; ministre de la guerre, le 14 septembre 1799; réformé, le 26 mars 1800; admis à une solde de retraite de 3^958 fr. 33, le 27 avril 1801 ; décédé le 29 juin 1814.

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son arme une sorte de forteresse dans laquelle le voisin n'avait rien à voir, comme si tout ne concourait pas à un but identique et unique.

D'un trait de plume, en quelques phrases d'une merveilleuse lucidité, il avait tracé ces grands principes qui resteront le modèle du genre : division des services en trois grandes sections, personnel, matériel j secrétariat (correspondance générale et cabinet). Tout en effet, quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, revient à Tune de ces trois divisions, une question d'homme ou de chose, c'est-à-dire de personnel ou de matériel, une question de rapport avec les autres administrations.

Pour l'application, c'est-à-dire pour la préparation de la guerre, il la confiait à un comité d'études, placé en dehors du ministère et auquel était annexé le dépôt des cartes et plans. Il voulait même y joindre, comme sous la Convention, le dépôt des cartes de la marine. A ce propos, il prétendait qu'il fallait détruire toutes ces petites chapelles parallèles qui servaient uniquement à former des sinécures, à fournir des logements et à empêcher l'œuvre de l'unité de la guerre.

Mais en décrétant ces mesures simples et logiques, le grand conventionnel ne se doutait guère que c'était son testament qu'il laissait à la France,

Noble testament qui sera son honneur éternel, car l'admirable patriote ne devait sortir du ministère que pour quitter à jamais l'armée^ et d'une façon bien digne du général corse et de son docile acolyte

1. Le 31 décembre 1797, Dubois-Crancé recevait Tavis suivant : « Le citoyen Duboi§-C»anck n'ayant point fait Ja guerre, soit

Berthîer; on le faisait rétrograder, lui, le grand patriote, au rang d'adjudant général, et on renvoyait en cette qualité à l'armée du Rhin. Dubois de Grancé refusa cet excès d'honneur. Il préféra vivre en exil dans son beau et noble département des Ardennes, en attendant que la mort, îa plus belle des morts, vînt l'atteindre, celle d'un homme de cœur, d'un vieillard, succombant à la douleur de voir le pays qu'il avait tant aidé à sauver, envahi par l'étranger triomphant.

Ainsi donc, c'était à l'heure même où la France joyeuse renaissait à l'espérance, où tout semblait sérieusement remis en place, que l'on songeait à renverser l'édifice établi. Triste responsabilité pour ceux qui se sont faits les instigateurs et les auteurs de ce drame I

A son arrivée à Aîx, le 10 octobre 1799, Bonaparte s'était trouvé fort perplexe. Venir en effet d'aussi loin pour faire un coup d'État avec Barras, et à peine débarqué, se voir proposer la même affaire par d'autres, Sieyès et Talleyrand, c'était en vérité un problème difficile à résoudre, aussi difficile que celui de choisir la route pour se rendre à Paris. L'important, c'était d'arriver le plus vite possible, de cacher ses intentions à tout le monde et d'accepter le plus offrant et meilleur enchérisseur. Or, cette politique

« comme général de brigade, soit comme général de division, « reprend le grade d*adjudant général^ qu'il avait avant d'être « nommé député à la Convention nationale ei sera employé « en cette qualité à l'armée du Rhin...»

Le 25 mars il était mis en réforme.

tt Avis au général Dubois de Grancé que le premier Consul Ta admis à jouir du traitement de réforme de général de division, à compter de ce our, épouue de la cessation de son activité. »

était trop dans les habitudes de Bonaparte poar ne pas lui convenir.

Sur Tune des routes, celle de Lyon, il était sûr de rencontrer sa femme et ses amis, c'est-à-dire influence Barras; sur l'autre, au contraire, celle du Bourbonnais, il n'était «xposé à aucune surprise. U la prit. Le 16, il était àParis, où ses frères et Talleyrand le mettaient rapidement au courant de cet imbroglio.

Le soir même, il allait rendre visite au vice-président du Directoire, à Gohier. Le 22, le jour où Lucien était nommé président du Conseil des Cinq-Cents, il y dînait, en compagnie de Sieyès et de Moreau. Pauvre et honnête Gohier 1 On ne peut prononcer son nom sans songer au fameux billet de Joséphine et à la naïve réponse du brave homme, digne pendant de celle dAugereau à madame de Staël le questionnant su les projets de Bonaparte : « C'est un jeune « homme trop bien élevé pour faire une chose « pareille. » La veillé donc de l'aventure, Joséphine, sur l'ordre de son mari, envoyait au président ce doux billet :

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