Mss. A. E., juin
« qui peuvent affaiblir et neutraliser leur génie înfer- « nal. Un des plus efficaces est de les isoler de toutes « les autres classes auxquelles ils cherchent à se coa- « liser. 11 faut pour cela que des journaux bien faits, « que des pamphlets nombreux rejettent sans cesse « sur eux exclusivement tous les malheurs et tous les « crimes de la révolution, la guerre, la famine, le « désordre... que dans toutes les proclamations fu- « tures, quel qu'en soit Tobjet, le roi n'emploie les « expressions d'animadversion et de vengeance que « contre ces scélérats... 11 serait bien essentiel aussi « de pouvoir ouvrir une négociation avec Pichegru « dont l'armée, acquise au roi, réunie à celle du « prince de Gondé et marchant sur Paris, les princes « àla tête, lèverait toutes les difflcultés. Des personnes « qui ont connu Pichegru très particulièrement et qui « ont servi avec lui assurent qu'il est bien plus sincè- « rement royaliste que démocrate. On pourrait faire « sonder ses dispositions avec toutes les précautions « nécessaires par son ancien capitaine, M. Durand, « pour lequel il a conservé le plus grand attache- « ment. Cet officier d'artillerie servait dans l'armée « du prince de Condé. » Un autre ajoutait : « Tallien « est au pinacle. U est maître du champ de bataille. « Lui seul et son parti ont une véritable influence. «... Brottier ne tardera pas à voir madame Tallien et « en rendra bon compte... »
Tel était l'ensemble de cette vaste association du crime, dont l'action s'étendait jusque dans le gouvernement. Mais ce dernier, que faisait-il? Était-il au courant des mobiles de cette agitation voulue? Oui; ses lettres aux agents diplomatiques le prouvent. « Nous sommes instruits, écrit à Barthélémy le Comité
(( de Salut public S que les émigrés et les prêtres <( déportés affectent de répandre qu'ils sont à la veille « de rentrer en France, et qu'ils sont parvenus à « donner de la consistance à cette étrange assertion. « Nous ne pouvons qu'attribuer à ces faux bruits la <( facilité avec laquelle les cantons catholiques « paraissent les tolérer sur leur territoire. .. Nous te « chargeons de déclarer à tous les cantons que les « émigrés, justement couverts de l'exécration et du « mépris de toute l'Europe, ne cesseront jamais d'être <( regardés par la nation française, comme des trai- « très... » Joseph Chénier n'est pas moins explicite dans son rapport* à la Convention : « A quoi boa se « le dissimuler, représentants, vos ennemis existent, « ils sont nombreux, ils lèvent audacieusement la « tête... Vos lâches, vos implacables adversaires, ces « émigrés qui ont traîné de cour en cour, de ville en « ville, la fureur, l'ignominie et le scandale, les émi- « grés, vous dis-je, ne cachent plus leur coupable « espoir; ils se flattent que tout va changer; ils « annoncent leur prochain retour en France; ils « annoncent que leurs amis sont puissants dans la « République... On nous écrit de Suisse que des émi- « grés célèbres, dont le nom ne doit pas être pro- « nonce à cette tribune, ont osé rentrer sur le terri- « toire français... Les religions sont des domaines de « la conscience; mais lorsque une opinion religieuse « devient un prétexte pour violer la loi, ce n'est pas « l'opinion religieuse que le législateur doit punir,
1. Dépèche du 3 nivôse, an III (23 décembre 1794). Signé : Cambacérès, Richard, Boissy, Merlin de Douai, Delmas, Guy ton. Mss. À. E.