‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 134 sur 185 · BONAPARTE A SAINTE-HÉLÈNE · texte numérisé non relu

BONAPARTE A SAINTE-HÉLÈNE

dans toute son étendue, et je « satisfais à ma conviction et à l'impulsion de mon cœur^. »

Jérôme voyait juste ; mais il n'est pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. Jérôme en fut pour sa lettre. La folie, dont était atteint son frère Napoléon, ne pouvait plus avoir qu'une solution : la ruine de la "France.

En 1821,1e prince habitait Trieste.Il venait de rentrer dans quelques fonds laissés à Paris. Sa femme, (( la princesse Frédérique-Catherine-Sophie-Dorothée, « née princesse royale de Wurtemberg » adressait réclamation sur réclamation à M. le vicomte de Montmorency « pour obtenir le payement d'une rente « annuelle de cent vingt mille francs avec les arré- « rages depuis 1814, et une habitation convenable à « son rang. »

Sa sœur Èlha^ l'ambitieuse Élisa, Tex-demoiselle de Saint-Gyr, devenue la Sémiramis de Lucques, puis la grande-duchesse de Toscane n'avait pu résister à tant de secousses. Après une existence tant soit peu accidentée, la nouvelle comtesse de Gampignano était allée mourir, des suites d'une fièvre nerveuse, au château de Santo-Andréa , près de Trieste, le 7 août 1820».

Quanta son « bonace» mari, « lo joueur de violon », Paschal Bacciochi ^, il s'était retiré à Trieste d'où il accablait le monde de ses plates sollicitations.

« Monsieur le baron, écrivait le comte de Gampignano au baron de Damas, le 1" juillet 1821 :

1. Lettre de Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, à l'Empereur. — Cassel, 5 décembre 1811. Mss. A. E.

« Dépossédé de la principauté de Lucques après les « événements de 1814, je m'étais retiré à Bologne « avec ma femme et mes enfants. Nous en fûmes « enlevés par le gouvernement autrichien en 1815, u contre le droit des gens, transférés en Moravie et « par suite obligés de nous fixer à Trieste où j'ai eu « la douleur de perdre ma femme dans le cours de « Tannée dernière.

« Nous n'avons jamais cessé de regarder Bologne « comme le lieu de notre domicile de choix. Mais M. le « Prince de Mettcrnich ayant plusieurs fois répondu « à nos réclamations que la mesure qui nous retenait « en Autriche était commune aux cours alliées, j'ai « profité de la réunion de leurs plénipotentiaires à « Laybach pour demander la liberté de retourner « dans les États du Saint-Père

Le prince ajoutait :

« Si le gouvernement royal désirait enfin une ga- « rantie irrécusable, je ne craindrais pas de lui ofl*rir « celle de S. E. M. le comte Pozzo di Borgo, mon « compatriote et mon ancien ami. Il m'a donné depuis « peu des preuves si touchantes de l'intérêt que ma « position lui a inspiré, que je ne doute pas qu'il ne « me prête encore son appui près de la cour de France. « La haute confiance dont il est investi ne laisserait « plus d'inquiétude à Votre Excellence ni aux autres « ministres dépositaires de l'autorité royale sur les « principes qui dirigeraient ma conduite à venir comme « ils ont réglé toutes mes actions pendant près de soixante <( ans d'une vie sans reproches.

« Agréez, je vous prie, monsieur le baron, Tassu- « rance de ma haute considération. »

Pauvre Bacciochi ! Lucien l'avait bien jugé. N'était-

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ce pas sur lui qu'on avait fait les vers suivants, à propos de son changement de prénom, lors de son arrivée aux grandeurs?

ft Quando eri Felici, eravamo Pasqtmliy •

« Adesso che sei retornato Pasquali, saremo Felici. »

Marie- Pauline, la belle petite Paulette de Marseille, l'amie de Fréron, l'épouse de Leclerc, devenue la princesse Borghèse, la favorite de Napoléon, habitait auprès de sa mère. Toujours en quête de distractions, elle succombait aux atteintes du mal qu'elle avait contracté autrefois ^ Pour le prince de Sulmone, fait prince français, gouverneur général du Piémont et grand dignitaire de l'Empire, il n'avait rien eu de plus pressé, aussitôt après la catastrophe, que de répudier sa femme et de cesser toute relation avec la famille Bonaparte.

Caroline, la petite Caroline de la Maison-Carrée, celle qu'affectionnait si fort Talleyrand, l'ex-reine de Naples, actuellement la veuve du fusillé du Pizzo, s'était retirée avec ses enfants, au château de Haimbourg, près de Vienne ^

Pour Joséphine, elle s'était éteinte au lendemain de l'invasion, toujours coquette, même sur son lit de mort, souriant aux princes alliés, comme elle avait souri aux talons rouges des salons du comte d'Artois, aux amis politiques du citoyen Beauharnais, aux incroyables de Barras et de Tallien, aux officiers de l'armée d'Italie, aux émigrés devenus les courtisans

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