‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 37 sur 185 · I. Mss. Archives étrangères · texte numérisé non relu

I. Mss. Archives étrangères

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(c arme sont fort rares. Au reste, disait-il, ils sont « rares partout et si je prends jamais ce parti-là , « j'espère que vous entendre* parler de moi. J'en « reviendrai dans quelques années en riche nabab et « vous apporterai de bonnes dots pour mes trois i( sœurs.

« Il n'y a pas encore longtemps ^ que Marianne* « Élisa me rappelait ce projet de notre grand frère^ » aujourd'hui grand nabab de presque tous les na« « babs d'Europe, qu'il a bien le projet arrêté et déjà « commencé de détrôner tous pour faire régner ses a frères, en me comptant ou sans me compter, si je « le veux bien, afin que sa dynastie devienne comme A il le dit, la plus ancienne d'Europe. 11 est vrai que « ce projet-là peut le mener loin et malheureusement « la France avec lui.

«... Maman dit qu'elle était fâchée que Napoléon tt parlât si souvent de ce projet de l'Inde, parce qu'il « était capable de l'exécuter dans un moment d'hu* « meur contre le gouvernement, s'il ne l'avançait paé « bientôt en grade, qu'elle en serait fort affligée parce « qu'elle savait que tous les Européens , s'ils ne meurent M pas sous le climat des Grandes Indes, y perdent n à jamais leur santé ; qu'elle ne se souciait pas de « voir, à ce prix, un de ses fils revenir nabab; que « la santé est préférable à toutes les richesses du « monde, etc.

« Ma chère mère, dit Joseph, ne craignez donc pas « que Napoléon en vienne là. Il me semble qu'il serait « bien difûcile s'il n'était pas content d'avoir été « fait capitaine à vingt-deux ans. N'est-ce pas la

l. Ce récit a été écrit par Lucien en 1806.

« meilleure preuve qu'on lui reconnaît un mérite peu « ordinaire à cet âge-là? »

w Ah! que vous êtes bons, interrompit Napoléon en « haussant les épaules, si vous croyez que cet avance- « ment rapide, j'en conviens, soit dû au mérite que « j'ai ou que je n'ai pas. Je suis capitaine, vous le savez « aussi bien que moi, parce que tous les officiers supé- « rieurs du régiment de la Fère sont à Goblentz, A « présent vous verrez combien de temps on me lais- « sera capitaine...

« ... Je me suis demandé quelquefois, ajoute Lu- « cien, ce que Napoléon aurait fait dans Tlnde, s'il « avait pris service pour les Anglais, ou même contre « eux, car il a aussi touché cette corde-là. Quoi qu'il « en soit, l'événement a prouvé qu'il était habile à se « frayer un chemin. »

L'histoire est curieuse ; mais ce qu'oublie le narrateur, Lucien, c'est que lui-même cette année-là avait eu cette velléité d'aller en Orient. Son desideratum toutefois se bornait à Gonstantinople. Le 20 juin 1793, en effet, maître Lucien écrivait de Toulon au Comité de Salut public : « Citoyens représentants, j'ai pris « la liberté, il y a quelques jours, de vous adresser « un mémoire en p^évoyantles malheurs qui mena- « çaient ma patrie et l'impossibilité pour moi d'y « retourner , je vous demandais une réponse qui pût me « servir de passeport pour aller à Gonstantinople « rejoindre l'ambassadeur Sémonville. . .Pourriez-vous « ne pas être justes? Pourriez-vous fermer l'oreille à « la voix du civisme malheureux.

« Je renouvelle auprès de vous mes instances, « citoyens représentants, pour recevoir de vous une « réponse qui puisse me servir de passeport et d'au-

« torisatîon à rambassadeurSémonYiIle'pourm*am* « ployer selon mes connoàsances dans les vastes « domaines de Fempire ottoman. Je sollicite de vous « ce piot parce qu'il est de votre justice de le dire.

« Cette idée me rassure; elle fixe mon espoir... « pouroit-éile me tromper?... »

Cette tendance de la famille Bonaparte à se tourner vers rOrient et le Midi a quelque chose de fatidique. Pour le moment, elle n'avait rien que de très naturel. A Paris, on s'entretenait fort, dans les sphères gouvernementales, de l'alliance turque etdes avantages d'une diversion du côté de l'Autriche, de la Russie et même des Indes.

« Dites au Comité de Salut public que je sjîs sin- « cèrement attaché à la République française, répète tait le fameux pacha de Janina' à notre chargé « d'affaires, le citoyen Hénin. J'ai toujours aimé la « France, sous l'ancien comme sous le nouveau gou- « vernement. Ce n'est pas l'amitié d'un jour ; elle tt existe depuis seize ans. J'en ai donné des preuves « à la nation. Je suis français enfin et les Français « peuvent compter sur ma foi. Je le jure sur ma foi'. » A Gonstantinople , la Sublime Porte ne se montrait pas moins bien disposée à l'égard de la République. Les rapports entre les deux gouvernements étaient des plus cordiaux. Un fait le prouvera.

1. Sémonville (Charles-Louis Huguet, marquis de), né à Paris le 9 mars 1759, mort le 11 août 1^39 ; en 1791 à Gênes, en avril 1792 envoyé à Gonstantinople ; fait prisonnier, le 25 juillet 1793; sénateur, comte de l'Empire, 1808; pair de France en 1814, marquis en 1819. Il était marié à la veuve du comte de Montholon, née de Rostaing.

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