‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 46 sur 185 · Mss. Archives étrangèrei · texte numérisé non relu

Mss. Archives étrangèrei

entendre; il en était toujours au programme de Louis XIV : tout ou rien,

«.. Français, il faut, dîsait-il dans sa proclamation du « mois d'août, rétablir ce gouvernement qui fît pendant « quatorze siècles, la gloire de la France et les délices [sic) « des Français, qui avait fait de notre patrie le plus flo- « rissant des royaumes, et de vous-mêmes le plus heu- « reux des peuples. Ce gouvernement, nous voulons vous « le rendre.

«... En composant de trois ordres distincts le corps du <( peuple français, la monarchie a gradué sur une exacte « mesure Téchelle de la subordination, sans laquelle <( l'état social ne peut se maluteoir...

((... Elle met les lois fondamentales, sous la sauvegarde « du roi et des trois ordres, afin de prévenir les révoi< lutions... »

Cette étrange déclaration qui n'était qu'une paraphrase du fameux manifeste du duc de Brunswick^ c'est-à-dire une menace pour tous, était signée :

De notre règne le premier.

Louis.

par le roi :

le baron de Flachslanden.

Du reste, le comte de Provence et son entourage comptaient si bieii sur la réussite de la conspiration, que le premier écrivait le 2 août à sa femme : « ... Ac- « tuellement, vous devez vous attendre à recevoir « 36,000 demandes sur toutes sortes de sujets; il « faudra faire comme moi et dire nettement que vous « ne voulez ni accorder de grâce ni même prendre « des engagements, que loj^sque nous serons en France.

ANNIÊE 1795. «3

« Cela est raisonnable et c'est le moyen de couper « court à toutes les importunités.

« ... Voilà enfin, à ce que j*espère, mon frère lancé & dans la carrière, et j'espère aussi que tout ira bien « de ce côté^,.. »

En attendant l'événement, il soigne sa santé :

« •.. Je me suis avisé ces jours passés, écrit-ii le 16 « à sa femme, de tousser parce que j'ai eu mal à la « gorge ; mais ce qu'il y a d'admirable, c'est que ce « rhume a pa^sé sans fièvre, il est vrai qu'il venait de « chaleur et qu'à force de mettre mes pieds dans « l'eau, de prendre des lavements et de boire de la « limonade, je l'ai assez rondement expédié...

« Adieu, ma chère amie, je suis aussi iaaa^' que « vous pouvez l'être, mais quelque bacias que vous « puissiez être, je voudrais bien vous voir... »

Sur quel fondement reposait donc cette espérance royale si nettement exprimée? Y avait-il quelque conspiration nouvelle en préparation?

Dès les premiers mois de l'année, la Convention avait compris la nécessité de mettre fin à son mandat. La Constitution de 1791 avait eu pour but de désarmer le pouvoir royal, celle de 1793, d'établir la suprématie de la démocratie pure. Préparer les lois organiques de celle-ci, il ne fallait plus l'espérer. Les événements du 9 thermidor avaient modifié trop profondément l'état des choses pour permettre un retour au passé. La commission nommée, le 21 avril, dut le reconnaître. En réalité ce qu'on souhaitait, c'était une Constitution entièrement nouvelle. Le

Page 1