‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 47 sur 185 · Mss. Cabinet du roi · texte numérisé non relu

Mss. Cabinet du roi

3. Bacias, vient probablement du mot espap^nol Bacia qu signifie crrwx*, vidé*

6 mai, une seconde commission fut chargée de la préparera Le 23 juin, Boissy d'Anglas la présentait. Le 22 août, la Convention la votait, et le 30, elle en décrétait le règlement.

Quelle était cette Constitution? qu'était le gouvernement?

Deux Chambres et un pouvoir exécutif en composaient la charpente principale. Les deux Assemblées ou Conseils étaient nommées par un suffrage à deux degrés. Ils avaient la même durée et différaient uniquement par les fonctions et par les conditions d'âge pour l'admission.

Le Conseil des Cinq- Cents siégeait au palais Bourbon. Jl avait l'initiative et l'exécution des lois. Il fallait avoir trente ans accomplis pour en faire partie.

Le Conseil des Anciens ne comprenait que deux cent cinquante membres et tenait ses séances au palais des Tuileries. Il acceptait ou rejetait les lois votées par l'autre Conseil. On ne pouvait être éligible qu'à quarante ans.

« Le pouvoir exécutif devait être dévolu à un Directoire composé de cinq membres. Les Directeurs avaient la disposition de la force armée et des finances, nommaient les fonctionnaires et conduisaient les négociations avec les puissances étrangères. Ils n'avaient de rapports avec les Conseils que par l'intermédiaire de six ministres responsables, destinés à remplacer les douze commissions executives du Comité de Salut public. »

1. La Commission était composée de : Lesage, Daunou, Boissy d'Anglas, Crouzé-Latouche, Berlier, Louvet, La Réveillère-Lepeaax, Lanjuinais, Durand-Maillane, Baudin et Thibaudeau,

Le Directoire se renouvelait par le remplacement annuel de Tun de ses membres.

Le droit de déclaration de guerre appartenait au Corps législatif sur la proposition formelle et nécessaire du pouvoir exécutif. Le décret était rendu par les deux Chambres, réunies en Comité général. Que valait cette Constitution?

« A cette savante et gigantesque machine de « Sieyès, a dit Lanfrey, il ne manquait que le mouve- « ment. C'était le chef-d'œuvre de l'inutilité trans- « cendante et le triomphe de l'apparence. A force de « diviser et de subdiviser l'action et la volonté, on la « supprimait. » La critique était juste. Elle était incomplète.

La machine, bonne en elle-même, ne se trouvait pas à sa place. Elle s'imposait trop tôt. Dès lors que la paix n'était pas conclue, que les partis n'avaient pas désarmé, que l'œuvre de réorganisation n'était pas achevée, le pouvoir n'avait pas le droit de s'affaiblir. A tout prendre, on était encore en période révolutionnaire. La guerre était partout. Dans de telles conditions, l'unité de direction était nécessaire, tellement nécessaire qu'après une expérience de quelques années, cette unité devait passer des mains de la Convention dans celles de celui-là même que le destin tenait en réserve pour présider à la consCTvation des derniers jours de la grande Assemblée.

Celle-ci toutefois eut le sentiment du danger immédiat qui la menaçait. Elle se rappela à temps les inconvénients des Chambres trop nouvelles et décida le renouvellement par tiers.

Le coup était droit. Il porta. C'était en effet sur ce

changement de pouvoir, sur le vote des assemblées primaires et sur la combinaison d'une attaque générale à l'extérieur et à l'intérieur que la petite cour de Vérone fondait ses espérances.

A Paris, grâce à l'insouciance du commandement et aux affaires de prairial, les sections s'étaient peu à peu reconstituées. On avait éliminé de leurs rangs la partie ouvrière delà population, tous ceux enfin dont les attaches au parti patriote pouvaient gêner la conspiration royaliste.

C'était le !•' vendémiaire an IV (22 septembre) que la Constitution avait été proclamée. Le 2, les sections nommaient une assemblée centrale de résistance, qui se réunissait à l'Odéon. Le 10, le comte d'Artois débarquait à l'île Dieu. Le même jour, la section Le Pelletier lançait son appel à l'insurrection, pendant que Pichegru achevait les préparatifs de sa trahison. En province enfin, les violences s'accentuaient de toutes parts afin d'empêcher les patriotes de se rendre aux salles de vote.

« A Marseille, dit Chénier, à Tarascon, à Aix, à « Nîmes ,etc., on luttait de crimes avec les assassins « de Lyon. La fureur des royalistes ne s'arrêtait plus. « Elle souillait Saint-Étienne, Montbrison, Bourg, « Lons-le-Saulnier. Elle pénétrait jusque dans le « centre de la France et jusqu'aux portes de Paris. » « Les Jehistes, dit Nodier, se livraient leur proie « par échange d'un département à l'autre avec la ré- « gularité du commerce, et jamais une de ces traites (( barbares qui se payaient en têtes d'hommes ne fut « protesté* à l'échéance. »

Quant à la Convention, elle se montrait hésitante en présence de ce mouvement général si savamment

préparé par une presse soldée* et par les comités royalistes. « Elle craignait moins, dit Thibaudeau, « les révolutionnaires blancs que les Jacobins. »

De tout cela Bonaparte se préoccupait peu* Du moins ses lettres à Joseph, celles que nous connaissons, en font foi. « Tout est assez tranquille, écrit-il, (c le 1" août. Le peaple de Paris en masse est bon. ce Quelques jeunes gens youdraient pousser plus loin « la réaction, mais cela n'est pas dangereux. » Le 1" septembre, même appréciation : « Il y a ici comme « partout un peu de mouvement dans les têtes, à M cause du renouvellement de la Convention; les « royalistes s'agitent; nous verrons comme cela tour^ « nera. »

Il ajoute, le 8 septembre : « Quelques sections de « Paris sont agitées par l'esprit insurrectionnel; ce « sont quelques aristocrates qui voudraient profiter Cl de l'état d'affaissement où l'on a tenu les patriotes « pour les expulser et arborer la révolution ; mais les a vrais patriotes, la Convention en masse, les armées « sont là pour défendre la patrie et la liberté. « Cela n'aura aucune suite, » puis, le 26 : « Il y a « beaucoup de chaleur dans les têtes; le moment « paraît critique, mais le génie de la liberté n'aban- « donne jamais ses défenseurs. Toutes nos armées « triomphent. »

La situation était, en effet, des plus critiques à l'intérieur, et c'était cette situation même dont

1. Les journaux royalistes qui attaquaient le gouvernement étaient alors : le Courrier républicain, le Bulletin républicain, le Messager du soir, le Cowrier universel, la Gazette universelle, la Quotidienne, le Postillon des armées. Les groupes hostiles so réunissaient habituellement au Palais-Royal, au théâtre Feydeau et chez Gaschy, rue de la Loi.

Bonaparte allait si habilement et si heureusement profiter.

Au reçu de l'avis de son renvoi de l'armée, il avait couru chez ses protecteurs habituels, Barras, Tallien et Fréron. On causait alors beaucoup chez Barras, dans son petit hôtel de la rue de Ghaillot. On s'y montrait même fort préoccupé des suites de la crise. C'était nuit et jour un va-et-vient de représentants, à la recherche du mot d'ordre, pour la ligne de conduite à tenir, en vue des incidents qui pouvaient surgir.

Que se passa-t-il entre Bonaparte et son ami? Il est probable qu'ils ne perdirent pas de temps en pourparlers. Ils étaient de force à se comprendre et à s'entendre à demi-mot. Leurs intérêts étaient les mêmes. Les faits allaient le prouver.

Tout d'abord, Bonaparte réclama comme unique faveur, celle d'être maintenu sur l'état de proposition pour la mission de Constantinople. C'était un moyen d'attendre et de se rattacher encore à l'armée par une voie indirecte. Il partait ; n'était-ce pas tout ce que pouvaient demander ses ennemis? « Il est question « plus que jamais de mon voyage, écrit-il à Joseph, « le 26 septembre. Cela serait même décidé, s'il n'y « avait pas tant de fermentation ici; mais il y a dans « ce moment quelques bouillonnements et des germes «♦très incendiaires. Cela finira sous peu de jours. J'ai « reçu les pièces de Villeneuve. Il ne peut espérer « davantage que d'être capitaine. Ce ne sera qu'avec « beaucoup de faveur que je le ferai comprendre « pour cette mission en cette qualité, mais le prin- « cipal est de servir et d'être utile... Lucien est en « route pour venir ici ; si j'y suis encore, je verrai à

a lui être utile. » Le 29, en effets Daunou et Cambacérès, alors membres du Comité de Salut public, écrivaient à la commission de Torganisation et du mouvement des armées de terre (section de Tartillerie et du génie) : « Il est question, citoyens, d'autoriser « le général de brigade Buonaparte à passer en Tur- « quie pour y prendre du service comme officier « d'artillerie dans les troupes du Grand Seigneur.

« Il n'y a nulle difficulté sur ce point ; mais ce qui « peut mériter quelque examen, c'est la demande « que fait le général Buonaparte de la permission « d'emmener avec lui les chefs de bataillon d'artil- « lerie Songis et Roland, les capitaines d'artillerie i< Marmont, Aguettaud, Biaise de Villeneuve et « Bourgeois et les sergents-majors Moissonnet et « Scheined. Vous voudrez bien nous faire connaître « votre opinion sur cette demande '. » ..

Mais la crise s'accentuait chaque jour davantage. Les nouvelles étaient mauvaises. Le 11 vendémiaire le gouvernement apprenait l'arrivée d'une flotte anglaise en vue des côtes de France et le débarquement du comte d'Artois à la tête d'un corps nombreux d'émigrés, auxquels s'étaient joints les chasseurs d'York et deux mille fantassins anglais, commandés par lord Moyre. En province, l'agitation était extrême. Charette et Stofflet reprenaient les armes. A Paris, les sections réorganisées se trouvîdent sous les ordres de chefs royalistes, tels que Danican*, Duhoux d'Haute-

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