‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 50 sur 185 · Mémoires de Las Cases · texte numérisé non relu

Mémoires de Las Cases

« la main de Tétranger. Ainsi, la défaite de la Con- « vetition ceindrait le front de l'étranger et scellerait c( la honte et Tesclavage de la patrie... »

Évidemment, Napoléon cherche à plaider les circonstances atténuantes, pour expliquer les contradictions de sa conduite. Le fait n'en subsiste pas moins. La légende n'a pu donner le change, pas plus qu^elle n'a pu faire admettre que, sur ses ordres, Murât avait quitté Paris à deux heures du matin pour aller chercher l'artillerie aux Sablons. A cette heure-là, en effet, Bonaparte n'avait encore aucune fonction. Il attendait dans les couloirs de l'Assemblée le décret appelant Barras au commandement effectif des troupes. Or, ce ne fut qu'après une séance de nuit des plus orageuses et à la suite du compte rendu de l'insuccès de Menou, que sur la proposition de Bentabole. Barras fut nommé au commandement en chef de l'armée de Paris et de l'armée de l'intérieur^. Il était quatre heures et demie du matin. A cinq heures seulement, Bonaparte recevait de Barras l'avis de sa commission, 11 )ui fut donc impossible de faire arriver à deux heures du matin l'artillerie des Sablons. L'ordre de rejoindre venait du général Durtubie et non de lui.

Les événements du 13 vendémiaire sont connus. La nomination de Barras et de Bonaparte, ainsi que l'attitude nettement dessinée de la majorité de la Convention avaient suffi pour écarter tout danger.

1. Moniteur du 4, w* 15. — « Le général de brigade Barras, « représentant du peuple, est nommé général en chef de la force « armée de Paris et de l'armée de l'intérieur.

« Toutes les autorités civiles et militaires sont tenues de lui « obéir. Les représentants du peuple Delmas, Goupilleau et La- « porte lui sont adjoints. »

« Après avoir épuisé tous les moyens paternels pour « éclairer les esprits et ramener les hommes égarés, « lisait-on dans la proclamation du gouvernement, la « Convention nationale est enfin résolue de faire finir « une lutte scandaleuse entre la volonté du peuple « français et l'opposition d'une poignée de conjurés « royalistes... » Le soir même, après une résistance que quelques coups de canon suffirent à briser, la tranquillité régnait dans Paris. Le lendemain, trois commissions militaires étaient constituées pour juger les coupables.

Les centres de réunion des sections dissidentes étaient fermés, la garde nationale reconstituée sur dQ nouvelles bases.

En province, Tordre se rétablit aussi vite; Stofflet et Gharette payèrent de leur vie leur nouvelle entreprise, et le 18, le comte d'Artois était prudemment retourné en Angleterre.

Quant à Barras et Fréron,ils s'étaient empressés de payer à Bonaparte leur dette de reconnaissance. « N'oubliez pas, dit en séance le représentant Fré- « ron ^ , n'oubliez pas que le général Bonaparte nommé « dans la nuit du 12 vendémiaire pour remplacer « Menou, eiqmh'a eu que la matinée du 13 pour faire « les dispositions savantes dont vous avez vu les heu- « reux çfiets, avait été retiré de son arme pour le « faire entrer dans l'infanterie.

« Fondateurs de la République, tarderez-vous plus « longtemps à réparer les torts qu'en votre nom on « fait essuyer à un grand nombre de ses défenseurs I >>

Barras, ajouta de son côté : « J'appellerai Tatten-

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