‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 74 sur 185 · lïss. A. E. Rapport de M. le comte d^Antraigues · texte numérisé non relu

lïss. A. E. Rapport de M. le comte d^Antraigues

« pline est sévère, exacte ; les punitions très rigoureuses ; i( la subordination établie avec excès même, tant est « grande la distance de Tofficier au soldat dès qu'il « s'agit du service. Tout ce que ton dit de la familia- « rite du soldat avec V officier nest pas vrai,,,.. Hors « du service, le soldat parle très librement de ses « officiers.

(( Généralement le soldat français murmure, est « mécontent. Il taxe Bonaparte d'être un voleur, un « coquin. Mais ce même soldat lui obéira aveuglé- « ment demain : 1<» parce qu'il estime sa bravoure « personnelle, 2' qu'il le croit très habile général et « qu'il sait qu'avec lui la peine de la négligence ou « de la trahison est la même et qu'il faut périr ou « obéir.

« Ainsi, tout en l'insultant, il ne trouverait pas bon « qu'on l'insultât. Il veut bien le maudire, non pas le a laisser maudire. Puis M. Bonaparte leur a inspiré (( un mépris si profond pour leurs ennemis que ce c( mépris double leur courage.

« ...Les officiers peuvent se diviser en officiers « généraux et supérieurs et en officiers subalternes. (( Les premiers forment deux factions dans l'armée, « celJe des amis et des ennemis du général. Les « seconds n'ont point d'opinion que celle de leurs « chefs.

« Parmi les premiers, ceux qui sont dévoués à « Bonaparte sont Berthier, qu'il appelle avec raison « son bras droit. C'est le chef de l'état-major; c'est « le plus grand travailleur de l'armée et qui a autant c< de sang-froid que Bonaparte a de fureur et de viva- « cité ;* celui-là ne le quitte jamais. Viennent ensuite (( Masséna,Augereau, Victor, Rusca, Leclerc, Dumas.

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« Ces gens-là sont dévoués à Bonaparte ; mais le « seul qui connaisse tous les secrets, tous les replis « de cette âme sombre, c'est Berthier. Ses ennemis « sont Kilmaine, Bernadotte, YignoUe, Sérurier. »

En un mot, troupes rompues à la fatigue, personnel entraîné et dévoué, tel était l'instrument que le nouveau général avait entre les mains. A tout prendre, il était incomparablement supérieur à celui dont disposaient ses adversaires. Dans celui-là, en effet, les chefs sont usés, sinon incapables ; les rivalités de cour, de rang, constantes, et le mécontentement des soldats et des souà-ofQciers jaloux des droits et des succès de leurs camarades français, extrême.

Sur ce point encore, l'opinion adverse est intéressante à connaître : « Le général Alvinzi, écrit l'abbé de Pons au prétendant \ se déshonore en c( Italie. Il a bien de la peine à se garantir des

« soupçons de trahison Ses dernières défaites sont

« inconcevables » A propos de la valeur des

troupes du pape, il ajoutait le 4 mars : « Il est

« certain que M. le général GoUi, avec d'aussi mau- « vaises troupes que celles dont il avait le comman- « dément, était hors d'état d'opposer la moindre « résistance et d'arrêter les Français dans les gorges « et les défilés les plus aisés à défendre. Un colonel « au service de l'ETrapereur, qui avait été chargé de « visiter certains postes et qui avait été à Viterbe, « Aquapendente, Radicofani et Perugia, me mandait « à son retour à Rome, qu'il venait de faire une « course digne de Don Quichotte, que tout ce qu'il « avait vu était une vraie comédie et que j'aurais de

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