‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 84 sur 185 · Mss. A. E. 4 mars · texte numérisé non relu

Mss. A. E. 4 mars

30 avril! 79 7,

Bonaparte au Directoire,

«... Je sais que le seul parti « qu'on puisse prendre est do « détruire ce gouvernement fé- (( roce et sanguinaire... )>

27 mai 1797.

Bonaparte au Directoire,

(( Nous avons eu aujourd'hui (( avec M. de Gaibo la pre- « raière conférence sur le traité « de paix définitif. Nous noua

« rang auquel l'appellent sa na-

« lure, sa position et le des-

« tin... Venise est la seule }}opU'

« iûtion digne de la liberté, »

c< sommes résumes et nous (( sommes convenus d*écrirc « réciproquement pour prfscn- « 1er le projet suivant :

« Pour rilalie : Venise à l'Em- « perenr. » Bonaparte ajoutait :

« Venise,' qui va en déca- « dence depuis la découverte c< du cap de Donne -Espérance « et la naissance de Triestc et « d*Âncône, peut difficilement « survivre aux coups que nous « venons de lui porter.

(t Population inepte, lâche ^ « nullement faite pour la li- « berté^ sans terre, sous eaux, c( il parait naturel qu'elle soit c( laissée à ceux à qui nous « donnons le continent.

« Nous prendrons tous les « vaisseaux, nous dépouillerons « l'arsenal, nous enlèverons « tous les canons, nous détrui- « rons la banque, nous garde- « rons Gorfou et Ancône pour « nous. ))

Et à quelque temps de là, quand, à Tannonce de la remise prochaine de la noble et malheureuse cité aux Autrichiens, le représentant de la France, le jeune Villetard, républicain sincère et naïf, écrivait indigné à Bonaparte : « ... Huit ans de révolution ne les ont « point encore formés au malheur, et ils gémissent; « ne les ont point mûris au machiavélisme et ils blas- « phèment ; ne les ont point corrompus à Teffronterie « politique et ils n'osent se plaindre... » ce dernier se contenta de répondre qu'il ne comprenait rien à ces scrupules et que tout ce qui arrivait était la « SUITE d'un grand PLAN ; que les Vénitiens étaient « un peuple lâche, corrompu, indigne de la liberté,

« comme tous les Italiens; que les patriotes n'étaient « qu'une poignée de bavards et de fous, qui voulaient « la République universelle... »

Les résultats de cette politique sans nom, on les connaît. Deux ans après, lltalie, cette alliée naturelle de la France, accueillait en libérateurs ses ennemis de la veille, comme soixante-dix ans plus tard, à la suite d'un acte semblable de félonie, commis par un descendant de cette dynastie néfaste, elle devenait l'alliée de la Prusse, et rentrait, grâce à celle-ci, en possession de cette glorieuse province, qu'on appelle la Vénétie. Tout se paye ici-bas, les fautes politiques comme les autres. Le dix-huit fructidor venait d'en être la preuve manifeste.

Le dix-huit fructidor, — Barras a fait le 13 vendémiaire avec Bonaparte; Bonaparte a fait faire le 18 fructidor avec Barras, en attendant qu'il fasse luimême le 18 brumaire, sans Barras.

Pour l'apprenti conspirateur d'Ajaccio, le 18 fructidor est un coup d'essai, une sorte de sondage politique. C'est une étape dans la voie du crime.

Cinq individus ont mené toute la conjuration'ou du moins l'ont fait aboutir : Bonaparte, Barras, le comte d'Antraigues,Lavalette et Augereau.

Les défectuosités de la Constitution de l'an III n'avaient pas tardé à produire leurs tristes résultats. Cette machine compliquée, à peine possible en temps de paix, impraticable en temps de guerre, craquait de toutes parts. Les élections de l'an V avaient été mauvaises pour le gouvernement et l'entrée de Barthélémy au Directoire, en remplacement de Letourneur, un désastre.

ANNÉB 1797. 179

Dans les Conseils, le parti clichyen, c'est-à-dire le parti royaliste, avait réussi à composer les bureaux avec ses créatures. Pichegru, le général vendu à l'émigration, avait été nommé président des Cinq- Cents, Barbé-Marbois aux Anciens et avec lui, comme secrétaires, Vaublanc, Henri Larivière, Siméon^ et Parisot. Partout, il en était de même. Les royalistes peuplaient les administrations; les émigrés rentraient en foule et se regardaient déjà comme les maîtres. Mais ce qui rendait cette ingérence particulièrement dangereuse, c'était la complicité de l'étranger. La découverte d'une partie des papiers de l'agence royale de Paris et le jugement de ses principaux membres, Duverne de Preslé, Frédéric Poli, Charies Brottier et de la Villeheumois* ne laissaient sur ce point place à aucune ambiguïté pour le gouvernement.

L'avertissement fut nul, paraît-il, car, à quelque temps de là, Talleyrand pouvait écrire à Bonaparte : « ... Les cours devienne et de Londres étaient « tout à fait d'accord avec les factions de Tinté- « rieur... Les membres de Clichy et le cabinet de « l'Empereur avaient pour objet commun et manifeste

1. « Le citoyen Siméon, écrivait M. Cacault, le 30 frimaire « an IVj jadis avocat au parlement d'Àix, a demeuré à Livourne, « où il était regardé comme émigré. Le gouvernement de Tos- « cane lui ayant donné ordre de partir, je sais qu'il dit à Corsini, « secrétaire d'État, qu'il se ferait recommander à son choix ou « de la part de Monsieur, ou comme patriote par une autre voie. « Il parait qu'il avait alors des rapports doubles. Je vois, par « la liste des représentants, qu'il est rentré, et le voilà membre « du Corps législatif. Je ne puis vous en taire ma surprise et ce négliger de vous avertir d'exercer à son égard quelque suru veillance. »

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