‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 86 sur 185 · Mss. A. E · texte numérisé non relu

Mss. A. E

Aubi-y (François), fils de Nicolas-Marie et de Marie-Anno Le Roux, né le 12 décembre 1747, à Paris, marié à Julie-Roman Guiraud. Élève à l'école d'artillerie delà Fère, le 17 mai 1765; lieutenant au régiment de Stmsbourg, 28 janvier 1767; capitaine, 9 mai 1778; capitaine de gendarmerie, 15 juin 1791 ; lieutenant-colonel du 38* d'infanterie, 13 mai 1792; adjudant général employé à l'armée du Midi, 9 septembre 1792; député à la Convention, 21 septembre 1792; en mission, 1792; général à l'armée des côtes de Cherbourg, 15 mai 1793; membre du Comité de Salut public, avril 1795; général de division d'artillerie, 13 juin 1795; sorti du Comité, 2 août 1195; membre dos Cinq-Cents. 28 octobre 1795 ; arrêté le 4 septembre 1797; déporté et décédé à Demerari (Guyane hollandaise), le 17 juillet 1798; chevalier de Saint-Louis, le 23 mars 1791.

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rial et du 13 vendémiaire, ils subissaient les conséquences des fautes qu'ils avaient commises.

f On redoute aisément ce qu'on a fait soi-même. •

Barras surtout penchait pour une action vigoureuse et immédiate. Ses collègues Rewbell et La Réveillère partageaient cette manière de voir. Barthélémy et Garnot n'avaient pas été consultés.

Mais à qui s'adresser ? Trois chefs militaires seulement présentaient alors assez de surface pour prêter un concQurs utile. C'étaient Hoche, Bonaparte et Moreau.

Aussitôt après les élections, les trois Directeurs s'empressèrent de s'adresser confidentiellement aux officiers généraux dont nous venons de parler, en vue de réclamer leur concours éventuel. Ils les invitèrent à profiter de toutes les occnsions, et particulièrement des fêtes du 14 juillet et du 10 août, pour rappeler aux troupes sous leurs ordres les obligations qu'elles devaient à la Révolution.

Les deux premiers répondirent à l'appel.

« Soldats, dit Bonaparte, c'est aujourd'hui l'anni- « versaire du 14 juillet. Vous voyez devant vous les « noms de nos compagnons d'armes morts au champ « d'honneur pour la liberté de la patrie ; ils vous ont « donné l'exemple. Vous vous devez tout entiers à la « République; vous vous devez tout entiers au bon- « heur de trente millions de Français; vous vous de- « vez tout entiers à la gloire de ce nom qui a reçu « un nouvel éclat par vos victoires.

« Soldats, je vois que vous êtes profondément af- « fectés des malheurs qui menacent la patrie; mais la

a patrie ne peut courir de dangers réels. Les mômes « hommes qui Font fait triompher de l'Europe coa- (( lisée sont là. Des montagnes nous séparent de la « France; vous les franchiriez avec la rapidité de « l'aigle, s'il le fallait, pour maintenir la Constitution, « défendre la liberté, protéger le gouvernement et les « républicains.

« Soldats, le gouvernement veille sur le dépôt des « lois qui lui est confié. Les royalistes^ dès l'instant a qu'ils se montreront^ auront vécu. Soyons sarife in- « quiétude et jurons par les mânes des héros qui sont « morts à côté de nous pour la liberté, jurons sur nos « nouveaux drapeaux :

« Gue7Te implacable aux ennemis de la République ((• et de la Constitution de l'an III I »

Le soir, au banquet où se trouvaient réunis les chefs de service et les officiers supérieurs de Tarmée d'occupation, les toasts furent plus chaleureux encore.

« A la Constitution de l'an III! s'écrie Berthier. Au « Directoire I qu'il soit, par sa fermeté, digne des « armées et des hautes destinées de la République, et « qu'il anéantisse les contre-révolutionnaires qui ne »« se déguisent pius. » « A la destruction du club de « Clichy I ajoute le général Lannes. Les infâmes ! ils « veulent encore des révolutions. Que le sang des pa- « triotes qu'ils font assassiner retombe sur eux ! » Et le lendemain, Bonaparte écrivait au Directoire ^ :

« L'armée reçoit une grande partie des jour-

« naux qu'on imprime à Paris, surtout les plus mau- « vais ; mais cela produit un efi'et tout contraire à

1. Mss. A. G. Quartier général de Milan, 27 messidor an V (15 juiUel).

184 BONAPARTE A L'AKMÉE D'ITALIE.

« celui qu'ils se promettent ; Tindignation est à son « comble dans l'armée. Le soldat demand§ à grands « cris si, pour prix de ses fatigues et de six ans de « guerre, il doit être, à son retour dans ses foyers, « assassiné comme sont menacés de l'être tous les « patriotes. Les circonstances s'aggravent tous les « jours et je crois, citoyens Directeurs, qu'il estim- « minent que vous preniez un parti.

« Vous trouverez ci-joint la proclamation que j'ai « faite à l'armée : elle a produit le meilleur efi'et.

« 11 n'y a pas un seul homme ici qui n'aime mieux « périr les armes à la main que de se faire assassiner « dans un cul-de-sac de Paris...

« Je vois que le club de Glichy veut marcher sur « mon cadavre pour arriver à la destruction de la « République. N'est-il donc plus en France de répu- (( blicains et, après avoir vaincu l'Europe, serons- « nous donc réduits à chercher quelque angle de la « terre pour y terminer nos tristes jours?

« Vous pouvez d'un seul coup sauver la République « et deux cent mille têtes, peut-être, qui sont atta- « chées à son sort, et conclure la paix en vingt-quatre « heures. Faites arrêter les émigrés ; détruisez l'in- « fluence des étrangers. Si vous avez besoin de forces, <i appelez les armées. Faites briser les presses des « journaux vendus à l'Angleterre, plus sanguinaires « que ne le fut jamais Marat.

« Quant à moi, citoyens Directeurs, il estimpossible « que je puisse vivre au milieu des factions les plus « opposées ; s'il n'y a point de remède pour faire puce nir les maux de la patrie, pour mettre un terme aux « assassinats et à l'influence de Louis XVIII, je de- « mande ma démission.

ANNÉK 1797. 185

« Vous trouverez Ci-joint le stf/let pris sur les assassins a de Vérone.,, »

Berthier écrivait de son côté aux administrateurs des départements : « Faites connaître à vos conci- « toyens qu'au même instant et dans toutes les « parties de l'armée, le même vœu, le môme cri « s'est fait entendre, et ce cri a été : guerre impla- « cable aux royalistes et fidélité inviolable au gou- « vernement républicain et à la Constitution de « l'an III. »

A l'armée de Sambre-et-Meuse , les protestations étaient aussi violentes. « Amis ! je ne dois pas le dissi- « muler, dit Hoche à ses troupes, vous ne devez pas « vous dessaisir encore de ces armes terribles avec les- « quelles vous avez tant de fois fixé la victoire. Avant « de le faire, peut-être aurons-nous à assurer la tran- « quillité de Tintérieur que des fanatiques et des re- « belles aux lois républicaines essaient de troubler *.» Au banquet, les toasts furent également chaleureux. <( Au maintien de la République ! s'écrie le général « Ney; grands politiques de Glichy, daignez ne pas « nous forcer à faire sonner la charge. » « Aux mem- « bres du gouvernement qui feront respecter la Ré- « publique I dit à son tour le général Ghérin. » « A la « coalition légitime de l'armée d'Italie et de l'armée « de Sambre-et-Meuse I » conclut un commissaire des guerres.

A l'armée du Rhin, on se montra plus calme. Le Directoire fit même demander des explications. Moreau se contenta de répondre que Jes officiers manquaient de beaucoup de choses. Si on les faisait

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