Mss. A. G. Monbello, 16 prairial an V (4 juin
2. D'Antraigues et madame Saint-Huberty furent eu elï'et installés chez le marquis Manfredi,
200 BONAPARTE A I/ARMÊK D'ITALIE.
« Ceux qui l'ont arrêté lui ont rendu publiquement « sa liberté, sans procédure, sans jugement ; donc il a i' employé des moyens extraordinaires pour être traité « aussi modérément f et ce qui met le comble aux « preuves qui établissent sa trahison, c'est que, après « son départ de Milan, sa femme, y étant encore, a « écrit une lettre à M. le marquis de Manfredi pour « le remercier de son logement et des attentions qu'il « avait bien voulu avoir pour elle et son mari. Elle « n'a pas demandé le secret sur cette démarche, « puisque sa lettre a été consignée de suite dans tous « les journaux d'Italie, et bientôt après dans tous a ceux de l'Europe.
«... Esl-il vraisemblable que si on eût trouvé en « toutes lettres la conversation de M. de Montgail- « lard , c'est-à-dire la CQ7ijuration dans les papiei's de « Af. d'Antraigues^ est-il ^ dis-je, vraisetnblable qu'on « eût attendu trois mois pour la déjouer ?
« M. d'Antraigues fut arrêté à la fin de mai et ses « papiers pris en même temps, tandis que le grand coup « n'a été frappé qu'au commencement de septembre. « D'ailleurs, les Français en la publiant n'auraient « certainement pas omis les circonstances majeures « qui la rendaient vraisemblable, c'est-à-dire les « efforts employés par les Autrichiens et les Anglais « pour la faire réussir. Si cette conversation eût été « écrite en toute lettre, M. d'Antraigues, bien loin de « pouvoir s'en faire un mérite et obtenir son évasion, « eût été vraisemblablement confondu avec les con- « jurés et aurait certainement éprouvé leur sort. Il « n'eût pas pu avoir le prétexte de tout dévoiler, si w on avait tout écrit. Il est donc vraisemblable qu'on « a tout révélé de vive voix, et ce qui le prouverait
ANNÊK 1797. 201
« invinciblement, n'en eût-on pas d'ailleurs la cer « titude, c'est qu'il est impossible d'imaginer que Buo « naparte eût pu invente?* les choses et désigner nomina « tivement les personnes qui avaient été employées dans « cette affaire^ il est impossible qu'il connût mon nom « et qu'il sût que fêtais allé chez M, (TAntraigues au « commencement de décembre, surtout pour le sujet qui « m'y avait amené... »
L'abbé du Montet ne se trompait pas. Tout s'était passé comme il le supposait. Seulement, une fois les preuves de trahison d'un certain nombre de personnages entre les mains, Bonaparte avait hésité.sur l'emploi qu'il devait en faire. Les propositions confidentielles de Barras, et l'interpellation Dumolard lui fournirent le prétexte qu'il cherchait. Le 30 juin, il écrivait au Directoire la lettre que nous avons reproduite ; le 3 juillets à une heure du matin, il ajoutait :
« Citoyens Directeurs, vous trouverez ci-joint des « lettres interceptées sur un courrier qu'expédiait « M. d'Antraigues. Celle sous le n° 1 avait pour « adresse : A monsieur Boissy d'Anglas, membre du « conseil des Cinq-Cents. Cet homme, loin d'être en « prison, est dans une maison particulière où il est « bien traité. L'insolence de cet homme est inconce- « vable; il me menace presque de l'opinion en « France, où il se croit déjà le maître. »
Le même jour, Lavalette partait pour Paris. Il y fut bien accueilli, comme on pense. Le moment était propice ; la combinaison Hoche venait de manquer. Le 22, il écrivait à Bonaparte : « Barras m'a dit et