‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 92 sur 185 · Monbello, 15 messidor an V (3 juin · texte numérisé non relu

Monbello, 15 messidor an V (3 juin

« répété que dans la crise où ils se trouvaient, de « l'argent les aiderait puissamment. Je lui ai fait « votre proposition; il Ta acceptée avec transport...» Le 24, Barras ajoutait de sa main à son ancien coopérateur du 13 vendémiaire : « Point de retard; songe « bien que c'est avec l'argent seulement que je « peux remplir tes honorables et généreuses inten- « lions ^.. »

L'entente était donc complète. Les mesures furent prises en conséquence. Le général Dammartin vint d'Italie tout exprès pour remplacer le général Durtubie dans le commandement de l'artillerie de l'armée de l'intérieur. Le général Ghérin fut nommé commandant de la garde du Directoire, et Verdières, commandant de la place de Paris. Enfin, fait plus grave, la 8* division militaire, qui comprenait la vallée duRhône, de Lyon à Marseille, et les vallées de la rive gauche jusqu'aux Alpes, fut réunie à l'armée d'Italie. Cette disposition avait l'avantage de permettre à Bonaparte la libre circulation sur la route de Milan à Lyon, et par suite, une concentration rapide et sans contrôle sur cette dernière ville, s'il en était besoin. Restait à remplacer le commandant de l'armée de l'intérieur, le général Hatry, brave homme, sans énergie. Qui prendre ? Le choix était délicat à faire. Il fallait un officier suffisamment brave pour tout oser, suffisamment naïf pour tout accepter. Bonaparte proposa Augereau. U le connaissait aventureux, bête et vaniteux. U ne pouvait mieux tomber.

1. Lavalette à Bonaparte, le 16 août : « ... Un nommé Visco- « witz a donné au Directoire les 600 mille francs convenus. Il « m'est impossible de toucher de l'argent, sans qu'on le sache, « Je suis surveillé par les inspecteurs des Cinq-Cents. »

Le 17 juillet, U le faisait venir de Vicence pai exprès; le 27, il l'expédiait à Paris.

« Le général Augereau, écrit-il au Directoire S m'a « demandé de se rendre à Paris, où ses affaires Tap- « pellent. Je profite de son occasion pour vous faire « passer les pétitions originales de Tarmée.

« Il vous fera connaître de vive voix le dévouement M absolu des soldats d'Italie à la Constitution de « l'an III et au Directoire exécutif. » Et le même jour, il ajoute à Lavalette : a Augereau ' se rend à « Paris, ne vous livrez pas à lui. Il a jeté le désordre « dans l'armée. C'est un factieux. »

On ne pouvait, en vérité, se mieux moquer des gens. Et, c'était là, l'homme qu'on allait charger du triste rôle de croquemitaine politique, l'homme qu'attendaient si impatiemment les conspirateurs. « Sa « présence, écrivait Barras, le 18 juillet, en fera pâlir « plus d'un, surtout quand nous lui aurons donné un « nouveau titre, qui donnera plus de poids à ses dis- « cours et à ses actions. »

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