Mss. A. G. 22 thermidor an V (9 août
ANNÉR 1797. 205
serait rendu impossible. « Cet excellent général \ qui « a fait sa réputation sur la rive du Rhin, est aujour- « d'hui Tun des officiers les plus essentiels à la gloire « de Tarmée d'Italie. Il commande les trois divisions « qui sont sur les frontières de TAllemagne. Vous « voyez en lui un des amis les plus solides de la Ré- « publique, incapable, par principe, comme par « caractère, de capituler avec les ennemis de la « liberté, pas plus qu'avec Thonneur. »
L'éloge était mérité. Il devait être inutile. Quand Bemadotte arriva, les dernières dispositions étaient prises. Le coup devait se faire dans la nuit du 31 août au !«' septembre; il n'eut lieu que dans celle du 3 au 4.
Le même jour, Augereau en annonçait la nouvelle à son ancien chef :
c Enfin, mon général, ma mission est accomplie et « les promesses de Tarmée d'Italie ont été acquittées « cette nuit.
« Le Directoire s est déterminé à un coup de vigueur : « le moment était encore incertain, les préparatifs « incomplets ; la crainte d'être prévenu a précipité les « mesures.
« À minuit, fai envoyé Tordre à toutes les troupes « de se mettre en marche vers des points désignés. « Avant le jour, tous les ponts et toutes les princi- « pales places étaient occupés avec du canon. A la « pointe du jour, les salles des Conseils étaient cer- « nées ; les gardes des Conseils fraternisaient et les
1. Bemadotte (Jean-Baptiste-Jules), né à Paris, le 26 janvier 1764; mort le 8 mars 1844; sergent-major, en Corse, en 1789; divisionnaire à Fleurus, en 1794; devenu roi de Suède et de Norwège, sous le nom de Charles-Jean XIYt
« membres, dont vous verrez la liste ci-après, ont été « arrêtés et conduits au Temple. On est à la poursuite « d'un plus grand nombre; Camot a disparu,., n'ou- « bli'ez pas la lettre de change de vingt-cinq mille francs , « cela est urgent^. » Vingt-cinq mille francsl Le salaire après la besogne! Et quelle besogne I
Camot a disparu, disait Augereau. C'était exact. Le régulateur de la victoire, le grand travailleur était en fuite. Pauvre Camot I II était de la classe des laborieux et des naïfs. Depuis deux mois, il passait son temps à sermonner son j eune protégé , le général Bonaparte. « Vous voyez ce qui se passe, d'une irianière « peu favorable à la vérité, lui écrivait-il. Il n'y a « rien à craindre. Ce sont les mouches du coche. « Soyez sans inquiétude. La République ne périra « pas...
« On vous prête mille projets plus absurdes les uns « que les autres. On ne peut pas croire qu'un homme « qui fait de si grandes choses puisse vivre en « simple citoyen. » Et, le 17 août, il ajoutait: « Chaque faction a le cauchemar; chacune d'elles « s'arme pour combattre les moulins à vent. L'on « commence à s'éclairer ; la peur a fait le mal ; elle « fera le remède. Au nom du ciel, faites-nous la paix « sur la base même des préliminaires; elle sera « encore superbe; sans elle, la République est un « problème; assez de gloire vous couvre; soyez le « héros de V humanité. » A ces réflexions d'un honnête homme Bonaparte répondait par des assurances de dévouement.
Lavalette était chargé de cette fonction d'endor-