Mss. A. G. 18 'fructidor an V (4 septembre
mcur. Carnot était condamné d'avance. Il était une des deux victimes promises, Barthélémy^ à Barras, Carnot à Bonaparte.
On n'aime guère ici-bas les gens qui vous ont été utiles, qui connaissent vos secrets ou qui vous devi* nent. Or, Carnot avait assisté à Féclosion de cette ambition faite homme, qui s'appelait le général Bonaparte. Il avait été le confident do ses défaillances et de celles de sa femme. C'était un gêneur. U fallait le faire disparaître. Pauvre Carnot 1
Pour Augereau, il était resté tout penaud avec son succès. Directeur, il ne le fut pas; remercié, encore moins. Le 16 septembre, il en était toujours à réclamer son salaire,
« L'esprit public, écrivait-il au Petit Corse, gagne « de jour en jour, promet par la sagesse des Français « un avenir heureux et bannit toute crainte de rechute, « quoique le royalisme n'ait pas perdu toute espèce rance. Il y a déjà longtemps que je n'ai pas reçu de « t>os nouvelles. Vous m'aviez fait espérer que j'en « aurais sous peu de jours, et que le courrier m'ap- « porterait l'ordre de toucher les fonds. Je suis dans l'at- « tente de l'un et de Vautre, car je suis obligé de me ser- « vir de beaucoup de personnes et d'employer de grands « moyens pour être au courant de tout. Veuillez, citoyen
1. Barthélémy (François de), né à Aubagne, le SO octobre 1747; mort à Paris, le 3 avril 1830. Entré dans les bureaux du duc de Ghoiseulj.il fut envoyé en Suisse, fit le traité de Bâle; arrêté au 18 fructidor, emprisonné au Temple avec Pichegru, Aubry^ Barbé^Marbois, Tronçon du Coudray, Ramel, etc.; transporté à Cayenne avec Pichegru, s'évada ; sénateur, le 13 février 1800; vice-président du Sénat; offrit à Bonaparte le Consulat à vie, le 15 août 1802; comte de l'Empire; pair de France, le 14 juin 1814; grand-officier, le 4 janvier 1815; ministre d'État, puis fait marquis.
« général, être persuadé qu'à quelque prix que ce « soit, je surmonterai les obstacles et parviendrai au « but d'assurer la République et de la faire respecter « dans l'intérieur par des n\oyens constitutionnels. « Donnez-moi de vos nouvelles, tenez vos promesses et « je me charge de ce qu'il y a à faire» »
Le naïf 1 sept jours plus tard, il était bel et bien mis à la porte et expédié sur les bords du Rhin pour y commander les troupes. La campagne y était terminée : l'inconvénient de sa présence n'était pas grand.
Pour Bonaparte , l'annonce de la réussite de l'affaire de fructidor l'avait comblé de joie. L'expérience était faite; le 18 brumaire restait à faire. Le même jour, il écrivait au Directoire * :
« Gi-joint une proclamation à l'armée, relative- « ment aux événements du 18. J'ai fait partir pour « Lyon la 45° demi-brigade, commandée par le géné- « rai Bon et une cinquantaine d'hommes à cheval ; le « général Lan nos, avec le 20* d'infanterie légère et le « 9® de ligne pour Marseille ; j'envoie dans les dépar- « tements du Midi la proclamation ci-jointe. Je vais « également m'occuper d'une proclamation pour les « habitants de Lyon, dès que je saurai à peu près ce « qui s'y sera passé. Dès l'instant que j'apprendrai « qu'il y a le moindre trouble, je m'y porterai avec « rapidité. Comptez que vous avez ici cent mille « hommes qui, seuls, sauraient faire respecter les « mesures que vous prendrez pour asseoir la liberté « sur des bases solides. Qu'importe que nou? rem- « portions des victoires, si nous sommes honnis dans