‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799, d'après les documents inéditsChapitre 97 sur 185 · Mss. A. N. Passeriano, 26 septembre · texte numérisé non relu

Mss. A. N. Passeriano, 26 septembre

Talleyrand de Péingord (Charles-Maurice), né le 2 février 1754; marié le 23 fructidor an X (10 septembre 1802), au 10« arrondissement, avec mademoiselle Catherine-Noël Worlée, âgée de 39 ans, née à Tranquebar le 21 novembre 1762. Talleyrand mourut en 1838.

« quà un cheveu. L'homme habile profite de tout, ne « néglige rien de tout ce qui peut lui donner quelques « chances de plm; V homme moins habile quelquefois^ « en en méprisant une seule, fait tout manquer» »

Les Résultats. — Us ne devaient pas tarder à se faire sentir. On n'a pas impunément de tels complices. Le Directoire allait en faire la pénible expérience.

De ce jour, en effet, Bonaparte agit comme si le gouvernement n'existait pas. Le 17 octobre 1797, malgré les ordres reçus, il signait le traité de paix de Campo-Formio, qui donnait à la République Cisalpine la Vénétie jusqu'à TAdige, à l'Autriche la Vénétie , y compris Venise de l'Adige à l'ïsonzo , avec rillyrie et la Dalmatie, et à Ja France les îles Ioniennes ; articles honteux dont la France de 1870 devait subir le contre-coup. Mais, à cette époque, on était trop éloigné de cette partie du continent et trop peu au courant des choses politiques, pour se rendre compte de l'infamie du procédé, du mobile qui l'avait suscité et des graves conséquences qui devaient en découler. Pour l'instant, c'était la paix après six années de lutte, c'est-à-dire un moment de halte au milieu de cette course effrénée. L'événement fut accueilli avec une joie immense. Bonaparte l'avait bien compris. Le 14 novembre 1797, il faisait sa proclamation d'adieu et s'apprêtait à regagner la France, entouré déjà d'une sorte d'auréole légendaire.

Seul de tous les généraux de la République, il rentrait victorieux dans son pays. Moreau avait été remlacé par Augereau; Hoche, son compétiteur de l'ar-

mée de Sambre-et-Meuse et presque du 18 fructidor, venait de mourir • .

Lazare Hoche, disait-on, était mort empoisonné.

Tout est possible. Ce n'était pas la première fois que le jeune général était l'objet d'un attentat. Le 25 vendémiaire (16 octobre) de l'année précédente ^ il se trouvait à Rennes. Il était au théâtre. On jouait Charles IX. Le spectacle fini, il rentrait, lorsqu'on passant rue Fougères, un ouvrier de l'arsenal, posté près de la borne touchant à la maison Cuillié, tira sur lui un coup de pistolet. La charge se composait de deux balles tournées et d'un morceau de piston ; elle passa près de ses oreilles et vint s'aplatir contre la muraille. Arrêté, l'ouvrier déclara avoir été gagné par un nommé Charles qui lui avait promis douze cents francs de récompense s'il réussissait. Arrêté également à proximité du lieu de l'accident, chez une femme nommée Potin, ce Charles prétendit exercer la profession de marchand de chevaux, n'être que de passage à Rennes et n'avoir jamais vu l'assassin. Or, cette Potin était fort connue pour ses relations avec les Chouans et les prêtres insoumis. Bien plus, on trouva chez elle des pistolets, des munitions de guerre et trois fusils à vent. Puisaye, affirmait-on, y avait soupe le soir même.

C'était mettre au compte du chef royaliste une infamie qui parait aussi peu admissible que celle tentée

1. Le* 11 noYembre 1797, une loi accorda une pension de 2,400 francs au père de Hoche.

Le 2 juin 1804, un décret impérial devait accorder une pension de 6,000 francs à sa veuve.

2. Mss. A. G. Rapport sur l'attentat commis contre le général Hoche. 16 octobre 1796.

en automne 1797 ^ En tout cas, ce pauvre Puisayene devait guère être récompensé de tout son zèle. L'année suivante, le prétendant écrivait à propos de lui au duc d'Harcourt : « Puisaye qui avait dit et écrit des « merveilles, comme vous l'avez vu par ce qu'en a « rapporté le comte de Garaman, intrigue de plus « belle, mais une circonstance m'offre le moyen de « me débarrasser de ses intrigues, sans qu'il ait le « droit de se plaindre... »

Au total, la mort de Hoche était un coup de fortune pour le général de l'armée d'Italie.

Mais de cette fortune, de son rôle politique, Bonaparte avait-il eu conscience? oui.

C'est le soir de la bataille de Lodi, l'Adda franchi, la route de Milan libre, qu'il en eut la prescience. Il l'a dit et répété lui-même à Sainte-Hélène : « Ce jourci là, je me regardai pour la première fois, non plus « comme un simple général, mais comme un homme (i appelé à influer sur le sort du peuple. Je me vis dans « l'histoire. »

« Je fis une belle campagne, disait-il également à « madame de Rémusat, à l'heure des confidences, à « Pont de Briques. Je devins un personnage pour « l'Europe. D'un côté, à l'aide de mes ordres du jour, « je soutenais le système révolutionnaire ; de l'autre, « je ménageais en secret les émigrés, je leur permette tais de concevoir quelques espérances. H est bien « facile d'abuser ce parti-là, parce qu'il part tou- « jours, non de ce qui est, mais de ce qu'il voudrait

1. Mss. A. E. Il faut lire aux pièces à l'appui la curieuse lettre du comte d'Antraignes au comte d'Avaray, à propos des dépêches empoisonnées, « afin que ceux qxd voudraient chauffer le papier fussent les premiers victimes. »

« qui fût. Je recevais des ofTres magnifiques pour « le cas où je voulais suivre l'exemple du géné- « rai Monck. Le prétendant m'écrivit même dans son « style hésitant et fleuri. Je conquis mieux le pape « en évitant d'aller à Rome que si j'eusse incendié « sa capitale. Enfin, je devins important et redou- « table. »

De cette importance présente et future, ses contemporains se rendaient-ils déjà un compte bien exact? Évidemment, ce n'est pas Augereau, celui qui répondait à madame de Staël, à propos d'une question sur les projets ambitieux du général de l'armée d'Italie « c'est impossible. C'est un jeune

« homme trop bien élevé pour cela. >> Mais il en était d'autres, doués de plus de perspicacité. Que dire, en effet, de cet ami de Bonaparte, de ce commissaire des guerres, M. de Sucy ^, qui écrivait à M. de Josselin, et cela à la veille du 18 fructidor? « ...Ce ne « peut être le lieu de traiter le chapitre de l'homme; « d'ailleurs, il faudrait beaucoup trop de détails. Je « pourrais avoir une opinion sur lui; peut-être dé- « truirait-elle une partie de celle que vous avez con- « çue. Du reste, nous tomberons d'accord, si vous ne « l'envisagez que comme ayant fait de grandes choses. « Je puis même ajouter que je ne lui connais pas de i( point d'an^êt autre que le trône ou Véchafaud. D'après « cela, vous ne devez pas le considérer comme au « bout de sa carrière... » Mais, fait plus curieux encore^ à quelques jours de là, un homme qui avait eu l'occasion de voir journellement Bonaparte à propos de ce même 18 fructidor, faisait de lui ce remar-

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