Sucy à M. de Josselin, 17 thermidor an V (4 août
quable portrait, qui se trouvait être un horoscope, et qui nous servira de conclusion pour cette mémorable campagne d'Italie ^
« Bonaparte est un homme de petite stature, d'une « chétive figure, les yeux ardents, quelque chose dans « le regard et la bouche d'atroce, de dissimulé, de « perfide; parlant peu, mais se livrant à la parole « quand sa vanité est en jeu ou qu'elle est contrariée; « d'une santé très mauvaise, par suite d'une âcreté « prodigieuse dans le sang. Il est couvert de dartres, « et ces sortes de maladies accroissent sa violence et « son activité.
« Cet homme est toujours occupé de ses projets, et « cela sans distraction. Il dort trois heures par nuit, « ne fait des remèdes que lorsque les souffrances sont « insupportables.
f.( Cet homme veut maîtriser la France et^ par la « Finance, V Europe, Tout ce qui n'est pas cela, lui pa- « rait, même dans ses succès, ne lui offrir que des « moyens. Ainsi, il vole ouvertement, il pille tout, il <' se forme un trésor énorme en or, argent, bijoux, « pierreries. Mais il ne tient à cela que pour s'en ser- « vir. Ce même homme, qui volera à fond une com- « munauté , donnera un million sans hésiter un mort ment à l'homme qui peut le servir. Si cet homme a « des haines et des vengeances à désirer, il lui prêtera « tous les moyens de se satisfaire.
« Rien au monde ne lui coûte pour obtenir de « l'homme qu'il croit lui être utile, et avec luiun mar- « ché se fait en deux mots et deux minutes. Voilà ses
1. Rapport du comte d'Antraigues à M. de Movikinoff. Mss. A. E. Septembre 17p7.
« moyens de séduire. » (D'Antraigues le savait par expérience.)
« Voici le contre-poison de ses moyens. Le service « rendu, il exige un asservissement total ou il. devient « ennemi implacable, et quand il a acheté des trai- « très, le service rendu, il leur garde peu de secrets.
« Cet homme abhorre la royauté; il déteste les Bour- « bons et ne néglige aucun moyen d'en éloigner son « armée.
« S'il y avait un roi en France et qm ce ne fut pas « lui, il voudrait Favoir a*éé; que ses droits fussent « au bout de son épée; ne jamais abandonner cette « épée, pour la lui plonger dans le sein^ s'il cessait de a lui être asseim un moment. »