Mss. Bibl. nat
2. V. 20,598, p. 436 (Mss. Bibl. nat.). Christine avait succédé à Gustave- Adolphe en 1632, avait abdiqué en 1654, et s'était fixée à Rome, où elle mourut en 1689. Elle était née en 1626.
i LA GARDE PAPALE CORSE.
qu'il faut passer l'éponge, pour les effacer par une réparation proportionnée à l'offense, et non pas sur l'offense même, par un oubli qui nous rendrait méprisable, parce qu'il serait imputé à faiblesse d'âme ou à insuffisance de forces. Je demeure d'accord avec vous que je dois être persuadé qu'il n'y a prince au monde si imprudent ni si hardi qui voulût ou qui osât me faire une injure de propos délibéré, aussi ne puis-je croire que c'a été l'intention du Pape* de m'offenser. Mais n'y a-t-il pas des imprudents et des enragés par tout le monde, et croyez-vous que tous ceux qui dominent dans Rome sous sa Sainteté aient guère vu aux choses qui se passent... »
L'ultimatum était précis. La réponse fut ambiguë.
Conformément à ses habitudes de politique tortueuse, la cour de. Rome avait essayé d'échapper par des moyens dilatoires aux conséquences de sa duplicité. Elle avait cherché à intéresser l'Europe à sa cause. Le moment était mal choisi. Les cours d'Italie se trouvaient divisées. Celles de Vienne et de Madrid, étaient impuissantes en présence du mouvement général produit par la réforme. Elles se contentèrent de répondre par des marques de sympathie ou des offres de médiation qu'elles savaient inacceptables.
Mais, avec ces démarches, le temps passait sans amener de solution. A bout ^de patience, Louis XIV, le décida à agir. Les troupes reçurent l'ordre de se mettre en route. Le secrétaire d'État de la guerre, Michel Le Teliier*, avait tout disposé, tout prévu.
1. Alexandre VII (Flavius Chigi), né à Sienne, élu pape en /555, mort en ]667.
2. Michel Le Tellier, seigneur de Chaville, né le 19 avril 1.603, mort le 30 octobre 1685, secrétaire d'état de la guerre, du 11 avril 1613 à l'aniiée 1617.
Le 18 janvier 1664, le commandant en chef du corps expéditionnaire, le maréchal duc du Plessis- Praslin, quittait Paris. Le 31, il s'embarquait à Toulon pour aller se mettre à la tête des régiments déjà réunis à Sesto.
L'armée était enthousiaste et les officiers, heureux d'en finir avec cette éternelle ennemie de la France. Le 15 février, date extrême fixée par l'ultimatum, les troupes devaient entrer dans les Etats pontificaux. L'avant- veille, la cour de Rome avait cédé.
Le 13, en effet, l'abbé de Bourlemont*, écrivait au ministre : « Monseigneur, le 12 du présent mois, à « sept heures du matin (à la mode de compter d'Ita- « lie), en présence de M. le grand-duc, les plénipo- « tentiaires du pape et moi, signâmes le traité de « l'accommodement des différends qu'avait le roi « avec le pape. » Le 21, le courrier, porteur de la grande nouvelle, arriva à Paris. La joie y fut grande. Elle était sincère. Rome avait dû courber la tête devant la France gallicane, et les Corses étaient mis au rang des forbans de la côte africaine. Mais certes alors, Michel Le Tellier, de Lyonne et Colbert, ces dignes élèves de Richelieu, ces trois grands ministres d'un apprenti monarque, ne pouvaient entrevoir, même dans leurs rêves les plus bizarres, les changements que le temps apporterait à leur œuvre.
Qui leur eût dit qu'à cent ans de là, date pour date, le 2 juin 1764, dans cette même Corse, destinée à devenir terre française, se conclurait le mariage d'où
1. V. 4,250, p. 329 (Mss. Bibl. nat.)- Louis Anglure de Bottrlemont, né en 1617, auditeur de Rote en 1657, ministre plénipotentiaire le 6 janvier 1664, mort le 9 novembre 1697, archevêque de Bordeaux.
naîtrait celui dont leurs descendants solliciteraient les faveurs avec tant d'humilité?
Qui eût pu leur faire prévoir qu'à deux cents ans de là, cette France libérale et gallicane commettrait la faute d'aller relever le trône de son éternel ennemi et qu'elle accepterait ce dogme de rinfaillibilité, condamné dans tant de belles ordonnances par ses rois et ses .parlements?
Étrange pays que cette Corse, jetée comme le fer d'une pique brisée, à soixante lieues des côtes de France, au mifleu de la Méditerranée l Une arête rocheuse de quarante lieues d'étendue traverse l'île dans toute sa longueur, du cap Corse au phare de Pertusato/Des arêtes transversales, mesurant une vingtaine de lieues dans leur plus grande largeur, s'infléchissent doucement vers l'orient, brusquement du côté de l'occident. Yis-à-vis de l'Italie, les vallons s'épanouissent au milieu de plaines sablonneuses et marécageuses, où se perdent les eaux du Golo et du Tavignano. Seule, la côte orientale présente au midi quelques escarpements, au pied desquels s'abritent les places de Porto- Vecchio et de Santa-Manza. Sur le versant occidental, au contraire, tout est abrupte, tout est tourmenté. Ce ne sont que golfes, anses et criques, Saint-Florent, Calyi, Porto^ Ajaccio, Valinco et Ventilegne, où aboutissent les cours torrentueux du Fango, du Liamone, du Gravone et du Tavoro. Des forêts séculaires de pins-larix, de chênes, d'aunes et de trembles, couvrent les sommets. Partout ailleurs, se dressent les makis, ces fourrés inextricables de genévriers, de myrtes, de lentisques et de bruyères, repaires légendaire:^ des bandits corses.
Dans les fonds, la nature se montre avec toute sa luxuriante beauté. Oliviers, mûriers et orangers s'y multiplient au milieu des vignes et des arbres fruitiers. A travers ces massifs de pierre et de végétation, des sentiers nombreux, mais difficiles, relient entre elles les différentes vallées. De rares routes, comme étranglées par les rochers qui les entourent, serpentent le long des flancs des montagnes. De tous ces chemins, de tous ces sommets, la petite ville de Gorté forme le point central et sert de trait d'union entre Ajaccio et Bastia, Galvi, Saint-Florent et Bonifacio.
Ainsi donc, sur les sommets, les forêts sombres, le rude climat des pins, les vents impétueux, et poiv horizon, la mer, Timmensité; dans les vallées, "* douce tiédeur des pays chauds, voilà la Corse.
Le milieu fait l'homme, l'éducation le transforme. Or, le Corse est ayant tout fils de son île, De ses rochers, de ses makis, il a pris l'âpreté et l'énergie; dans ses vallées étroites, dans ses demeures isolées, il a puisé son caractère mélancolique et taciturne; à la mer, aux vastes espaces qui l'entourent, il a emprunté l'imagination de l'habitant du midi, le regard vif, l'initiative et la décision du marin, a Faits priu sonniers, a dit Tite-Live, les Corses ne s'adoucis- « sent pas dans la servitude. Ils se rendent insupporte tables à leurs maîtres, en abandonnant la vie par « impatience du joug. » « Ils ont le cœur violent et la « tôte froide, » a ajouté Lanfrey. Sobres et courageux par nature, hospitaliers par tradition, dironsnous à notre tour, ils ont des qualités de commandement tout à fait exceptionnelles.
Amoureux de leur liberté, plus que tout autre peu-
pie, les Corses ont été condamnés par leur situation à tomber sous la domination des États qui les environnaient. Obligés pour vivre d'échanger leurs produits avec ceux des grandes cités italiennes, ils ont subi les conséquences de ce contact perpétuel. Si les montagnards- corses sont restés les rudes jouteurs que cite Tite-Live, les habitants des villes du littoral, par contre, ont accepté les mœurs policées de leurs voisins. A la fin du seizième siècle, les Génois, dont le commerce s'étendait sur toute la Méditerranée, établirent dans Tîle des comptoirs et des postes militaires, de manière à s'assurer les débouchés de ses riches produits. Ce que devaient être les rapports entre conquérants et indigènes, on le devine* En dehors des stations maritimes, les Génois ne pouvaient et n'osaient s'aventurer dans l'intérieur du pays. Les causes de conflit étaient nombreuses. Elles ne firent que se multiplier avec le temps.
En 1729, la révolte fut générale. Incapables d'assurer leur autorité, les Génois durent réclamer l'appui des puissances européennes, celle de l'Autriche en 1733, celle de la France en 1738.
Le 27 mars 1735, les notables de Corse s'assemblèrent au couvent d'Orozza. Ils proclamèrent leur indépendance. Ils Teurent pendant quelque temps, grâce aux efforts d'Hyacinthe Paoli, d'André Ceccaldi, de Louis Gaffori et de Théodore Antoine, baron de Neuhof. Ce fut à ce moment que le cardinal Fleury intervint.
En février. 1738, un corps expéditionnaire placé sous les ordres de M, le comte de Maillebois, débarqua dans l'île. Les Corses se soumirent ; mais les rej)résailles exercées par les Génois furent telleS; qu'ils
ANNÉE 1738. f
durent s'expatrier pour y échapper. Les uns, comme Hyacinthe Paoli, se réfugièrent en Italie. Les autres acceptèrent l'offre que leur fît le gouvernement français de former un régiment indigène. Buttafuoco, Arrighi, Garbuccia, Grimaldi, Ortioli, Marengo, Matra, Salicetti, Golonna, Ornano, etc., furent du nombre des officiers de ce nouveau corps » qui vint tenir garnison en France et qui fut réuni, eu 1763, au régiment d'infanterie Royal-Italien.
Cette existence précaire de la Corse, le lieutenant d'artillerie Bonaparte l'a résumée dans la première de ses Lettres sur l'histoire de son pays *.
« Le Corse a été la proie de Tambition de ses voisins, la victime de leur politique et de sa propre opiniâtreté... on Ta vu prendre les armes, secouer Tatroce gouvernement génois, recouvrer son indépendance, vivre un instant heureux, mais poursuivi par cette fatalité irrésistible, il tomba dans le plus insupportable avilissement. Pendant vingt-quatre siècles, voilà les scènes qui se renouvellent sans interruption; mômes vicissitudes, même infortune, mais aussi, même courage, même résolution, même audace. Les Romains ne purent se l'attacher qu'en se l'alliant; des essaims de Barbares l'assaillirent; ils s'emparèrent de ses champs, incendièrent ses maisons ; mais il sacrifia son caractère de propriétaire à celui d'homme ; il erra pour vivre libre. S'il trembla devant l'hydre féodale,
1. A différentes époques, les Corses avaient servi la France. En 15^, Sampiero de Bastalica amena une bande de 1,000 hommes. Son fils, Alphonse d'Ornano, eut également un régimcht corse.
La création du régiment d'infanterie, le Royal-Corse, est du 10 août 1739. II fut formé à 12 compagnies. L'uniforme se composait de l'habit bleu, avec les parements bleu-céleste; la veste, la doublure et la culotte étaient blanches.