Rapport au Ro' (1768). Mss. Archives gueri
« République de Gênes, tout concourut à lui prou- « ver que la France prenait peu d'intérêt aux af- « faires de Corse. » La désillusion devait être grande. M. de Ghoiseul avait su utiliser les quatre années d'occupation de l'île pour s'y faire des partisans, accorder des grades aux uns, distribuer de l'argent aux autres, des promesses à tous. Le Royal-Corse réorganisé à Toulon, dès le mois de janvier 176P, avait été mis sur le pied de douze compagnies. A Gênes, les négociations continuaient sans interruption, et, le 15 mai 1768, on signait à Versailles le traité dé cession définitive de la Corse à la France. En échange de sa dette et d'une subvention extraordinaire de deux millions de livres, la sérénissime République abandonnait tous ses droits sur sa possession. Un mois après, le 24 juin, le drapeau français flottait sur les murs de Bastia, où deux nouveaux régiments (Royal-Roussillon* et Éplingen), venaient de débarquer. Avec les quatre autres, qui se trouvaient déjà dans l'île, c'était un total de six régiments qu'on tenait prêts à agir. Un instant même, on songea à faire venir le Royal-Corse*. M. de Buttafuoco fut chargé de cette négociation; mais les officiers, MM. de Rossi et Marengoen tête, protestèrent énergiquement contre cette prétention. Ils voulaient bien, disaient-ils, continuer à servir la France, mais, non combattre leurs compatriotes. M. de Buttafuoco en fut pour la honte de sa démarche. Il dut se résigner à prendre le commandement de quelques mécontents, à
1. Commandé par M. de Villeneuve ; rentré le 15 décembre 1770.
2. Comte du Luc, colonel du 27 novembre 1765 au 11 novembre n82. — Créé en 1739, licencié le 17 mars 1788 pour former 2 bataillons de chasseurs à pied.
ANNBE 1768. 17
ia tête desquels il débarqua à Bastia. Le 5 juillet 1768, les troupes françaises étaient donc à leur place de combat, sous les ordres de M. de Marbeuf et en mesure d'appuyer par la force la revendication roj'ale.
A ces actes, Paoli avait répondu par la mise hors la loi de Buttafuoco et de ses complices, et par une protestation adressée aux différentes cours européennes : « Nous sommes traités, écrivait-il à Vienne, comme « un troupeau de moutons vendus au marché. » Mais qu'importait à l'Europe monarchique le sort de quelques insulaires, entachés de tendances libérales el sans action siir la marche des événements? Seule, l'Angleterre paraissait prendre un réel intérêt à leurs affaires. Il est vrai qu'elle y voyait un avantage, celui d'exercer son influence commerciale et politique dans les eaux de la Méditerranée. Or, de tous les protectorats, ce dernier rencontrait le plus de partisans en Corse. Il était éloigné et peu gênant. Il devait se borner à l'envoi d'une flotte et de subsides, à l'aide desquels Paoli se faisait fort de maintenir l'autonomie de la nation.
C'était là une erreur de patriote et d'homme politique. Appui pour appui, argent pour argent, pension pour pension^ il était préférable de les solliciter des gouvernements dont les tendances naturelles se rapprochaient le plus de celles innées dans l'île. Or, la Corse restait italienne de langue, de coutumes et de situation. C'était donc en Italie qu'elle devait chercher aide et secours. Et dût-elle même souff'rir en commun avec ses voisins et par leur faute, il parais' sait plus logique de supporter les fortunes diverses de sa race. Elle en eût partagé les grandeurs futures. En paraissant souscrire à d'autres influences, Paoli, par
conséquent, a manqué de jugement. Il n^a réussi qu'à hâter l'asservissement de ses concitoyens et, en définitive, s'est trouvé obéir, d'une manière inconsciente, nous le voulons croire, à un sentiment tout personnel. L'hospitalité et la pension de deux mille livres sterling, qu'il a acceptées de l'Angleterre pendant trente années de sa vie, en resteront les preuves concluantes.
Les événements, d'ailleurs, allaient lui donner tort. Le ministre français, en effet, était décidé à en finir. Relier Bastia à Saint-Florent, prendre ces deux villes comme base d'opérations, gagner par les crêtes la vallée du Golo, et, sur les bords de cette rivière, imposer la paix àPaoli, tel était le plan primitif. Le nombre des troupes appelées à l'exécuter était insuffisant. Il ne réussit pas.
Bastia est située sur le versant oriental de la chaîne de montagnes qui traverse l'île dans toute sa longueur. Saint-Florent se trouve sur le versant opposé. De Saint-Florent, pour atteindre Bastia, il faut gagner la crête, par le col de Téghime, à cinq cent quarante mètres d'altitude, et occuper le» villages de Barbaggio et de Patrimonio qui y touchent.
Le 29 juillet, M. de Marbeuf écrivait au général corse et lui réclamait la possession de ces deux points nécessaires, assurait-il, à l'exécution des ordres du roi. Celui-ci se contenta de répondre par un appel aux armes et par l'arrestation du porteur de la dépêche.
La demande de Marbeuf n'était, du reste, que de pure forme, car, dès le 30 au matin, le petit corps expéditionnaire français^ se mettait en route, en