‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 21 sur 144 · Mss. Archives de la guerre · texte numérisé non relu

Mss. Archives de la guerre

2. Ce Jean-Baptiste Cervoni est né en 1768 à Socria, en Sardaigne. Il s'engagea comme simple soldat dans Royal Corse, devint général de division et fut tué à la bataille d'Ecmûhl, en

Son père avait émigré avec Clémente Paoli, en 1769. Il devint Tun des fidèles de Pache.

Cervoni et Leca sont parents et amis intimes de la famille. Ils ont été les compagnons de Bonaparte à Ajaccio.

3. Sebasiiani (François, Horace, Bastien, comte), maréchal de France, né le 10 novembre 1772, à la Porta d'Ampugnani, mort le 20 juiUet 1851, à Paris.

Manou, enseigne entretenu; Antoine Robaglia, adjoint; PoTi, procureur-syndic du district d*Ajaccio.

Vu par les représentants du peuple.

Saligkttï, Moltedo, X,.,.llllisibl€,\

Pour eopie conforme :

Le commissaire ordonnateur, chargé en chef des services à l'inscription maritime,

Chauvet.

. Voilà donc une série de personnages, de conditions diverses, qui connaissent depuis longtemps Joseph et qui certifient l'exactitude de sa naissance à Ajaccio. Cette attestation, faite en toute liberté, est signée par Joseph lui-même. Or, à une pareille époque, quel intérêt pouvait avoir Joseph à cacher la vérité? Il lui eût été tout aussi facile de dire qu'il était né à Gorté qu'à Ajaccio. Enfin, pourquoi le silence gardé dans les Mémoù^es du roi Joseph sur des docunents dont il ^tait si simple de prendre communication?

Mais ces pièces ne sont pas les seules preuves d'une substitution d'acte de naissance entre les deux enfants. L'acte de mariage de Napoléon Bonaparte permet de conclure dans le même sens. On y lit en effet* :

« Deuxième arrondissement municipal du canton « de Paris, du dix-neuvième jour du mois de Ventôse « an IV de la république Française. »

« Moi, Charles Théodore François Leclercq,

« officier public de l'état civil du deuxième arrondis- « sèment du canton de Paris, après avoir fait lecture « en présence des parties et témoins :

« 1° De Tacte de naissance de Napoléon Bonaparte « qui constate qu'il est né le cinq février mil sept cent « soixante-huit de légitime mariage de Charles Bona- « parte et de Laetitia Ramolino..... »

Cet acte ne serait donc que la copie mal faite de celui daté de 1782 qui se trouvait alors au ministère de la guerre.

D autre part, dans sa lettre à Paoli, datée d'Auxonne, le 12 juin 1789 S Bonaparte dit formellement: « Je naquis quand la patine périssait. Trente « mille français vomis sur nos côtes^ noyant le trône « de la liberté dans les flots de sang, tel fut le spec- « tacle odieux qui vint le premier frapper mes regai^ds. « Les cris du mourant, les gémissements de l'opjimé, les « laî*mes du désespoir environnèrent mon berceau des « ma naissance,,, » Or, s'il était né, le 13 août 1769» plusieurs mois après la pacification, il n'aurait pu entendre les derniers cris des combattants. Né, le 7 janvier 1768, à Gorté, il était au contraire parfaitement en droit de parler.de cette impression première de l'extrême enfance.

Tout compte fait, on trouve donc cinq pièces témoignant de la naissance de Napoléon à Gorté, le 7 janvier 1768, et une seule fixant la date au IS août

Mais il est d'autres raisons qui militent pour la première de ces hypothèses. Gelles-là sont du domaine de la discussion. Elles sont sérieuses. La délicatesse des procédés est un sentiment inconnu à la famille Bonaparte. Substitution d'actes, production de certi-

1. Voir la lettre comi^lèla au chapitre XI (Bonaparte à Auxonne, en 1789.

ficats inexacts, états de service erronés, sont pour tous les Bonaparte, choses sans conséquences. Qui veut la fin veut les moyens, paraît-il. Or,

<c Ce que les fils ont fait, le père Ta pu faire. »

Dans un autre ordre d'idées, le soin avec lequel les Bonaparte, une fois au pouvoir, ont fait disparaître de Marseille, d'Ajaccio, de Bastia et de Gortë, tous les papiers les concernant, est une charge assez grave. La suppression de certains feuillets du registre des naissances de la paroisse d'Ajaccio, Tintroduction dans les archives de la pièce irrégulière relative à Joseph, l'attention de la commission chargée de la publication de la correspondance à ne la commencer qu'au siège de Toulon, à négliger nombre de pièces intéressantes et à ne faire précéder cet ouvrage d'aucune notice biographique, comme cela s'est fait pour Colbert, Richelieu. ou Mazarin, ne font que confiimer cette appréciation.

« On ne tient à celer qu'un passé sans honneur. i>

Mais admettons que la substitution ait eu lieu. Dans quel but? dira-t-on. Une pareille supercherie ne se tente pas sans cause. Où est l'intérètt Est-ce, comme on l'a prétendu, pour faire que Napo léon soit né après l'annexion et lui faciliter ainsil'accèê des emplois du gouvernement? L'assertion n'est pas sérieuse. Par le seul fait de la soumission à la France, tous les Corses avaient acquis les mêmes droits aux postes et emplois, quelle que fût la date de leur naissance.

Une seule raison plausible peut être alléguée pour

UNIVERS'Tr' )

expliquer cette mutation. La voici : Charles Bonaparte, comme nous aurons l'occasion de le voir, était dans une situation de fortune des plus précaires, et, qui plus est, un solliciteur infatigable.

Sur les conseils du gouverneur de nie, il demanda pour ses fils la faveur d'une admission gratuite dans les écoles militaires. L'une des conditions rigoureusement requises était de n'avoir pas dix années révolues au moment de la* réception.

: En juin 1788, on peut lire, en effet, en marge de la supplique de madame de Bonaparte s'adressant au cœnr sensible et vei'tueux du ministre pour faire entrer à Brienne son quatrième garçon, Louis : « madame « de Buonaparte a écrit une semblable lettre à M. de « Timbrune, qui lui a répondu que son fils ayant « passé Tâge de concourir, il ne pouvait plus être « proposé de nouveau. » Or, Louis étant né le 2 septembre 1778 aurait eu effectivement dix ans au mois d'octobre 1788, date de la rentrée des classes.

En 1768, le même fait s'était présenté. Un seul des jeunes gens se trouvait dans les limites d'âge voulues, celui venu au monde le 15 août 1769. De ces deux enfants. Napoléon et Joseph, le second était 'oin de montrer des dispositions guerrières. Doux et tranquille, il était destiné à l'état ecclésiastique, tandis que l'ainé, batailleur, ardent, entier de caractère, présentait toutes les qualités souhaitées à cette époque pour un marin. Mais il avait dépassé l'âge. Pour le faire accepter, on aurait donc songé à lui attribuer l'acte de naissance de son. frère ou tout au moins à profiter de l'ambiguïté des prénoms, résultant de la précipitation avec laquelle les actes de notoriété ar-aient été établis, pendant les événe-

meiits douloureux de 1768. A beau mentir qui vient f!e loin, dit le proverbe, et en l'an de grâce 1778, la Corse n'était qu'une colonie nouvelle et peu connue. En conduisant les deux enfants en France, le lo décembre 1778, en plaçant l'un à Brienne et laissant l'autre à Autun, leur père se trouvait en droit de supposer que personne ne serait en mesure des'apercevoir de cette petite combinaison de famille? Qui, d'ailleurs, aurait intérêt à la signaler ? Cette explication, est-elle la bonne? Nous la donnons pour ce qu'elle vaut. Comme nous le disions plus haut, elle importe peu. Que Bonaparte soit né à une date ou à une autre, il n'est pas moins devenu l'homme célèbre dont nous étudions la vie et c'est de celui-là seul que nous avons à nous occuper.

Tout du reste est étrange dans cette personnalité. Nom et prénoms ont également leurs variations.

Napoléon n*est pas un nom de saint. Du moins, le Martyrologe universel ^ ne le mentionne pas. Le seul qui s'en rapproche et que cite l'auteur des Acta Sanctorum et le Martyrologe ^ , est saint Néopole,

Saint Néopole, dont le nom a deux formes latines, Neopolus et Neopolis, est en effet un des martyrs consacrés par l'Église. 11 serait mort dans la prison d'Alexandrie, avec saint Saturnin, saint Germain et saint Célestin. De Néopole, a-t-on fait plus- tard Napoleone? nous Tignorons. Ce qui çst certain, c*est que les différents actes se rapportant à la vie de Baonaparte attribuent à ce prénom une orthographe différente. Dans la pièce de 1782, visée par Gaffbri el

Page 1