‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 30 sur 144 · Mss. Archives guerre. — De Ck)ston (t. I, p · texte numérisé non relu

Mss. Archives guerre. — De Ck)ston (t. I, p

Cette lettre est la première qui nous fournisse les moyens d'observer le développement des idées du futur conquérant. Elle est donc importante. Tout est, en effet, intéressant dans cette plainte amère d'un élève de douze ans, s^adressant à ce père négligent, obligé peut-être, faute de ressources, de le priver de ces petites douceurs hebdomadaires dont sont comblés les enfants fortunés.

En voulant mettre un terme aux idées d'arrogance de la jeune noblesse par la création de ces collèges provinciaux^ le comte de Saint-Germain n'avait fait que déplacer le mal sans le conjurer. La cause n*en était pas dans la préparation plus ou moins bien dirigée des enfants, mais dans la division même des classes existant alors dans cette société en décomposition. Les établissements d'enseignement ne font, sur! une plus petite échelle, que les reflets des défectuosités sociales qui se manifestent partout ailleurs. L'imitation des conflits y est même plus ardente, parce que les usages du monde ne s'imposent pas encore à ces adolescents pour corriger la spontanéité des allusions blessantes qu'ils se permettent.

Que pouvaient, d'ailleurs, les pauvres pères minimes, contre les prétentions des très hauts et très puissants petits seigneurs de Gastries et de Gomminges et autres cadets de famille, à l'égard de c© chétif Corse « fils d'huissier, » à la bourse plate et aux habits râpés? Us végétaient là, comme ils auraient végété ailleurs, se contentant de répéter à leurs élèves ce qu'ils avaient ânonné quelques années auparavant au fond d'un séminaire.

Pour lé jeune Corse, confié à leurs soins, il s'était développé tout seul. Sa haine primordiale contre les 1. 8

Français s'était complétée par celle du riche, par la jalousie, par l'envie et par un autre sentiment qui devait les résumer tous et leur donner une force immense, Y orgueil^ mais un orgueil indomptable.

Quel cri d'indignation et de fierté de la part de cet enfant déjà vieux ! « Je suis las d'afficher l'indigence « et d'y voir sourire d'insolents écoliers qui n'ont « que leur fortune au-dessus de moi, car il n'en est « pas un qui soit à cent piques au-dessous des nobles « sentiments gui m'animent,.. Eh quoi I Monsieur, « votre fils serait continuellement le plastron de « quelques paltoquets... »

Tout l'enfant est là. Tout l'homme y sera. Il a déjà pris de sa mère l'énergie, la volonté, la fierté, et du père l'âpre désir des honneurs, mais des honneurs qui rapportent. Plus tard, quand l'esprit se sera affiné, quand il aura commencé la lutte avec cette société mal faite, il complétera cet ensemble de passions dominantes par une dernière, la duplicité.

Et personne pour redresser ce jugement déjà faussé par l'isolement ! Pourtant, il avait raison, le pauvre petit exilé, quand il écrivait à son père : « Si la for- « tune se refuse absolument à l'amélioration de « mon sort, arrachez-moi de Brienne, donnez-moi, « s'il le faut, un état mécanique... »

L'éducation de l'enfance !

« Le premier des devoirs pour une république. »

Malheur aux nations qui se désintéressent de la préparation de ces futurs citoyens ! Elles réussissent à ne former que des Loyola ou des Damiens, des Bazaine ou des César.

A ces doléances, que pouvait ce père, toujours à la recherche d'une fortune qui lui permit de lutter de

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luxe et d'influence avec les Ornano, les Casabianca, avec ce Buttafuoco qu'on venait de faire maréchal des camps et armées du roi*.

L'année 1782 pourtant se présentait assez favorablement pour lui.

Sa femme l'avait doté, le 25 mars, d'un hui* tième enfant, mademoiselle Maria-Nunziata Buonaparte ' ; mais il avait réussi à placer l'aînée de ses filles.

Grâce à l'appui de M. le comte de Marbeuf, la de* mande d'admission de la jeune Marie-Anne (Ëlisa) avait été agréée. Le 18 avril*, le Conseil de Corse lui annonçait cette heureuse solution, due à l'obligeance de M. d'Ormesson, et lui réclamait le supplément de pièces nécessaires pour faire délivrer le brevet de nomination. Ces papiers consistaient en un certificat de l'évêque attestant l'état de pauvreté de la famille et dans la production d'actes témoignant de cent quarante années de noblesse de père*.

Le 10 juin^, le Conseil les adressait à M. d'Ormesson, et, le 15 décembre 1782, Charles recevait le brevet définitif.

« Aujourd'hui 24 novembre 1782, le roi étant à Versailles bien informé que la demoiselle Marie-Anne deBuo-

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