‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 47 sur 144 · Le Secret du Roi (1879), par M. de Broglie · texte numérisé non relu

Le Secret du Roi (1879), par M. de Broglie

Le ministre de la guerre, le comte de Saint-Ger* main, est tout aussi sévère dans son jugement sur les causes de cette infériorité des cadres de Tarmée.

« Il s'est introduit successivement et Ton peut dire « malheureusement, un usage de distinction entre la « grande noblesse (celle de la cour), et celle des « provinces, entre le riche et le pauvre. La première « classe obtient d'emblée les premiers grades commr « de droit, et la seconde classe, par le seul malheui « de sa naissance ou de sa pauvreté, est condamnée « à croupir toute sa vie dans les grades subalternes « Cet usage est doublement pernicieux ; la première « classe n'a pas besoin de travailler pour réussir, elle « obtient tout de droit, et la seconde ne travaille pas, « parce que son travail lui serait inutile. Par là, « toute émulation est anéantie ; or, sans l'émulation, « l'homme n'est rien et ne cherche qu'à végéter. »

Puis, à propos* de la déplorable confusion introduite dans l'armée pour permettre de donner des emplois à cette noblesse de cour, il ajoutait :

« Que pourrait-on penser de voir des colonels pro- « priétaires, des colonels commandants, des colonels « en seconds, des colonels en troisième, des colonels « par commission, des colonels à la suite des régi- « ment s, des colonels attachés à l'armée, des lieute- « nants-colonels-colonels, des majors-colonels, des « capitaines-colonels, des sous-lieutenants-colonels, « etc., des capitaines-commandants, des capitaines « eh second, des capitaines réformés, des capitaines « à la suite, des capitaines à finances? Si l'on disait « ensuite que de tous ces colonels ou capitaines, il « n'y en a qu'un seul qui ait des fonctions actives et « réelles, et que cependant tous les autres, sans

« avoir besoin de servir, de travailler et de mériter, « en se livrant uniquement à leurs affaires, à leurs « plaisirs, n'étant en situation de rien pratiquer, de « rien apprendre, croupissant dans la paresse, dans €c l'ignorance la plus profonde, ont cependant les « mêmes droits que ceux qui servent, pour parvenir u aux grades, aux dignités, aux grâces et que pres- « que toujours ils les usurpent, de préférence à ceux « qui vont les chercher dans les hasards de la guerre « et aux coups de fusil. »

Les états-majors donnaient Heu à des observations du même genre. Voici ce qu'en pensait un officier de mérite S M. Alexandre de Lameth : «L'utilité et « la nécessité des états-majors sont reconnues; mais Xi la faveur influe tellement sur leur composition, la « justice envers les militaires et l'avantagé du ser- « vice y sont si peu consultés que ces places deve- « nues odieuses au 7*este de Varmée perdent encore en « partie leur utilité par l'arbitraire des choix. C'est « en effet dans l'état-major de l'armée que s'exerce 4( principalement l'abus de la faveur. »

Le commandement supérieur n'échappait pas à ces justes critiques. Il était difficile qu'il en fût autrement, puisque, procédant de la même origine, ce personnel devait en posséder les défauts, à un degré plus élevé, si c'était possible.

Qu'on était loin du temps où le cardinal duc de Richelieu émettait cette sage maxime ^ que , « nomme» au commandement d'une place de guerre,

1. Rapport de M. Alexandre de Lameth, membre du comité militaire, lu à l'Assemblée nationale, dans la séance du 18 novembre 1790. — Journal militaire,

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