‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 55 sur 144 · Retiré à Valence après la réorganisation de · texte numérisé non relu

Retiré à Valence après la réorganisation de

5. M. Brenier était sergent-major, et MM. Boichard, Langevin, Pichon et Gillet, sergents. — L'école d'artillerie était commandée par M. Boiœhard^ maréchal de camp.

154 BONAPARTE A VALHNCÊ.

ders^ Ala mort de M. de VaUière, survenue en 1776, l'inspection générale de l'artillerie était passée entre les mains de M. de Gribeauval. Ce fut un grand événement, car l'entente était loin d'être faite sur la valeur des changements apportés par cet officier dans le matériel de Tarme. Les uns tenaient encore pour M. de VaUière et le vieux système dont il était la personnification; les autres soutenaient M. de Gribeauval. Ces derniers passaient pour des novateurs dangereux. La lutte, du reste, entre ces deux autorités avait été des plus ardentes. A la suite des désastres de la guerre de sept ans, M. de Choiseul avait adopté les projets de M. de Gribeauval, officier éminent, qui proposait un nouveau matériel permettant de diminuer le poids des pièces, d'augmenter la justesse du tir et de rendre Jes afî'ûts plus légers.

. Tant que le ministre fut en faveur, tout alla bien. M. de Gribeauval et M. de Bellegarde, chef de brigade d'artillerie, se mirent résolument' à l'œuvre et commencèrent la construction de ce matériel, remarquable pour le temps, avec lequel la France républicaine allait entrer en lutte contre l'Europe entière. Mais, aussitôt après la disgrâce de M. de Choiseul, les partisans de l'ancien système reprirent le dessus. Non contents de critiquer^ ce qui s'était fait, MM. de VaUière et de Saint-Auban mirent en suspicion l'honnêteté des moyens employés par leurs adversaires. Les choses allèrent si loin que M. de Beuegarae auc passer ae-

1. Voir, aux pièces à l'appui, le détail de l'organisation de l'artillerie en 1784.

2. Traité de la défense des places par les contre-mines, avec des réflexions sur les principes de V artillerie, par M. de Vallièr^.

vant an conseil de guerre, institué aux Invalides sous la présidence du maréchal de Biron, et composé de six lieutenants-généraux, de quatre maréchaux de camp et d'un lieutenant-colonel. M. de Bellegarde fut bel et bien condamné et M. de Gribeauval disgracié. Cette injuste décision n'eut pas de longs effets. Dès Tarrivée de M. de Saint-Germain au ministère, M. de Gribeauval rentrait en faveur, et M. de Bellegarde était réintégré dans son emploi. La mort de M. de Vallière venait de mettre fin au débat.

Or cette question avait passionné les officiers dans le régiment de la Fère ; on s*y était généralement montré partisan convaincu de M. de Gribeauval et de son système. Les jours de réception, on répétait assez volontiers les ponts-neufs qui couraient les garnisons sur le fameux conseil.

Biron a donné ses soins Au conseil de guerre, S'il n*est pas juste, du moins Il est bien sévère ; Aux juges, Ton applaudit Et dans tout Paris Ton dit Ils sont gens de guère d'esprit, Us sont gens de guerre.

(Air de la Mariée de Poissy.)

On chantait également sur Tair : Quand Biron voulut danser...

Quand Biron voulut juger... {bis\

Son épée fit apporter

Ses lunettes pas trop nettes.

Son esprit tout rond.

Vous jugerez, Birom

Pour le jeune Bonaparte, cette existence avait tout le charme de la nouveauté. C'étaient la vie en plein air, la liberté, et qui plus est> la possibilité de n^avoir plus de rapports journaliers avec ces camarades arrogants dont il avait eu tant à se plaindre à Brienne et à Paris. Évidemment, Tavenir paraissait peu brillant. Passer capitaine à Tancienneté après quinze années de service, rester quinze autres années capitaine et se retirer avec la croix de Saint-Louis, tel étaif le lot qu'il pouvait avoir en perspective, comme cadet de famille sans fortune. Pour appointements : huit cent livres payées par le quartier-maître trésorier du régiment; cent vingt livres d'indemnité de logement, soldées au compte de la province, plus deux cents livres de gratification annuelle, prises sur la cassette du roi, comme élève boursier des Écoles militaires, c'était juste de quoi vivre, au jour le jour. Pour dépenses ordinaires, huit livres huit sols affectés au payement de la petite chambre^ louée chez mademoiselle Bou; trente-cinq livres à la pension des lieutenants à l'hôtel des Trois Pigeons *, plus une quinzaine de livre» pour les retenues mensuelles et les réceptions, au total, soixantç livres par mois; restait donc une somme liquide de trente livres pour l'habillement, l'entretien, le café militaire et l'abonnement au cabinet littéraire de M. Aurel ', qui tenait

1. La maison de mademoiselle Bou formait l'angle de la Grande Rue et de la rue du Croissant. Elle portait le n» 4.

Mademoiselle Bou (Marie-Claudine) mourut à Valence, le 4 septembre 1800.

2. C'était un sieur Gény qui tenait cet hôtel, rue Perollerie. Les capitaines mangeaient chez M. Faure, propriétaire da

YHôtel de France, rue Saint-Félix.

3. Librairie située au rez-de-chaussée d'une maison, à Tangla

une salle particulière à la disposition de MM. les officiers d'artillerie. Mais que ne supporterait-on pas, lorsqu'on a seize ans, une imagination inépuisable et l'inconnu pour avenir? Les premiers temps de son séjour avaient été fort occupés. Bien qu'il eût le brevet d'officier, il avait dû faire pendant deux mois une sorte de stage, en qualité de simple canonnier et de bas officier. Cette vie active avait eu pour effet de changer le cours des idées sombres qui l'obsédaient autrefois. La fête de la Sainte-Barbe^, le bal qui s'ensuivit, les femmes avec qui il se rencontra pour la première fois dans le monde, ses visites à l'abbé de Saint-Ruf, aux parents et amis de ce dernier, achevèrent sa métamorphose.

Le 10 janvier, Bonaparte fut reçu officier. Le lendemain, il montait sa première garde au poste de la place des Clercs.

L'année s'annonçait aussi heureuse que possible. Les nouvelles de Corse étaient bonnes. Les plantations de mûriers avaient réussi. La question Odone prenait définitivement bonne tournure. Sa mère venait d'obtenir le bail emphytéotique pour la propriété de Milleli. Au printemps, on comptait commencer les réparations. Nul doute qu'à l'automne tout ne fût prêt et que le lieutenant Bonaparte ne pût avoir un congé et venir faire la cueillette de la fameuse vigne (la Sposata). Son quatrième frère, Louis Bonaparte, était alors dans sa huitième année. Sur le conseil de M. deMarbeuf, madame Bonaparte demandait pour lui

de la place des Clercs et de la Grande Rue, à côté de la maison de mademoiselle Boa.

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